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vendredi 23 juin 2017
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La seconde guerre mondiale en photos 29

La guerre aérienne en Europe 1943-1945 (2ème partie)


Un Focke-Wulf FW 190 abat un B-17

En juillet 1943, lors d’un raid sur Hanovre, les Américains ont perdu 24 bombardiers sur 92. Le 28 juillet, lors d’un raid contre Berlin, les Américains ont perdu 22 bombardiers sur 120.

Les Américains ont essayé de faire escorter leurs bombardiers par des chasseurs Thunderbolt équipés de réservoirs supplémentaires, mais leur rayon d’action était insuffisant.

Un P-47 Thunderbolt équipé de réservoirs supplémentaires


Les 25 et 30 juillet 1943, les bombardiers britanniques ont gravement endommagé Remscheid et les usines Krupp d’Essen. Au cours des nuit suivantes, Mannheim, Francfort, Hanovre et Cassel ont été sérieusement bombardées.

Le raid sur Peenemünde

Dans la nuit du 17 août 1943, le Bomber Command a lancé une attaque contre la base de recherche et d’expérimentation des V1 et V2 de Peenemünde, sur la côte de la mer Baltique. Ce raid a été effectué par 597 bombardiers, dont 40 ont été abattus et 32 endommagés.

Préparatifs pour le lancement d’un V2, à Peenemünde, en Allemagne

Lancement d’un V2, à Peenemünde, en Allemagne

Vue aérienne des installations de Peenemünde, en Allemagne, après un bombardement britannique

La déroute des Forteresses volantes

Le 14 octobre 1943, une formation de 291 Forteresses volantes américaines a perdu 60 bombardiers, tandis que 138 autres étaient endommagés par la chasse allemande. Les chasseurs d’escorte américains ont dû rebrousser chemin au-dessus d’Aix-la-Chapelle. Après leur départ, jusqu’à leur objectif et pendant le vol de retour jusqu’à la Manche, les B-17 ont été attaqués par des vagues de chasseurs allemands se succédant de manière ininterrompue.

Un Focke-Wulf FW 190

En une semaine, la 8ème US Air Force a perdu 148 bombardiers et leurs équipages, lors de quatre tentatives pour percer la défense allemande au-delà du rayon d’action des escortes de chasseurs. Les chefs de l’aviation américaine ont été obligés de reconnaître la nécessité -jusqu’alors négligée ou considérée comme techniquement impossible- d’une escorte de chasse à long rayon d’action. La production du chasseur Mustang P-51 a été lancée à un rythme accéléré et les premiers appareils sont entrés en service en décembre 1943. Ils avaient un rayon d’action de près de 2400 kilomètres et pouvaient escorter les bombardiers à plus de 1000 kilomètres de leur base, c’est-à-dire jusqu’à la frontière orientale de l’Allemagne. On allait en fabriquer 14000 d’ici la capitulation de l’Allemagne.

Un North American P-51 Mustang

Premiers raids britanniques contre Berlin

Les raids exécutés à cette époque par le Bomber Command, contre Berlin, n’étaient pas efficaces. Il était impossible d’utiliser le système Oboe à une telle distance et l’étendue de la ville gênait le système H2S. Enfin, le ciel était couvert et le temps mauvais. La chasse de nuit allemande avait tout loisir d’attaquer les bombardiers pendant leur long voyage -1850 kilomètres aller-retour- et elle était dirigée par des stations de radar qui avaient appris à déjouer le brouillage Window. Sur les 123 bombardiers abattus au cours de 3 raids sur Berlin, environ 80 l’ont été par la chasse de nuit allemande.

La bataille de Berlin

La « bataille de Berlin » a duré de novembre 1943 à mars 1944. Elle a compris 16 attaques britanniques contre Berlin. Au nombre des 12 autres objectifs principaux figuraient Stuttgart, Francfort et Leipzig. Au total, il y a eu plus de 20000 sorties.

Les résultats de cette offensive massive ont été très différents des prédictions du maréchal de l’Air Harris. Ni l’Allemagne, ni Berlin n’ont été mises à genoux, tandis que la campagne de bombardement à dû être abandonnée à cause des pertes excessives qu’elle entraînait. 1047 bombardiers ont été abattus et 1682 autres ont été endommagés. La présence ou l’absence de la chasse de nuit allemande faisait habituellement toute la différence.

