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lundi 21 août 2017
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Infosud, 9 janvier 2012

Corruption : L’économie italienne est plombée

par Wolf H. WAGNER


Mille euros par Italien, c’est le coût public de la corruption. Selon la Cour des comptes italienne, les pots-de-vin et autres népotismes auraient coûté 60 milliards d’euros aux autorités fiscales en 2011.


Italia

« La corruption, réelle ou perçue, influe jusqu’à 30 % sur la notation du pays et sur les investissements étrangers, représentant ainsi une entrave à la croissance et au développement de l’économie et du travail », analyse Maria Teresa Brassiolo, présidente de Transparency International en Italie. Pour l’ONG, l’équation est claire : la corruption renforce la crise. Dans son rapport 2011 sur la corruption, elle place la République transalpine à la peu enviable 69e place sur 182 pays. Il y a dix ans, elle pointait encore à la 39e place. En Europe, seule la Roumanie (75e), la Grèce (80e) ou la Bulgarie (86e) font pire. Pour le président de la Cour des comptes, Luigi Giampaolino, nous assistons à une augmentation inquiétante des fonds consacrés à soudoyer les autorités locales, régionales et nationales. Dernier scandale en date : Finmeccanica. Fin décembre 2011, Pier Francesco Guarguaglini, le PDG du géant italien d’aéronautique et de défense, détenu à 32 % par l’Etat italien, est soupçonné d’avoir créé des caisses noires à l’étranger afin d’alimenter les partis politiques de droite et du centre depuis le début des années 2000. Des « fonds occultes » utilisés pour payer des pots-de-vin et obtenir ainsi des contrats. Selon la Cour des comptes, seule une infime proportion des fonds utilisés pour corrompre est finalement retrouvée. En 2010, les enquêteurs du fisc n’ont pu récupérer que 293 millions d’euros, dont 32,2 millions résultant de 47 contentieux fiscaux.

Luigi Giampaolino

« La corruption et le blanchiment d’argent sont étroitement liés », souligne Piero Grasso, le procureur national antimafia. C’est dans la région du Latium au centre du pays ainsi que dans le sud, en Calabre, Sicile et Campanie, que se concentrent les cas de corruption. Les mêmes régions où les clans mafieux sont traditionnellement actifs. Pour Piero Grasso, le manque à gagner de l’Etat italien dépasse les 60 milliards d’euros. Chaque année, la ‘Ndrangheta, la Camorra et la Cosa Nostra blanchissent 150 milliards d’euros, soit près de 10 % du PIB italien. « La branche la plus florissante de l’économie italienne », ironise le procureur sicilien. Le nord du pays n’échappe pas aux tentacules de la pieuvre. Les trois clans ont depuis longtemps développé leurs activités dans les principaux sites industriels du Piémont, de la Lombardie, de la Ligurie et de la Vénétie.

Piero Grasso

Des procédures pour corruption sont lancées dans tout le pays, mais restent pour le moment sporadiques. De 2005 à 2010, les affaires traitées par les procureurs de Milan, Turin, Venise, Florence, Rome, Naples et Bari sont passées de 114 à 144. Sans compter que ce type de procédures judiciaires est lent et fastidieux. Plusieurs procès en cours risquent d’atteindre le délai de prescription avant leur terme. Selon les experts, 3 % des procédures risques ainsi d’être stoppées. En février 2010, Silvio Berlusconi a lancé un projet de loi anticorruption. Depuis, rien n’a bougé. Le parlement fait obstacle. Lors de sa prise de fonction, en novembre 2011, le ministre de la Justice, Paolo Severino, avait promis d’éliminer la corruption dans la politique italienne en proposant un ensemble de nouvelles mesures destinées à lutter plus efficacement contre les affaires de pot-de-vin. Mais là aussi, le parlement bloque pour l’instant ce projet. Dans un contexte où le nouveau gouvernement impose des mesures d’austérité drastiques et une augmentation d’impôt, appelant la population à se serrer la ceinture, les 60 milliards d’euros qui disparaissent des caisses publiques à cause de la corruption ont un goût spécialement amer pour les Italiens.

Wolf H. WAGNER

Le siège du parlement, à Rome

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source