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AFP, 21 novembre 2011

Egypte : La police tire à balles réelles


Un véhicule détruit, à Suez, le 20 novembre 2011

Au moins onze personnes ont péri, dimanche 20 novembre 2011, sur la place Tahrir, au Caire, dont au moins quatre par balles réelles, dans des affrontements entre la police et des manifestants réclamant la fin du pouvoir militaire, a constaté un correspondant de l’AFP. Auparavant, Mohammed Fattouh, qui dirige un hôpital de campagne, avait affirmé à l’AFP avoir reçu trois nouveaux corps portant des traces de balles réelles, après que des médecins avaient fait état de la mort de quatre autres personnes, dont une par balle réelle et trois par asphyxie.


Egypte

Ces affrontements, rappelant les scènes de la révolte anti-régime du début de l’année, avec toutefois une moindre ampleur, ont débuté au lendemain d’une manifestation sur la même place de dizaines de milliers d’Egyptiens. Samedi 19 novembre 2011, deux personnes avaient déjà péri dans des affrontements avec la police, au Caire et à Alexandrie. Les heurts, qui avaient commencé samedi 19 novembre au matin, se sont poursuivi dans la nuit, avant de reprendre, dimanche 20 novembre au matin, et s’insensifier dans l’après-midi, notamment aux abords du ministère de l’Intérieur, proche de Tahrir, rappelant les scènes de la révolte anti-régime du début de l’année, avec toutefois une moindre ampleur. Dimanche 20 novembre, des manifestants ont également défilé dans la ville d’Ismaïlia, sur le canal de Suez, selon une source des services de sécurité, tandis que des affrontements ont éclaté à l’issue des funérailles d’un jeune homme tué, samedi 19 novembre, à Alexandrie, selon l’agence officielle Mena. Un appel à une manifestation de masse a également été lancé pour la fin de l’après-midi dans la ville de Suez, sur la mer Rouge, où des affrontements ont déjà eu lieu samedi 19 novembre, selon un correspondant de l’AFP. Des manifestants ont également défilé dans la ville d’Ismaïlia, sur le canal de Suez, selon une source des services de sécurité, tandis que des milliers de personnes ont participé aux funérailles d’un jeune homme tué, samedi 19 novembre, à Alexandrie, selon l’agence officielle Mena. Un autre avait également été tué au Caire. Sur la place Tahrir, des groupes de manifestants scandaient des slogans hostiles au pouvoir militaire, réclamant la chute du maréchal Hussein Tantaoui, à la tête du Conseil suprême des forces armées (CSFA) qui dirige le pays depuis le départ du président Moubarak. « Le Conseil des forces armées poursuit la politique de Moubarak. Rien n’a changé après la révolution », a déclaré à l’AFP Khaled, âgé de 29 ans, alors qu’il installait une tente au centre de la place Tahrir. Dans l’après-midi, les forces de l’ordre ont détruit les campements au centre de la place. « Le sang des Egyptiens ne sera pas versé en vain » et « A bas Tantaoui », scandaient également des manifestants hostiles à ce militaire septuagénaire, qui fut pendant vingt ans le ministre de la Défense de Hosni Moubarak et l’un de ses plus proches collaborateurs. Au milieu des manifestants, un homme brandissait une pancarte couverte de sang. A Suez, des militaires tiraient en l’air pour disperser des manifestants, au lendemain d’affrontements dans cette ville située sur la mer Rouge, selon un correspondant de l’AFP. Des défilés réclamant que le pouvoir, aux mains de l’armée depuis plus de neuf mois, soit rendu aux civils, avaient également lieu dans le centre du pays à Qena et Assiout, selon des responsables de la sécurité.

Un manifestant blessé, au Caire, le 20 novembre 2011

Dans la nuit, des affrontements violents se déroulaient toujours dans les rues menant au ministère de l’Intérieur, situé à proximité de la place Tahrir, a constaté un journaliste de l’AFP. Des protestataires lançaient des pierres et des cocktails Molotov en direction des policiers, qui répliquaient avec des tirs de fusils et de balles de caoutchouc, a rapporté le journaliste. Les manifestants scandaient "Nous ne partirons pas" et "Le peuple veut la chute du maréchal" Hussein Tantaoui, dirigeant de fait de l’Egypte, alors que de nombreux protestataires, la plupart en sang, étaient régulièrement évacués pour recevoir des soins. Une vidéo publiée sur YouTube a par ailleurs montré des policiers traînant le corps d’un manifestant avant de l’abandonner dans un caniveau, au milieu de détritus flottant dans une flaque d’eau.

Evacuation d’un manifestant blessé, au Caire, le 20 novembre 2011

Ces troubles ont relancé les craintes que les législatives qui doivent débuter le 28 novembre et s’étaler sur plusieurs mois ne soient marquées par des incidents et des violences. Un membre du Conseil suprême des forces armées, le général Mohsen Al-Fangari, a assuré que ces élections se tiendraient comme prévu. Plusieurs personnalités politiques et des intellectuels, parmi lesquels l’ancien chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei, ont publié un document demandant un délai supplémentaire pour ces élections, dans le cadre d’une révision du calendrier politique du pays. Ils proposent d’avoir d’abord une assemblée constituante, puis une élection présidentielle et enfin des élections législatives. Les militaires quant à eux ont décidé de mettre l’élection présidentielle -à une date non encore décidée- à la fin de ce processus politique, et de ne rendre le pouvoir aux civils qu’une fois élu un nouveau chef de l’Etat. « Nous n’allons pas céder aux appels pour reporter le scrutin. Les forces armées et le ministère de l’Intérieur sont capables d’assurer la sécurité des bureaux de vote », a déclaré le général Mohsen Al-Fangari.

Des manifestants blessés, au Caire, le 20 novembre 2011

A l’étranger, les ministres italien et allemand des Affaires étrangères, Giulio Terzi di Sant’Agata et Guido Westerwelle, ont exprimé leur « profonde préoccupation » face à cette situation et « invité toutes les parties à mettre un terme immédiatement aux actes de violences ».

Agence France Presse

Des munitions tirées contre les manifestants, au Caire, le 20 novembre 2011

Le cadavre d’un manifestant dissimulé sous une couverture, au Caire, le 20 novembre 2011

Scène d’émeute à Alexandrie, le 20 novembre 2011

Un policier tire une grenade lacrymogène, à Alexandrie, le 20 novembre 2011

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