D’habitude, la chasse de nuit allemande arrivait vite et se montrait très active, contraignant peu à peu l’aviation britannique à choisir des objectifs situés plus au Sud et à employer une plus grande partie de ses effectifs dans des raids de diversion.

Le raid contre Nuremberg

Le point culminant de ces bombardements de villes a été le raid catastrophique sur Nuremberg, le 30 mars 1944, au cours duquel, sur un total de 796 bombardiers britanniques, 99 ont été abattus et 71 endommagés. A la suite ce cela, les attaques de villes ont été abandonnées.

Création de la 15ème US Air Force

Pour la 8ème US Air Force, l’hiver 1943-1944 a été une période relativement calme, du fait de la limitation temporaires aux objectifs suffisamment rapprochés pour les chasseurs d’escorte. La 15ème US Air Force a été créée et stationnée en Italie, conquise par les alliés.

Les Mustang assurent la maîtrise du ciel au-dessus de l’Allemagne

Les premiers mois de 1944 ont été marqués par l’arrivée d’un flot sans cesse croissant de chasseurs Mustang et par l’allongement de leur rayon d’action. En plus de l’escorte des bombardiers, ils avaient pour mission d’attaquer la Luftwaffe partout où ils pouvaient la trouver. Les chasseurs allemands subissaient des pertes sans cesse grandissantes.

En avril 1944, le maréchal de l’Air Harris a demandé l’appui de chasseurs de nuit à long rayon d’action pour ses bombardiers. Masquant sa défaite dans le bombardement des villes allemandes, à partir de ce mois d’avril, le Bomber Command s’est reconverti dans l’attaque du réseau ferroviaire français, en prévision du débarquement de Normandie.

Au cours de ce mois d’avril 1944, la 15ème US Air Force, basée en Italie, a bombardé les gisements pétrolifères de Ploesti, en Roumanie.

Des B-24 Liberators bombardent les installations pétrolières de Ploesti, en Roumanie, le 1er août 1943

Des B-24 Liberators bombardent les installations pétrolières de Ploesti, en Roumanie, le 1er août 1943

Les installations pétrolières de Ploesti, en Roumanie, après le bombardement du 1er août 1943

La 8ème US Air Force a poursuivi son offensive diurne sur les installations pétrolières et aéronautiques allemandes. Le 12 mai 1944, 935 bombardiers américains partis de Grande-Bretagne, et escortés par un millier de chasseurs, se sont heurtés à 400 chasseurs allemands. 65 chasseurs allemands ont été abattus, tandis que les Américains perdaient 46 bombardiers.

Pénurie de carburant pour la Luftwaffe

Après le débarquement de Normandie, la chasse de nuit allemande manquait cruellement d’essence et était gênée par la perte de son système radar d’alerte avancée en France, tandis que les Britanniques bénéficiaient, au contraire, de l’installation de stations émettrices sur le continent, pour guider leurs bombardiers.

Lorsque les bombardiers britanniques ont repris leur offensive stratégique nocturne contre l’Allemagne, ils ont subi un taux de pertes très élevé -jusqu’à 11 %, au mois de juin 1944, lors d’attaques sur des installations pétrolières. En trois nuits, sur 832 bombardiers britanniques, 93 ont été abattus, en majorité par des chasseurs de nuit allemands. En conséquence, près de la moitié des raids britanniques des mois d’août et septembre 1944 ont eu lieu de jour et ont été beaucoup moins coûteux. Cependant, à partir de ces mois-là, les raids nocturnes sont devenus moins dangereux. Au cours du mois de septembre 1944, la RAF a engagé près de trois fois plus de bombardiers qu’en juin et les pertes ont diminué des deux tiers.

Les raids américains continuaient. Le 16 juin 1944, plus d’un millier de bombardiers étaient escortés par près de 800 chasseurs. Le 20 juin, c’était un raid de 1361 bombardiers américains. Un nombre sans cesse croissant d’installations pétrolières a été mis hors d’état de fonctionner.

A partir de septembre 1944, le ravitaillement en carburant de la Luftwaffe était réduit à 10000 tonnes par mois, alors qu’un minimum de 160000 tonnes était nécessaire.

