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L’Express, 15 novembre 2011

Mauritanie : Un combattant des droits humains est embastillé

par Vincent HUGUEUX


Vue de Nouakchott

Commissaire aux Droits de l’Homme, de 2008 à 2010, dans le gouvernement mauritanien, Mohamed Lemine Ould Dadde est maintenu en prison sans jugement depuis plus d’un an. Son sort atteste la persistance d’archaïsmes et de tabous socio-ethniques.


Mauritanie

Nul en Mauritanie n’est mieux à même de rédiger un rapport détaillé sur l’appareil judiciaire local et le système carcéral du cru que l’ancien commissaire aux droits de l’homme. Et pour cause : Mohamed Lemine Ould Dadde, âgé de 44 ans, croupit depuis près de quatorze mois dans la prison civile de Nouakchott. Réclusion au demeurant illégale à compter du 27 septembre 2011, date de l’expiration de sa détention provisoire. Que reproche un parquet aux ordres à cet activiste libéral, hier farouche opposant au régime autocratique de Maaouiya Ould Taya (1984-2005) ? Officiellement, des malversations et détournements d’un montant de 271 millions d’ouguiyas, soit 750000 euros, commis dans l’exercice de ses fonctions. Grief fantaisiste, au regard des incohérences et des à-peu-près d’un dossier d’accusation digne de figurer parmi les études des cas soumises à des étudiants en droit de première année.

Mohamed Lemine Ould Dadde (au centre de l’image)

Sans doute cet informaticien de formation, diplômé de Sciences-Po Paris et marié à une Française, eut-il le tort de soutenir le général Mohamed Ould Abdel Aziz, putschiste sanctifié depuis lors par les urnes, de croire à ses promesses d’ouverture, mais plus encore d’accepter, en septembre 2008, une mission qui lui conférait un rang ministériel. Deux ans après, il sera donc limogé par décret puis arrêté. Tout indique que ce noble de la tribu des Tagounanet, fils d’un notable érudit, paie avant tout son engagement résolu contre l’esclavage et autres traditions féodales, tels l’excision ou le gavage des jeunes filles promises au mariage. A l’évidence, ses initiatives en faveur des Haratine, serfs négro-africains affranchis, auront irrité une élite arabe attachée à la perpétuation d’archaïsmes socio-ethniques. Mohamed Lemine avait d’ailleurs d’emblée prêché l’exemple, rendant sa liberté à son " frère de lait " Etman, l’esclave qui, conformément aux usages maures, lui fut alloué à sa naissance. Mais voilà : dans la Mauritanie de 2011, les tabous ancestraux font de la résistance.

L’esclavagiste Mahmoudi Ould Saibott

Le Quai d’Orsay, qui suit de près l’affaire, a fait part, le 8 novembre 2011, de sa "préoccupation", et réitéré son plaidoyer en faveur du "respect de la légalité de la procédure et des droits" du proscrit. Quant à l’épouse de ce dernier, Céline Brard, elle a pu le rencontrer sur place, à la Toussaint, et envisage un nouveau voyage à Nouakchott fin décembre. On imagine sans peine le cadeau de Noël dont elle rêve.

Vincent HUGUEUX

Boulkheir Cheikh Dieng a été condamné, le 22 août 2011, à un un an de prison dont trois mois ferme pour avoir dénoncé et manifesté pacifiquement contre les pratiques d’esclavage devant le commissariat des brigades de mineurs, à Nouakchott. Après avoir découvert qu’une fillette de 10 ans était maintenue en esclavage par Aicha Mint Saibott à Nouakchott, l’IRA a signalé le cas à la police. Aicha Mint Saibott a été arrêtée et inculpée pour asservissement de mineure, mais qu’elle a ensuite été libérée à titre provisoire à la condition qu’elle se présente au poste de police chaque semaine. La fillette serait toujours portée disparue. Aicha Mint Saibott est parente d’un nommé Mahmoudi Ould Saibott, à la tête d’un puissant lobby esclavagiste, journaliste et directeur du journal Houmoumnass, président du Parti Mauritanien pour la Justice et la Démocratie (PMJD), vice président de la Coordination des Partis de la Majorité Présidentielle qui soutiennent le général Mohamed Ould Abdel Aziz

Liens liés a l'article.Le siite anti-esclavagiste haratine.com

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