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Le Figaro, 9 novembre 2011

Corruption : L’IGS enquête sur de possibles homicides dans l’affaire Neyret

par Jean-Marc LECLERC


Vue de l’Hôtel-de-Police de Lyon

L’affaire Neyret, du nom de ce policier lyonnais incarcéré pour corruption, s’emballe. Alors qu’une partie du contenu des auditions de dossier commence à filtrer, Le Figaro est en mesure de révéler que l’Inspection générale des services (IGS), la police des polices parisienne en charge des investigations, explore la piste de possibles homicides dans ce dossier.


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« Il faut s’attendre à tout, même au pire », confie un fonctionnaire de haut rang qui suit de près cette procédure hors norme. Les « bœufs-carottes » font donc remonter une à une toutes les procédures où apparaissent les noms des protagonistes de cette affaire, pour voir si des disparitions suspectes ne sont pas signalées chez les ennemis notoires des personnages les plus impliqués dans les divers trafics qui se font jour depuis le placement sous surveillance de l’ancien numéro deux de la police judiciaire lyonnaise. « C’est un travail de fourmi, qui met évidemment mal à l’aise, mais qui est malheureusement indispensable si l’on veut fermer toutes les portes dans cette affaire où nous sommes allés de découvertes en découvertes », explique l’un des responsables les plus pointus sur les questions d’éthique dans la police. Déjà, l’Inspection générale des services a pu constater que Michel Neyret ne ménageait pas sa peine pour renseigner ses « amis » du milieu sur ce que la police savait d’eux. Pour leur compte, il consultait notamment la base Interpol, ce fichier de police international où est inscrit le pedigree des gros voyous et où figure la conduite à tenir pour les forces de l’ordre au cas où elles les croiseraient. « Quel est l’intérêt » de savoir si un individu fait l’objet d’une fiche ?, lui a demandé l’Inspection générale des services en garde à vue. Réponse énigmatique : « Le fait de savoir qu’elle est recherchée ». Et si c’est le cas ? « Il s’organise à sa manière pour ne pas se faire attraper », a répondu l’ex-numéro deux de la PJ lyonnaise. Qui se trouve, du coup, fortement suspecté d’avoir aidé des fugitifs à échapper à la justice. A en croire certaines indiscrétions, Michel Neyret aurait « contaminé vingt-cinq fonctionnaires de police de tous grades », en les impliquant dans ses pratiques douteuses de rétribution des personnes qu’il présentait comme ses indicateurs. C’est en fait un véritable système qui s’était mis en place. Il jouait évidemment de son aura auprès de ses collègues pour les pousser à enfreindre les règles, aussi bien à la police judiciaire de Lyon, à la BRI et aux stups, qu’à l’antenne PJ Grenoble. Le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, doit d’ailleurs installer plusieurs chefs de police, dans les tous prochains jours, en remplacement de ceux qui ont été évincés de leurs postes après leur mise en cause dans cette affaire. Mais dans son entourage, on reconnaissait, ces derniers jours, qu’il faudrait sans doute « des années pour retrouver la sérénité indispensable dans ces services traumatisés par l’affaire. » La police a remarqué que Michel Neyret n’avait pas retiré plus de 500 euros avec sa carte bancaire depuis janvier 2011, utilisant sa carte seulement neuf fois en cinq mois, alors qu’il s’en servait régulièrement avant de fréquenter ses amis de « Côte ». Interrogé par les hommes de l’Inspection générale des services, sur le liquide qu’il dépensait, il a fourni cette réponse, sans doute juridiquement imparable, mais que l’on entend d’ordinaire dans la bouche des voyous : ce sont « des gains au casino ». Ailleurs dans son audition, il déclare aussi avoir bénéficié d’un « héritage en pièces d’or » d’une vieille dame de Vienne (Isère) dont sa femme était, selon lui, légataire. Il y avait, à l’entendre « 4000 à 5000 euros en pièces d’or », qu’il aurait donc revendues dans des bureaux de change de la région lyonnaise. La drogue qui aurait échappé aux scellés judicaires pour « rémunérer » des informateurs ? La police tente toujours d’en évaluer avec précision la quantité. Mais elle sait qu’une partie a, par exemple, servi à payer les réparations de véhicules de luxe prêtés à la police, apparemment pour des « opérations ». Cette dernière assertion restant à démontrer. Le commissaire Neyret, en tout cas, n’a pas résisté à la tentation de se faire prêter par ses « sources » sur la Côte-d’Azur des Ferrari et même une Mc Laren à 420000 euros. Sa femme, Nicole, se serait vue offrir, pour sa part, une montre Cartier à 30000 euros par le facétieux Benichou, qui voulait remercier « Michel » -qu’il appelle « mon amour »- de lui avoir permis de figurer dans le film d’Olivier Marshal sur le Gang des Lyonnais. On reproche aussi au couple au moins neuf séjours tous frais payés au Maroc, en Corse ou à Cannes. Et comme on est jamais trop prudent, pas moins de cinq comptes avaient été ouverts à l’étranger par la bande, dont un en Suisse, pour les Neyret, sur présentation de la photocopie du passeport de Mme Neyret, décidément bien naïve ou bien imprudente…

Jean-Marc LECLERC

Michel Neyret

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