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jeudi 27 avril 2017
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AP, 6 juillet 2004

France : Un comité interministériel contre l’exclusion ne produit que du blabla

Suivi d’un commentaire


PARIS (AP) - Une réunion pour rien. A l’issue du premier comité interministériel contre l’exclusion, le gouvernement n’a annoncé, mardi 6 juillet 2004 après-midi, aucune mesure réellement nouvelle pour aider les millions de personnes en situation d’exclusion, hormis celles qui figurent déjà dans le plan de cohésion sociale.

Ce comité interministériel présidé par Jean-Pierre Raffarin, qui a réuni une dizaine de ministres, n’a duré qu’une demi-heure.


Cette réunion aurait pu cependant être un événement. Le comité interministériel, institué par la loi d’orientation de 1998 contre l’exclusion, n’avait jamais été réuni.

Le comité de Matignon a été précédé, le matin même, à l’Institut Pasteur, d’une conférence de lutte contre l’exclusion, qui se tenait elle aussi pour la première fois. Devant les élus, représentants des associations et personnalités réunies pour l’occasion, Jean-Pierre Raffarin a promis des "mesures opérationnelles" pour rendre effectifs les droits créés par la loi de 1998, notamment le droit au logement.

Dans le sillage de Jacques Chirac, qui a fait de la cohésion sociale une priorité "absolue" depuis les régionales, M. Raffarin a souhaité faire du lien social "une priorité nationale", en le présentant comme "une des conditions de la croissance". "Un pays fracturé est un pays qui se freine lui-même", a estimé le Premier ministre. "C’est un pays qui n’a pas forcément la capacité de faire face aux défis de l’avenir".

La "deuxième grande étape" de la lutte contre l’exclusion annoncée par M. Raffarin n’a cependant débouché sur rien de concret dans l’après-midi. A l’issue de la réunion, la ministre déléguée à la Lutte contre la Précarité Nelly Olin a repris les mesures qui figurent dans le plan de cohésion sociale présenté la semaine dernière par Jean-Louis Borloo.

Un guichet unique sera mis en place dans les administrations pour aider les démarches des plus démunis. Trois cents points d’écoute seront créés d’ici trois ans pour les jeunes en difficulté. En matière d’hébergement d’urgence, l’Etat va financer 4000 places supplémentaires en maisons-relais, 7000 places en centres d’aide aux demandeurs d’asile (CADA) et 1300 places en centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS).

Nelly Olin a par ailleurs promis des mesures contre l’illettrisme, afin de prendre "très en amont" ce fléau. "Nous avons toute la volonté du monde pour faire en sorte que le mot "exclusion" dans quelques années ne fasse plus partie de notre vocabulaire", a déclaré la ministre.

Malgré cette bonne volonté, le gouvernement ne s’est pas engagé sur les principales revendications des associations, en particulier celle du droit au logement. Les associations réclament une possibilité de recours juridique pour les personnes sans logement. Nelly Olin a invoqué l’insuffisance actuelle du nombre de logements sociaux. "Nous ne pourrons mettre en oeuvre le droit au logement que lorsqu’on sera capable de mettre en face des logements", a reconnu la ministre. Le plan de cohésion sociale prévoit la construction de 120000 logements sociaux par an en 2009, contre 58000 en 2003.

Les associations, reçues à déjeuner par Jean-Pierre Raffarin, sont sorties dubitatives. "On verra si ça sert à quelque chose, si la situation d’un certain nombre de gens changera", a déclaré Pierre Saglio d’ATD Quart Monde. "Pour nous ce qui est important, c’est de savoir comment les mesures vont être mises en oeuvre dans la durée", a renchéri Nicole Maestracci, présidente de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS).

Président d’Emmaüs France, Martin Hirsch a souhaité que le contrat d’activité créé par le plan Borloo ne soit pas limité aux allocataires de minimas sociaux.

Associated Press

Commentaire

On peut aisément prédire que le gouvernement français -tout comme les autres- n’obtiendra aucun résultat significatif dans sa prétendue « politique de lutte contre l’exclusion ». Le milieu politique, à gauche comme à droite, a une approche du problème complètement dogmatique et ce dogmatisme contribue à aggraver et amplifier le problème au lieu de le résoudre.

Les politiciens et leurs soi-disant « experts » affectent de croire que l’exclusion aurait pour raison d’être le chômage. Ainsi, quand ils prétendent « lutter contre l’exclusion », ils se contentent, le plus souvent, de promettre des créations d’emplois. Sous prétexte de favoriser les créations d’emplois, les politiciens favorisent le dumping salarial et la précarisation du travail, car les employeurs sont censés embaucher plus volontiers un salarié payé au lance-pierre et quasiment privé de droits.

