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AFP, 17 février 2012

Corruption : Le président de la République allemand est rattrapé par la justice

par Laurent GESLIN


Vue de Hannover

La justice allemande s’est fait menaçante, jeudi 16 février 2012, pour Christian Wulff, péniblement installé à la présidence de la république par la chancelière, Angela Merkel, et dont l’immunité est menacée après des soupçons de prévarication.


Allemagne

Mme Merkel avait eu du mal à faire élire M. Wulff, en juin 2010, après la démission surprise de Horst Köhler : il avait fallu trois tours de scrutin, les grands électeurs en profitant pour montrer leur mécontentement à l’égard de la chancelière et de sa coalition de centre-droit. M. Wulff, âgé de 52 ans, est, depuis mi-décembre 2011, sous le feu des critiques des médias allemands qui l’accusent d’avoir profité de sa position à la tête de la Basse-Saxe pour obtenir des avantages financiers divers et multiples, puis d’avoir tenté d’étouffer ces affaires. Début janvier 2012, il a refusé de démissionner. Le président allemand a été pêle-mêle attaqué pour avoir occulté un prêt, pour avoir profité de vacances gratuites chez de riches entrepreneurs en Italie, à Majorque, aux Etats-Unis, puis pour avoir tenté de faire pression sur des journalistes, notamment sur le puissant journal Bild, afin d’empêcher la sortie de nouvelles révélations.

Angela Merkel

Le parquet de Hanovre, capitale de l’Etat de Basse-Saxe, a annoncé, jeudi 16 février 2012 en soirée, par communiqué, un "début de suspicion" concernant le président allemand, une autorité morale dont les fonctions sont essentiellement honorifiques. La veille, la chancellerie de Basse-Saxe avait remis au parquet seize classeurs et des cahiers concernant M. Wulff, qui a dirigé cet Etat régional de 2003 à 2010. Selon la justice, "la vérification exhaustive de nouveaux documents, et l’évaluation d’articles dans les médias montre assez de faits pour un début de suspicion de prévarication ou de bénéfices d’avantages" de M. Wulff, qui reste "présumé innocent". Le parquet a indiqué s’intéresser également à un producteur de films, David Groenewold, un proche de M. Wulff qui est suspecté d’avoir bénéficié de cautionnement pour divers projets.

Christian Wulff

Le sort de Christian Wulff, membre de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) de Mme Merkel, est désormais dans les mains des députés du Bundestag (chambre basse du parlement) qui vont être appelés à se prononcer sur la levée de l’immunité pour autoriser le parquet à lancer une procédure. Les sociaux-démocrates du SPD (opposition) réclament d’ores et déjà la levée de l’immunité. "L’immunité du président fédéral doit à présent être levée sans délai", a estimé le chef du groupe SPD au Bundestag, Thomas Opprimant, dans le quotidien Die Wels à paraître vendredi 17 février 2012. Et dans le quotidien Süddeutsche Zeitung il se dit convaincu que les députés CDU et leurs partenaires de coalition Libéraux soutiendront une demande de levée de l’immunité. Un ténor des Verts, Christian Ströbele, a appelé ouvertement le président à démissionner. Il estime que le parquet de Hanovre n’a "pas bâclé son travail" en formulant sa demande. "Christian Wulff doit tirer les conséquences, maintenant ça suffit", a dit le député au Tagesspiegel. Si la levée de l’immunité de M. Wulff obtenait le feu vert, ce serait une première dans l’histoire de la République fédérale. Les députés ne peuvent cependant pas décider du limogeage du président. Seule la Cour constitutionnelle peut mettre un terme de manière prématurée à un mandat de cinq ans. Selon un sondage publié il y a une semaine, 77 % des Allemands estimaient que l’image de M. Wulff étaient durablement abîmée, et 48 % voulaient sa démission.

Laurent GESLIN

Hans-Christian Ströbele

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