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Le Monde, 6 juillet 2004

France : Les Renseignements Généraux constatent un phénomène de repli communautaire dans la moitié des quartiers sensibles surveillés

par Piotr SMOLAR


Dans un rapport de mai 2004, la direction centrale des Renseignements généraux a recensé dans chaque département les signes éventuels de ce repli dans l’habitat urbain, les écoles, les associations et le monde de l’entreprise.


Sur le bureau de Dominique de Villepin figure, depuis début juin 2004, un rapport de la direction centrale des renseignements généraux (DCRG) particulièrement alarmant. Consacré au "repli communautaire" dans les banlieues, il décrit des parcelles de France où les comportements, les violences, l’engagement religieux, les rapports hommes-femmes s’éloignent des pratiques admises. Parmi les quelque 630 quartiers sensibles suivis par la DCRG, plus de 300 présentent des signes de repli communautaire plus ou moins prononcés. Répartis sur l’ensemble du territoire, ils représentent environ 1,8 million d’habitants.

Huit critères ont été retenus par la DCRG pour déterminer si un quartier sensible, suivi en raison de son exposition aux violences urbaines, est marqué par un repli communautaire : un nombre important de familles d’origine immigrée, pratiquant parfois la polygamie ; un tissu associatif communautaire ; la présence de commerces ethniques ; la multiplication des lieux de culte musulman ; le port d’habits orientaux et religieux ; les graffitis antisémites et anti-occidentaux ; l’existence, au sein des écoles, de classes regroupant des primo-arrivants, ne parlant pas français ; la difficulté à maintenir une présence de Français d’origine. Si un quartier répond à plusieurs de ces critères, les RG considèrent que des indices de repli communautaire existent.

Cette étude, dont Le Monde s’est procuré une synthèse, n’a donc pas de valeur scientifique et ne s’appuie pas sur des statistiques indiscutables ; elle vise à cerner, à l’échelle nationale, une tendance, en s’appuyant sur de multiples exemples locaux tirés des cités françaises par les directeurs départementaux des RG. Réalisée par la section "dérives urbaines", elle se veut l’illustration des nouvelles priorités fixées aux RG par leur directeur central, Pascal Mailhos, arrivé en janvier 2004.

Dans les "quartiers ghettoïsés ou en voie de l’être", les RG notent une forte concentration de familles d’origine immigrée, "parfois majoritaires, cumulant les handicaps sociaux et culturels", qui peut entraîner des rapports antagonistes avec les Français d’origine. "Ces populations, écrivent les RG, conservent des survivances culturelles aboutissant à une certaine endogamie, à un maintien de modes de vie traditionnels, à l’émergence de modes de régulation sociale des conflits parallèles aux institutions, et à une vie associative repliée, organisée en fonction de l’origine des participants."

Les analystes de la direction centrale ne cachent pas leur pessimisme devant cette évolution profonde, qui paraît "difficile à endiguer", alors que les habitants les plus aisés -"le plus souvent d’origine européenne"- déménagent massivement et que les commerces traditionnels ferment.

L’islam, en revanche, prospère. Soucieux de ne pas être soupçonnés de mettre cette religion à l’index, les RG notent que "les processus d’intégration des personnes d’origine maghrébine et de laïcisation de l’islam se poursuivent avec force dans l’ensemble de la société française".

Néanmoins, le rapport souligne le rôle croissant des prédicateurs islamistes radicaux, dont le discours de rupture vis-à-vis des institutions et de la culture françaises inquiète les policiers. Les prêcheurs islamistes, du Tabligh ou salafistes, sont devenus des acteurs de ces zones urbaines. La présence de ces prêcheurs a été constatée dans plus de 200 quartiers, de façon plus ou moins régulière. Leur "prosélytisme intégriste (...) porte ses fruits, notamment auprès des jeunes et des enfants, pris en charge par de nombreuses associations qui œuvrent dans le domaine sportif et éducatif (crèches, écoles coraniques)", souligne le document.

"L’école, miroir grossissant"

L’actualité récente en a donné des exemples. A Antony (Hauts-de-Seine) et à Fontenay-aux-Roses (Val-de-Marne), deux crèches ont été fermées en 2003 sur décision préfectorale. Des cours d’arabe et un enseignement du Coran étaient dispensés à des enfants de 4 à 6 ans, sous la direction de salafistes connus pour leur engagement radical. En janvier 2004, à Argenteuil (Val-d’Oise), une halte-garderie connaissait le même sort.

Les indices de l’influence croissante de cet islam radical sont notamment, selon les RG, le port d’habits religieux et la dégradation du statut des femmes, en particulier celles d’origine maghrébine vivant à l’européenne, qui "sont régulièrement victimes d’injures et de violences".

L’école constitue, selon les RG, "un véritable miroir grossissant des dérives" constatées dans certains quartiers. Selon le rapport, les enseignants ont noté une "radicalisation des pratiques religieuses (ramadan, interdits alimentaires), une certaine remise en cause des cours d’histoire, de sciences naturelles et de sport, tandis que les jeunes filles subissent de la part des élèves masculins des pressions pour porter le voile".

Autre lieu où s’exerce la pression religieuse : l’entreprise. Ainsi, des concessionnaires automobiles ont constaté une multiplication des demandes de salles de prières et des exigences de salariés voulant organiser leur travail en fonction de leur pratique religieuse. Dans le parc d’attraction de Disneyland Paris, une dizaine de salles de prières clandestines ont déjà été découvertes.

Alors que des chercheurs soulignent le rôle pacificateur des prêcheurs, qui combattraient la délinquance, la DCRG insiste sur le sentiment de rupture qu’ils inculquent aux jeunes en mal de repères. Ces prêcheurs attisent l’idée selon laquelle ils sont "victimes de discrimination et de racisme", générant un racisme antifrançais en retour. "Parfois, constatent les RG, outre le repli sur la culture d’origine et le rejet des valeurs occidentales, se construit une sorte d’identité négative, qui mélange les cultures d’origine, les valeurs des cités et des références rudimentaires à l’islam."

Piotr SMOLAR

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