Cette approche dogmatique est fondamentalement fausse, car la raison d’être de l’exclusion réside dans la pauvreté. Un salarié pauvre ne subit pas moins l’exclusion qu’un chômeur pauvre. L’un comme l’autre sont, de facto, interdits d’accès à tous les lieux dont l’entrée est payante : cinémas, théâtres, restaurants, etc.... L’un comme l’autre sont contraints de vivoter au jour le jour, en tentant de « joindre les deux bouts » d’une fin de mois à la suivante, sans jamais parvenir à économiser une somme quelconque. Les uns comme les autres vivent une situation précaire. Le salarié ignore s’il conservera son emploi. Il ignore comment il payera son loyer s’il perd son emploi. Il n’a même pas la certitude de pouvoir conserver son domicile.

L’intégration sociale ne dépend pas du fait qu’on ait ou non un emploi. Un salarié n’entretient le plus souvent, avec ses collègues de travail, que des relations extrêmement superficielles. Quand la conversation des salariés ne porte pas sur le travail lui-même, elle se réduit généralement aux banalités qu’on pourrait aussi bien entendre au café du coin. Lorsqu’un salarié quitte une entreprise, il n’entretient que fort rarement une relation durable avec ses ex-collègues de travail. Cela démontre le caractère superficiel de ces relations professionnelles.

On peut imaginer une société dans laquelle tous les riches seraient des étrangers, tandis que tous les pauvres seraient des autochtones payés au lance-pierre pour travailler dans des hôtels de luxe, conduire les taxis et cirer les chaussures des touristes. Le cireur de chaussures n’aurait pas les moyens de faire cirer ses propres chaussures ; le conducteur de taxi n’aurait pas les moyens de payer un taxi pour regagner son domicile ; et l’employé d’hôtel n’aurait pas les moyens de s’offrir un repas au restaurant du palace qui l’emploie. Dans un tel pays, les autochtones sont exclus de tout ce qui est réservé aux riches étrangers. Ces étrangers accaparent les beaux quartiers, tandis que les autochtones vivent dans des bidonvilles et se contentent de contempler la vitrine des magasins. Dans une telle société, les entreprises consacrées au tourisme sont plus ou moins prospères, tandis que toutes les entreprises dépendant de la clientèle de masse locale sont menacées de faillite à cause de la pauvreté des clients et du chiffre d’affaires dérisoire.

L’intégration sociale est déterminée par le pouvoir d’achat. C’est le pouvoir d’achat qui permet ou non d’aller au cinéma, au théâtre, d’inviter quelqu’un au restaurant, d’acheter des livres, de se loger décemment, etc...

La lutte contre l’exclusion doit être synonyme de lutte contre la pauvreté, et cette lutte contre la pauvreté ne saurait être subordonnée au fait qu’il existe ou non des emplois, faute de quoi elle est vouée à l’échec. En effet, les mutations technologiques feront disparaître toujours plus massivement les emplois. Quant aux emplois qui se créent, ils seront eux-mêmes de plus en plus informatisés et robotisés.

En raison de leur dogmatisme, les politiciens refusent d’admettre que le commun des citoyens puisse avoir droit à un revenu décent même s’il est sans emploi. Or, ces mêmes politiciens, malgré leurs promesses continuelles, sont incapables de créer des emplois au rythme où ils disparaissent. Et les politiciens sont encore moins capables de créer des emplois décemment rétribués. Par dogmatisme, les politiciens s’enferment dans une logique qui fait perdre la société sur tous les tableaux : les emplois ne cessent de disparaître et la pauvreté ne cesse de s’étendre davantage parmi les salariés eux-mêmes.

Le projet de taxe sociale exposé dans la rubrique « Taxe sociale » de ce site web a été conçu en sorte d’éradiquer définitivement la pauvreté dans un contexte de mutations technologiques et de disparition toujours plus massive des emplois. Il est inspiré par la logique interne de l’intérêt général. Sa raison d’être est la justice sociale. L’originalité de ce projet est qu’il ne prétend pas subordonner le revenu individuel à l’existence d’un hypothétique emploi. Il vise à assurer l’autofinancement du progrès social malgré les disparitions d’emplois. Et il a été conçu pour fonctionner aussi bien à l’échelle locale qu’à l’échelle planétaire.

Frank BRUNNER

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