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dimanche 21 décembre 2014
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Infosud, 20 février 2012

Mauritanie : 700000 personnes menacés par la famine

par Kristin PALITZA


Vue du village de Bareina

Mariem Mint Ahmedou est assise en tailleur sur le tapis usé dans une tente rustique construite de briques de boue et de couches de tissu cousues à la main. Ses jumeaux âgés de 8 mois, Hussein et Hassan, sont fébrilement allongés contre son corps. Depuis leur naissance, ils ont été mal nourris, parce que Mariem, elle-même sous-alimentée, ne pouvait pas produire suffisamment de lait pour eux.


Mauritanie

« En l’absence de pluies, nous n’avons pas eu de récolte du tout. Nous avons acheté un peu de riz à crédit, mais il n’y a pas de viande et presque pas de lait. Parfois, il nous arrive de ne pas manger pendant deux jours », confie Mariem. Une situation partagée par la plupart des habitants de son village, Douerara, situé à environ 800 kilomètres à l’est de Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, au milieu d’un paysage aride de sable et de terre rocheuse. Depuis des mois, les précipitations se font rares dans la région. Les récoltes ont été très mauvaises. La crise alimentaire guette. Surtout que la saison sèche n’a pas encore pointé son nez.

Un enfant victime de malnutrition

« La fenêtre d’opportunité pour sauver des millions de personnes victimes de la faim dans le Sahel se referme rapidement », déclare Josette Sheeran, directrice exécutive du Programme alimentaire mondial (PAM). La semaine dernière, la Commission européenne a augmenté le montant de ses fonds alloués à la crise alimentaire au Sahel à hauteur de 275 millions d’euros. « Les indications d’alerte précoce sont très significatives et nous faisons tout ce que nous pouvons pour réduire l’impact des mauvaises récoltes et éviter que la situation ne se transforme en une nouvelle crise alimentaire majeure », explique Kristalina Georgieva, commissaire européenne pour la Coopération internationale et l’aide humanitaire. Le Programme alimentaire mondial vise à fournir une assistance alimentaire à quelque 8 millions de personnes au Niger, au Tchad, au Mali, au Sénégal, au Burkina Faso, en Mauritanie et au Cameroun.

Josette Sheeran

« La situation est extrêmement grave, surtout pour les petits enfants », explique Khadijettou Jarboue, une nutritionniste qui travaille dans un centre de santé publique à Kiffa, une petite ville dans le sud-est du pays. Chaque semaine, de plus en plus de familles font la queue dans la clinique. « Je suis très inquiète du nombre grandissant d’enfants souffrant de malnutrition sévère que je dois soigner », ajoute Khadijettou Jarboue, pendant qu’elle pèse et mesure une jeune fille de 21 mois, Khadjetm, qui a été amenée au centre par sa mère qui vit dans un village à 45 km de Kiffa. Près de 60 % des enfants souffrant de malnutrition risquent de ne pas survivre à une crise alimentaire, et le taux de mortalité pourrait être encore plus élevé en 2012, parce que la région n’a toujours pas récupéré d’une grave sécheresse en 2010. « Le Sahel est une région en crise permanente, faisant face à une insécurité alimentaire chronique », résume Félicité Tchibindat, conseiller régional sur la nutrition de l’Afrique de l’Ouest et centrale pour le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef). Cette année, l’organisme onusien s’attend à une situation encore pire.

Des cultures près de Kiffa

La sécheresse de cette année a été qualifiée par l’ONU comme « la pire depuis des décennies ». En conséquence, les prix alimentaires ont triplé en Mauritanie, tandis que le prix du bétail –la monnaie principale dans la région– a baissé rapidement lorsque les pâturages ont commencé à se dessécher. A travers le pays, les routes sont bordées de cadavres de vaches qui sont mortes de faim et de soif. « Cette année sera particulièrement difficile », reconnaît Cheik Abdahllahi Ewah, gouverneur du Hodh el Gharbi, l’une des provinces les plus touchées en Mauritanie. « Le manque de pluie a sonné comme une condamnation à mort pour notre peuple. » Le gouvernement mauritanien a lancé, fin janvier 2012, un programme d’urgence pour venir en aide aux populations les plus démunies, à travers la subvention des produits alimentaires. Dans le pays, près de 700 000 personnes seraient menacées par la famine, soit près d’un tiers de sa population.

Kristin PALITZA

Une parcelle cultivée près de Tichit

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