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Le Mondediplomatique, 27 novembre 2011

Corruption : Le scandale de la Kabul Bank

par Louis IMBERT


Des clients font la queue pour retirer leur argent de la Kabul Bank, à Kaboul, le 21 novembre 2011

Alors que se confirme le retrait progressif des troupes étrangères d’Afghanistan, le président, Hamid Karzaï, a déclaré que son pays serait « au côté du Pakistan en cas de guerre entre Washington et Islamabad ». Si l’avenir de cet Etat ravagé par les conflits reste incertain, le niveau de corruption à Kaboul dépasse l’entendement et compromet la reconstruction.


Afghanistan

En juin 2011, M. Abdul Qadir Fitrat, le gouverneur de la Banque centrale d’Afghanistan, annonçait depuis un hôtel de la banlieue de Washington qu’il avait démissionné de son poste et fui aux Etats-Unis, « par crainte pour [sa] vie ». En avril déjà, il avait dénoncé devant le Parlement afghan –noms et chiffres précis à l’appui– un scandale financier sans précédent, celui de la Kabul Bank, première banque privée du pays, qui avait frôlé la faillite en août 2010. Selon les derniers comptes de la banque centrale, les dirigeants de la Kabul Bank ont prêté et perdu quelque 579 millions de dollars (419 millions d’euros) de dépôts en six ans. En ajoutant les intérêts et certains prêts déguisés en frais de bouche et d’administration, le montant à recouvrir s’élèverait même à 914 millions de dollars. Rapportées aux proportions de l’économie afghane, dont le produit intérieur brut réel dépasse à peine 7 milliards de dollars en 2011 selon le Fonds monétaire international (FMI), l’ampleur de ces pertes est inédite dans l’histoire mondiale de la finance. Elles mettent en lumière la corruption endémique qui règne en Afghanistan et l’incapacité totale du gouvernement de M. Hamid Karzaï à y faire face, à trois ans du retrait programmé des troupes américaines, au moment où les entrepreneurs ne pensent qu’à une chose : profiter de l’aide internationale tant qu’elle coule encore.

L’histoire de la Kabul Bank « est d’autant plus triste que le secteur bancaire était considéré, il y a peu de temps encore, comme l’un des très rares succès de la reconstruction du pays », déplore M. William Byrd, ancien directeur de la Banque mondiale en Afghanistan. Parmi les bénéficiaires de ses largesses figurent notamment un frère du président Karzaï, Mahmoud, et un frère du maréchal Mohammad Qasim Fahim, le premier vice-président. Selon une source interne, une enquête de la banque centrale a dénombré au total deux cent sept « allocataires » : des membres du Parlement, des ministres, des gouverneurs de province, des artistes, une équipe de football, des responsables de campagne politique, etc. (1).

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