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dimanche 23 juillet 2017
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Infosud, 8 février 2012

Burkina Faso : L’homme qui a arrêté le désert

par Mantoe PHAKATHI


Yacouba Sawadogo

Au début, les voisins de Yacouba Sawadogo l’ont pris pour un fou. Comment le fait de planter des arbres allait-il sauver la terre craquelée de Gourga, village au nord-ouest du Burkina Faso, de l’avancée inexorable du désert ? Mais trente ans plus tard, c’est bien une forêt d’une quinzaine d’hectares qui sert de rempart au sable rampant du Sahel. Depuis, les habitants qui avaient fui sont revenus cultiver leurs champs. Tandis que des experts du monde entier se bousculent à la porte du vieux paysan pour étudier sa méthode, qui consiste en l’amélioration d’une technique agricole traditionnelle appelée Zaï : retenir l’eau de pluie et utiliser les termites pour enrichir le sol. Outre le président américain, Barack Obama, et les médias internationaux qui lui consacré moult reportages, l’expérience atypique de Yacouba Sawadogo a fasciné jusqu’au réalisateur Mark Dodd, qui a produit le film « L’homme qui a arrêté le désert », projeté, fin octobre 2011, lors de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), à Changwon, en Corée du Sud.


Burkina Faso

Il faut dire qu’au début, Yacouba Sawadogo cherchait simplement un moyen pour cultiver dans une région semi-aride où la terre était devenue si stérile que nombre de paysans avaient migré vers les villes. « Il n’y avait pas de nourriture, à cause de la sécheresse, et l’eau était très rare », se rappelle l’agriculteur. Yacouba Sawadogo s’est alors rendu compte qu’il ne suffisait pas de creuser des trous ordinaires pour planter, mais qu’il fallait les agrandir tant en largeur qu’en profondeur, pour retenir l’eau de pluie pendant une plus longue période. Il a aussi utilisé du compost pour renforcer la croissance des graines de sésame et des céréales –sorgho et millet– qu’il produisait. « Avec la méthode ancestrale, les eaux de pluie s’évaporaient trop vite et les cultures se fanaient en un temps record. Il me fallait pallier à ce problème », observe celui que beaucoup surnomment le professeur, malgré son illettrisme. Suivant cette logique, l’agriculteur s’est naturellement préoccupé de l’avancée du désert qui allait engloutir les terres cultivables de Gourga. Alors, inlassablement, et faisant fi des moqueries, il a commencé à planter des arbres. Et de façon inespérée, cette pratique a non seulement sauvé la terre de la dégradation, mais elle a aussi restauré l’eau souterraine à des niveaux jamais atteints. Les arbres sélectionnés sont devenus une épaisse forêt qui fournit aujourd’hui, outre le bois de chauffe, une palette de plantes médicinales vitales dans ces contrées reculées.

Yacouba Sawadogo

Aujourd’hui, Yacouba Sawadogo distribue gratuitement des semences à planter aux agriculteurs de la région sahélienne qui s’étend de l’Atlantique à la Mer rouge. Et selon le facilitateur des Initiatives de reverdissement en Afrique pour le Centre de la coopération internationale, Chris Reij, « c’est bien un petit agriculteur qui a trouvé, seul, un système qui marche là où des organismes mondiaux ont échoué ». Yacouba Sawadogo a probablement ouvert une voie : la plantation d’arbres, ainsi que l’utilisation d’engrais sur les champs et les pâturages ont déjà été adoptées par de nombreux agriculteurs africains et ont contribué au reverdissement de plus de six millions d’hectares de terres à travers le continent.

Une famille à la ferme de Yacouba Sawadogo, près de Gourga

Mais cet élan est encore freiné par les politiques mises en place dans différentes zones touchées par la sécheresse. Selon le spécialiste de l’environnement pour la gestion durable des terres au Fonds pour l’environnement mondial (FEM), Mohamed Bakarr, « le fait que les dirigeants de certains pays empêchent la population de posséder des arbres ou d’accéder à la propriété foncière font que les gens négligent ces ressources ». Une épée de Damoclès à laquelle n’échappe d’ailleurs pas Yacouba Sawadogo : au nom du développement, le gouvernement burkinabè est en train de s’approprier la terre et surtout la forêt qu’il a planté. Sa seule solution serait de racheter au moins ses arbres à son propre Etat, solution à 120000 francs suisses qu’il estime injuste. Et surtout inabordable.

Mantoe PHAKATHI

Réunion familiale à la ferme de Yacouba Sawadogo (au centre de l’image), près de Gourga

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source