Dès le mois de juillet 1944, toutes les installations pétrolières allemandes avaient été touchées. L’énorme quantité d’avions et de Panzer produits par les usines allemandes était en passe de devenir inutile faute de carburant.

Alors que le nombre d’appareils allemands en état de vol diminuait, celui des forces aériennes alliées allait en augmentant. Le nombre de bombardiers de première ligne de la RAF était de 1023 en avril 1944 ; 1513 en décembre 1944 ; et 1609 en avril 1945. Pour la 8ème US Air Force, les chiffres étaient de 1049 bombardiers en avril 1944 ; 1826 en décembre 1944 ; et 2085 en avril 1945.

Entre temps, la RAF avait adopté le bombardement massif de jour. A la différence des raids de nuit, les raids de jour ne rencontraient plus l’opposition de la Luftwaffe. A la fin août 1944, la RAF attaqué la Ruhr en plein jour, sans rencontrer d’opposition véritable.

Dans ces circonstances, la RAF a décidé de reprendre ses raids nocturnes contre les installations pétrolières allemandes. Ces raids nocturnes se sont révélés plus efficaces et moins coûteux qu’auparavant.

Les bombardiers alliés dominent le ciel allemand

Au cours des trois derniers mois de 1944, le Bomber Command a largué davantage de bombes qu’au cours de toute l’année 1943. Les pertes en bombardiers étaient désormais inférieures à 1 %. A elle seule, au cours de cette période, la Ruhr a reçu plus de 60000 tonnes de bombes. Sous les coups des bombardiers, la capacité de résistance de l’Allemagne était peu à peu écrasée et son économie de guerre étranglée.

Des B-24 Liberators au-dessus de Bremen, en Allemagne, en janvier 1945

Les ruines de Cologne, en Allemagne, en 1945

A la mi-février 1945, le centre de la ville de Dresde a subi une attaque dévastatrice.

Les ruines de Dresden, en Allemagne, le 14 février 1945

Les ruines de Dresden, en Allemagne, le 14 février 1945

Les ruines de Dresden, en Allemagne, le 15 février 1945

Les cadavres de victimes brûlées vives, à Dresden, en Allemagne, le 15 février 1945

A partir du mois d’avril 1945, il restait tellement peu d’objectifs intéressants que le bombardement des villes et des usines ont été abandonnés au profit de l’aide directe aux armées.

Conclusion

En résumé, l’offensive de bombardement stratégique contre l’Allemagne a été déclenchée avec de grands espoirs, mais elle s’est d’abord avérée très peu efficace, montrant ainsi que la confiance l’emportait largement sur le bon sens. L’apparition progressive du sens des réalités s’est manifestée sous la forme du passage soudain des bombardements de jour aux bombardements de nuit, puis par l’adoption -critiquable à bien des points de vue- de la politique du bombardement de zones urbaines.

Jusqu’en 1942, les bombardements représentaient une gêne pour l’Allemagne, mais pas un danger.

En 1943, grâce à l’aide américaine sans cesse croissante, les dommages infligés par les aviations de bombardement des deux pays alliés sont devenus plus importants mais, en réalité, ils n’ont sérieusement affecté ni la production de guerre, ni le moral allemands.

C’est seulement au printemps 1944 qu’un changement réel et décisif est intervenu, surtout grâce à l’adoption, par les Américains, de chasseurs à long rayon d’action pour escorter les bombardiers.

Après avoir rendu de grands services à l’opération Overlord -le débarquement de Normandie-, les bombardiers alliés ont repris leurs attaques contre l’industrie allemande avec un succès très supérieur. Au cours des neuf derniers mois de la guerre, les bombardiers ont bénéficié de nouveaux progrès réalisés dans les techniques de navigation et de bombardement, ainsi que de l’absence de plus en plus fréquente d’opposition aérienne allemande.

On a largement la preuve que la guerre aurait pu être abrégée, au moins de plusieurs mois, si les efforts avaient été mieux concentrés sur les installations pétrolières et le réseau de communications. Cependant, en dépit des erreurs de stratégie et du mépris manifesté pour la plus élémentaire moralité, la campagne de bombardements a joué, sans aucun doute, un rôle crucial dans la défaite de l’Allemagne hitlérienne.

Un Messerschmitt Me-262

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source