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mercredi 24 mai 2017
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AFP, 2 février 2012

Corruption : Le Premier ministre va être inculpé

par Sajjad TARAKZAI


Le siège de la Cour suprême, à Islamabad

Le Premier ministre du Pakistan va être inculpé, le 13 février 2012, pour outrage à la Cour suprême, pour avoir refusé depuis deux ans de relancer une procédure judiciaire en Suisse pour des détournements de fonds présumés par le très impopulaire président Asif Ali Zardari, dont le pouvoir est déjà vacillant.


Pakistan

L’affaire remonte à 2007, lorsque le président d’alors, le général Pervez Musharraf, en grande difficulté, a conclu une alliance secrète avec l’ex-Premier ministre Benazir Bhutto, leader de l’opposition de retour d’exil, pour un futur partage du pouvoir à l’occasion des élections législatives de 2008. Pour cela, il a décrété une amnistie générale exonérant plus de 8000 personnes -dont Benazir Bhutto et son époux, Asif Ali Zardari- de toutes poursuites pour corruption. Le couple était notamment sous le coup d’enquêtes pour des détournements présumés de fonds publics du temps où elle était Premier ministre (1988-90 et 1993-96) et lui ministre. Après l’assassinat de Mme Bhutto dans un attentat, en décembre 2007, et la large victoire de son parti aux élections législatives de février 2008, M. Zardari a été élu président par le Parlement. La Cour suprême a annulé, en 2009, le décret d’amnistie générale de 2007 exonérant M. Zardari de poursuites notamment dans une affaire de détournements présumés de fonds publics, dans les années, 1990 transférés sur des comptes en Suisse. Elle a alors sommé le gouvernement de demander à la justice suisse de rouvrir les procédures judiciaires, ce qu’il n’a jamais fait. Le 19 janvier 2012, le Premier ministre a comparu en personne devant la Cour suprême qui avait ajourné l’audience pour laisser le temps au gouvernement de se plier à son injonction ou rendre ses arguments pour prouver que l’immunité présidentielle s’appliquait dans le cas des "comptes suisses". "Ecrire une lettre aux autorités suisses (pour qu’elles rouvrent la procédure) ne pose pas de problème", avait toutefois expliqué son avocat Aitzaz Ahsan, assurant que l’immunité présidentielle préserverait alors M. Zardari. La Cour suprême en a manifestement jugé autrement jeudi 2 février. Or, en 2010, le procureur de Genève avait déjà estimé qu’il ne pourrait rouvrir le dossier tant que M. Zardari serait président, en raison de cette immunité. Le juge qui présidait l’audience, Nasir-ul-Mulk, a déclaré à la Cour qu’il y avait matière à poursuivre M. Gilani, malgré l’insistance du gouvernement à invoquer l’immunité judiciaire dont jouit le chef de l’Etat en exercice. "L’audience est ajourné au 13 février pour rédiger les chefs d’accusation. La présence du Premier ministre sera requise devant la Cour", a ajouté le juge Mulk. "Nous avons le droit de faire appel et ce sera à la Cour de juger si elle suspend ou non son jugement le cas échéant", a commenté, jeudi 2 février, l’avocat de M. Gilani, Aitzaz Ahsan, ajoutant : "Nous déciderons quand nous aurons une copie du jugement".

Yousuf Raza Gilani

La fermeté de la Cour met davantage en difficulté un chef de l’Etat et un gouvernement très impopulaires, accusés de corruption et de mauvaise gouvernance et confrontés à l’hostilité croissante de la toute puissante armée, le tout sur fond de crise économique aiguë. Une inculpation contraindrait à la démission le Premier ministre, Yousuf Raza Gilani, qui n’est pas lui-même impliqué dans le fond de "l’affaire des comptes suisses" de M. Zardari, un scénario qui affaiblirait encore davantage le pouvoir du chef de l’Etat et pourrait déclencher des élections législatives anticipées, alors qu’elles sont prévues en 2013. Les soubresauts politiques du Pakistan sont également scrutés de près par les puissance occidentales parce qu’il est la seule puissance militaire nucléaire du monde musulman, en proie à une vague extrêmement meurtrière d’attentats des islamistes radicaux, et ses zones tribales du nord-ouest sont le principal sanctuaire d’Al-Qaïda dans le monde et la base arrière des talibans afghans.

Sajjad TARAKZAI

Asif Ali Zardari

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