retour article original

vendredi 23 juin 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Afrique Egypte
AFP, 20 décembre 2011

Egypte : Montré du doigt, le régime militaire tente de se justifier


Un manifestant face aux policiers, au Caire, le 16 décembre 2011

Le pouvoir militaire en Égypte tentait, lundi 19 décembre 2011, de défendre son action face aux pressions internationales pour mettre fin à la confrontation avec des manifestants anti-armée qui a fait douze morts et des centaines de blessés en quatre jours dans le centre du Caire. Deux personnes ont été tuées lundi 19 novembre à l’aube, alors que les forces de sécurité évacuaient les manifestants de la place Tahrir, haut lieu de la contestation, a-t-on appris auprès du ministère de la Santé.


Egypte

L’Égypte est engagée, depuis le 28 novembre 2011, dans les premières élections législatives de l’après-Moubarak, qui doivent désigner une nouvelle Assemblée. Ces violences sont les plus graves depuis des affrontements similaires qui avaient fait au moins 42 morts, principalement au Caire, quelques jours avant le début des élections législatives. Elles ont occulté la tenue sans incident majeur de la deuxième phase du scrutin, qui a conforté la nette domination des formations islamistes, au détriment des partis libéraux et des mouvements issus de la révolte anti-Moubarak. Les Frères musulmans ont revendiqué 39 % des voix pour cette deuxième phase et les fondamentalistes salafistes « plus de 30% », contre respectivement 36 % et 24 % lors de la précédente phase, où les islamistes toutes tendances confondues avaient recueilli 65 % des suffrages. Le taux de participation pour cette deuxième phase, qui concerne un tiers du pays, a été de 67 %, a indiqué la commission électorale.

Manifestants et policiers s’affrontent à coups de jets de pierres, au Caire, le 18 décembre 2011

Les affrontements avaient éclaté, vendredi 16 décembre 2011, entre les forces de l’ordre et des manifestants qui campaient depuis fin novembre devant le siège du gouvernement pour protester contre la nomination par l’armée comme premier ministre de Kamal El-Ganzouri, qui avait déjà occupé ce poste sous Hosni Moubarak. Les manifestants réclament également la fin du pouvoir militaire, visant en particulier le chef de l’armée et chef d’État de fait, le maréchal Hussein Tantaoui. Après une accalmie, des heurts ont repris, lundi 19 décembre 2011 après-midi, avec des jets de pierres et de projectiles incendiaires par-dessus un mur de blocs de pierre qui bloquait la rue où se sont concentrés les derniers affrontements, tout près de la place Tahrir. Plusieurs jeunes touchés à la tête par des projectiles étaient évacués en moto. À proximité, des équipes s’affairaient pour sauver des ouvrages et manuscrits endommagés de l’Institut d’Égypte, fondé en 1798 par Napoléon Bonaparte, qui a brûlé, samedi 17 décembre, au cours des affrontements. La France a demandé aux autorités égyptiennes « une enquête exhaustive et transparente sur les origines et les responsabilités » de la destruction de l’établissement, qui abritait quelque 200000 ouvrages, certains rarissimes. Le parquet du Caire a décidé le maintien en détention de 123 personnes arrêtées dans les heurts et la libération de 53 autres, a annoncé l’agence officielle Mena. Elles encourent des poursuites pour résistance à l’autorité, violences contre les forces de sécurité, incendie de bâtiments publics et atteinte à des propriétés publiques et privées.

Un soldat lance une pierre contre des manifestants, au Caire, le 18 décembre 2011

Dimanche 18 décembre 2011, la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a appelé à « respecter et protéger les droits universels de tous les Égyptiens, y compris les droits d’expression et de réunion ». Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a jugé, lundi 19 décembre, les violences « inacceptables » et « contraires » au processus démocratique engagé en Égypte depuis quelques mois. À l’ONU, le Haut Commissaire aux droits de l’Homme, Mme Navi Pillay, a condamné « la répression brutale » des manifestations : « Les images de manifestants, dont des femmes, brutalement frappés et agressés, longtemps après qu’ils n’aient plus montré de résistance, sont profondément choquantes ». « La violence impitoyable avec laquelle des femmes manifestant pacifiquement ont été frappées est particulièrement choquante et ne peut rester impunie », a-t-elle souligné dans un communiqué. Amnesty International a pour sa part appelé à cesser la fourniture « de petites armes, munitions et autres équipements répressifs à l’armée et aux forces de sécurité égyptiennes », condamnant « l’« usage excessif de la force contre les manifestants ». Parallèlement, des ONG de défense des droits de l’Homme et des opposants ont dénoncé les propos du général à la retraite Abdelmoneim Kato -un conseiller de l’armée- qui a dit que certains, à Tahrir, étaient « des enfants de rue qui mériteraient d’être jetés dans les incinérateurs de Hitler ». L’ancien chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei, candidat possible à l’élection présidentielle, a dénoncé un « état d’esprit dérangé et criminel », alors que le Réseau arabe pour l’information sur les droits de l’Homme les a qualifiés de propos « incitant à la haine et justifiant la violence contre les citoyens ».

Des manifestants se protègent contre les pierres lancées par des policiers, au Caire, le 18 décembre 2011

Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige l’Égypte depuis la chute, en février 2011, du président, Hosni Moubarak, a affirmé que l’armée n’avait « pas recours à la force contre les manifestants », mais les a accusés de « chercher à détruire l’État ». Le général Adel Emara, membre du Conseil suprême des forces armées, a ainsi affirmé qu’un « plan visant à brûler l’Assemblée du peuple avait été découvert ». Il a admis que les troupes avaient frappé une manifestante voilée à qui elles ont découvert le soutien-gorge et le ventre, la traînant sur la chaussée. La photo de cette femme largement diffusée sur les réseaux sociaux et qui a fait la Une d’un journal, dimanche 18 décembre, a provoqué l’indignation à travers le pays. « Oui, cela s’est passé. Mais il faut voir les circonstances (de l’incident) », a affirmé le général Emara aux journalistes. « Nous enquêtons. Nous avons rien à cacher », a-t-il assuré.

Selim SAHEB ETTABA

Un manifestant exhibe une affiche dénonçant le tabassage d’une femme, au Caire, le 19 décembre 2011

Un manifestant exhibe sa main maculée de sang, au Caire, le 19 décembre 2011

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source