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Reuters, 27 novembre 2011

Egypte : Mohamed ElBaradeï propose de diriger un gouvernement civil

par Marwa AWAD, Tom PERRY, Benjamin MASSOT, Bertrand BOUCEY et Jean-Stéphane BROSSE


Des partisans de l’armée manifestent, au Caire, le 25 novembre 2011

Mohamed ElBaradeï, candidat à l’élection présidentielle, a offert, samedi 26 novembre 2011, de diriger un gouvernement d’union nationale, en Egypte, pour accélérer le transfert de pouvoir aux civils réclamé par les manifestants hostiles à la mainmise des militaires.


Egypte

La nomination par le Conseil suprême des forces armées (CSFA) de Kamal Ganzouri au poste de Premier ministre d’un cabinet de "salut national" n’a pas convaincu la place Tahrir où un vaste rassemblement est à nouveau programmé, dimanche 27 novembre 2011, à la veille de la première phase, étalée sur deux jours, des élections législatives. Sous la pression de la rue, et face à la violence qui a fait 42 morts dans le pays au cours de la semaine écoulée, le Conseil suprême des forces armées, à la tête de l’Egypte depuis la chute du président, Hosni Moubarak, le 11 février 2011, a accepté la tenue d’une élection présidentielle d’ici juin 2012 et limogé le gouvernement d’Essam Charaf. Mais les protestataires de la place Tahrir rejettent le choix de Kamal Ganzouri, Premier ministre de Hosni Moubarak entre 1996 et 1999, qu’ils considèrent comme un représentant de l’ancien régime.

Des manifestants, au Caire, le 25 novembre 2011

Certains groupes de manifestants seraient prêts à voir Mohamed ElBaradeï diriger un organe civil qui superviserait la transition vers la démocratie à la place du Conseil suprême des forces armées. L’ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) est respecté par les militants pro-démocratie, mais beaucoup d’Egyptiens le considèrent comme peu au fait des affaires nationales en raison de ses nombreuses années passées à l’étranger. Son équipe de campagne a fait savoir, samedi 26 novembre 2011, qu’il était prêt à renoncer à briguer la présidence "s’il lui est officiellement demandé de former un gouvernement de salut national (...), afin d’être totalement neutre pendant la période de transition". Mohamed ElBaradeï a rencontré des mouvements de jeunes révolutionnaires et des partis politiques qui ont rejeté la nomination de Kamal Ganzouri. "Les forces et groupes politiques ont souligné que le seul moyen de sortir de la crise était de former un gouvernement de coalition nationale avec les pleins pouvoirs pour gérer la période de transition jusqu’à la tenue de l’élection présidentielle", a déclaré l’équipe de campagne.

Mohamed ElBaradei

Kamal Ganzouri s’est, de son côté, dit prêt à s’asseoir "autour d’une table avec tous les courants politiques" et à inclure "des jeunes et des nouveaux visages" dans son gouvernement, mais sa personnalité suscite la méfiance. Depuis vendredi 25 novembre 2011, une vidéo circule sur YouTube montrant Kamal Ganzouri assis non loin du maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, le chef du Conseil suprême des forces armées, le 25 janvier, premier jour du soulèvement contre Hosni Moubarak. Les deux hommes écoutent un discours de Habib Al-Adli, alors ministre de l’Intérieur, qui est actuellement jugé pour avoir ordonné la mort de manifestants.

Des manifestants, au Caire, le 26 novembre 2011

L’armée a promis que l’élection à la chambre haute et l’élection présidentielle auront lieu avant la fin juin 2012. Dans ce contexte de crise, la tenue des élections législatives divise les Egyptiens. Désireux de s’implanter au parlement, les Frères musulmans et les autres grands partis qui se sont tenus à l’écart des dernières manifestations dans le centre du Caire refusent tout report du scrutin. Ils ont accepté le calendrier proposé par les militaires. Le climat insurrectionnel pourrait favoriser le parti Liberté et Justice formé par les Frères musulmans, qui pariaient eux mêmes avant les manifestations sur un score pouvant atteindre 30 % des voix. Des centaines de candidats briguent des sièges pour cette première élection libre et équitable depuis des décennies, qui s’accompagne de la crainte d’irrégularités et de violences. Le processus électoral s’achèvera en janvier 2012. Si ces élections ont des allures de marathon, c’est notamment car la supervision du scrutin a été confiée aux juges, trop peu nombreux pour couvrir l’ensemble des opérations de vote dans le pays si elles se déroulaient sur une seule journée. Les juges ont conservé le respect de la population en raison de leur image d’indépendance. Le scrutin fait débat au sein même des manifestants. Certains, comme Abdoul Aal Diab, un fonctionnaire âgé de 46 ans, estiment que l’élection est une chose, le départ des militaires une autre. "Il faut que tout le monde aille dans les bureaux de vote lundi" 28 novembre 2011, dit-il avant d’être interrompu par Moustafa Essam, âgé de 27 ans. "Pourquoi es-tu si sûr ? Je n’irai pas, je n’ai foi en personne", lui lance le jeune homme.
A la nuit tombée, des groupes scandent des slogans contre les généraux du Conseil suprême des forces armées, d’autres errent parmi les banderoles, les tentes et les tables où l’on boit le thé. Les manifestants donnent le sentiment que leur mouvement est là pour durer.

Des manifestants, au Caire, le 26 novembre 2011

L’Union européenne et les Etats-Unis ont demandé, vendredi 25 novembre 2011, de transférer le plus tôt possible le pouvoir à un régime civil et d’organiser les élections selon le calendrier prévu.

Marwa AWAD, Tom PERRY, Benjamin MASSOT, Bertrand BOUCEY et Jean-Stéphane BROSSE

Des manifestants prient, au Caire, le 26 novembre 2011

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  • Marwa AWAD, Tom PERRY, Benjamin MASSOT, Bertrand BOUCEY et Jean-Stéphane BROSSE

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