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Reuters, 21 novembre 2011

Egypte : Le gouvernement démissionne

par Tamim ELYAN, Shaimaa FAYED, Mawa AWAD, Jean-Philippe LEFIEF, Clément GUILLOU et Jean-Loup FIEVET


Des manifestants, au Caire, le 21 novembre 2011

Les affrontements de ces trois derniers jours, en Egypte, entre forces de l’ordre et manifestants réclamant une transition démocratique, ont fait au moins 33 morts lors de scènes de violence rappelant le pire de la "révolution du Nil".


Egypte

Tous les membres du gouvernement intérimaire ont démissionné dimanche 20 novembre 2011, a annoncé, lundi 21 novembre, le porte-parole du cabinet, Mohamed Hegazy. Selon la chaîne de télévision qatarie Al-Djazira, le Conseil suprême des forces armées (CSFA) a accepté cette démission. Mais cette information n’a pas été confirmée par le porte-parole du gouvernement, et une source militaire a indiqué que les généraux s’efforçaient de trouver un accord sur un successeur de l’actuel Premier ministre, Assam Charaf, avant d’accepter sa démission. Cette dernière constitue un coup sévère porté à l’autorité du Conseil militaire, au pouvoir depuis la chute, le 11 février, du président, Hosni Moubarak.

Des manifestants, au Caire, le 21 novembre 2011

La place Tahrir renoue, depuis samedi 19 novembre 2011, avec les manifestations et les défis entre jeunes et policiers, comme lors des semaines ayant précédé le départ du pouvoir du "raïs". Ce mouvement de colère -avec 5000 personnes à Alexandrie-, intervient une semaine avant le début des élections législatives, le 28 novembre, premier scrutin de l’après-Moubarak. A la tombée de la nuit, des dizaines de milliers de personnes se massaient toujours, lundi 21 novembre au soir, sur la place Tahrir. Les manifestants ont fait échec, dans la matinée, à une nouvelle tentative de dispersion des forces de l’ordre, qui s’en sont pris à un hôpital de fortune. Les contestataires ont riposté en lançant des morceaux de béton arrachés à la chaussée. Des accrochages étaient signalées, lundi 21 novembre au soir, dans les rues adjacentes à la place, et des témoins, pas nécessairement liés aux manifestants, ont fait état de pillages à l’Université américaine du Caire et ailleurs. La morgue du principal hôpital du Caire a reçu 33 corps depuis samedi 19 novembre. Au moins 1250 personnes ont été blessées, dit-on au ministère de la Santé. Les autorités affirment que la police n’a pas ouvert le feu sur les manifestants mais la plupart des cadavres à la morgue ont des impacts de balles, selon une source médicale. "Le régime militaire est mort, est mort", crient les manifestants. "Liberté, liberté !" entend-on aussi. D’autres slogans visent le maréchal Hussein Tantaoui, qui fut pendant vingt ans le ministre de la Défense de Moubarak et préside le Conseil suprême des forces armées. "J’ai vu la police frapper des femmes qui avaient l’âge de ma mère. Je veux la fin de ce régime militaire", a dit Mohamed Gamal, âgé de 21 ans. Une partie des Egyptiens est opposée à ces manifestations, souhaitant le retour à la stabilité compte tenu de l’état de délabrement de l’économie. D’autres Egyptiens, dont les islamistes favoris des élections, soupçonnent l’armée d’entretenir un climat d’insécurité pour rester en place. Les forces de l’ordre étaient déjà intervenues, dimanche 20 novembre au soir, pour tenter d’évacuer la place Tahrir à coups de matraques et de grenades lacrymogènes, mais des manifestants se sont regroupés et s’apprêtent à passer une quatrième nuit sur ce site-symbole de la révolution de l’hiver dernier. Les forces de l’ordre ont effacé d’internet des vidéos, dont l’authenticité n’a pu être vérifiée, montrant des policiers frappant les manifestants, les traînant par les cheveux et, dans un cas, jetant sur un tas d’ordures ce qui semble être un cadavre. Les Frères musulmans, dont le parti est favori des élections, ont condamné l’intervention des forces de sécurité au Caire même si eux-mêmes s’étaient auparavant retiré de la place Tahrir. "Cela rappelle les pratiques du ministère de l’Intérieur de l’ancien régime", disent-ils dans un communiqué.

Evacuation d’un manifestant blessé, au Vaire, le 21 novembre 2011

Les généraux furent fêtés en héros, après le 11 février 2011, pour n’avoir pas réprimé les manifestations, mais ce week-end a mis en lumière l’exaspération de la population face au statu-quo observé depuis neuf mois. Lundi 21 novembre, l’armée a assuré qu’elle ne prenait pas parti entre les manifestants et la police et qu’elle n’avait pas tenté d’évacuer les manifestants de la place Tahrir. Le ministère de l’Intérieur a demandé la protection de l’armée et une protection similaire peut être offerte aux manifestants, a dit le général Saïd Abbas, adjoint au chef du Commandement central.

Evacuation d’un manifestant blessé, au Vaire, le 21 novembre 2011

L’armée assure que les violences n’empêcheront pas l’organisation de la première phase des élections législatives, à partir de lundi 28 novembre. Les généraux comptent conserver l’essentiel du pouvoir jusqu’à la désignation au scrutin direct du prochain président, qui pourrait ne pas intervenir avant la fin de l’année prochaine ou début 2013. Le Mouvement du 6-Avril, qui fut en pointe dans la contestation contre le régime de Moubarak, a dit à l’agence Mena que l’occupation de la place Tahrir se poursuivrait tant que ses exigences n’auraient pas été acceptées. Il réclame notamment la tenue de l’élection présidentielle d’ici avril 2012 et la constitution d’un gouvernement de salut national en lieu et place du Conseil suprême des forces armées. Mohamed ElBaradeï et Abdallah Al-Achaal, candidats potentiels à la présidentielle, ont aussi réclamé la formation d’un gouvernement de salut national, rapporte l’agence Mena.

Evacuation d’un manifestant blessé, au Vaire, le 21 novembre 2011

Plusieurs capitales, ainsi que l’Union européenne, ont dénoncé les violences policières. "C’est de façon assez évidente une tentative de contrarier le processus de transition démocratique", a déclaré Guido Westerwelle, ministre allemand des Affaires étrangères. Le secrétaire au Foreign Office, William Hague, a déclaré que l’Egypte vivait "un moment dangereux" tandis que Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, a appelé les autorités de transition "(...) à garantir la défense des droits de l’homme et des libertés individuelles pour tous les Egyptiens, y compris le droit à manifester dans le calme".

Tamim ELYAN, Shaimaa FAYED, Mawa AWAD, Jean-Philippe LEFIEF, Clément GUILLOU et Jean-Loup FIEVET

Evacuation d’un manifestant blessé, au Vaire, le 21 novembre 2011

Evacuation d’un manifestant blessé, au Vaire, le 21 novembre 2011

Des manifestants, au Caire, le 21 novembre 2011

Des manifestants face aux policiers, à Alexandrie, le 21 novembre 2011

AUTEURS 

  • Tamim ELYAN, Shaimaa FAYED, Mawa AWAD, Jean-Philippe LEFIEF, Clément GUILLOU et Jean-Loup FIEVET

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