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Infosud, 28 février 2012

Informations internationales : Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU est dynamisé par le Printemps arabe

par Carole VANN


Des manifestants à Manama, au Bahreïn, le 2 février 2012

C’est indéniable : les printemps arabes ont donné une impulsion positive au Conseil des droits de l’homme (CDH). Souvent décrié par les organisations de défense des libertés, le nouvel organe créé en 2006 pour prendre le relai de sa défunte sœur la Commission, est en train d’asseoir sa crédibilité depuis une année. Enquêtes internationales sur la Lybie, la Syrie et la Côte d’Ivoire, nomination d’un expert chargé d’enquêter sur les droits humains en Côte d’Ivoire et en Iran, dénonciation –enfin– des abus commis en Biélorussie. Et première dans l’histoire des droits de l’homme de l’ONU : la suspension, en 2011, de la Libye de Mouammar Kadhafi. Des avancées palpables qui mettent en exergue l’immobilisme du Conseil de sécurité, à New York, paralysé par les systèmes de veto. C’est sur cette note positive pour Genève qu’a démarré lundi 27 février 2012, et pour tout un mois, la 19ème session du Conseil.


Manifestation devant l’ambassade de Syrie, à Tunis, en Tunisie, le 4 février 2012

En septembre 2011, Human Rights Watch passait en revue dans un rapport les progrès accomplis par le Conseil des droits de l’homme. « A présent, le principal défi est de maintenir le Conseil sur sa lancée et de ne pas le laisser revenir en arrière », commentait alors Juliette de Rivero, directrice de Human Rights Watch à Genève. Dès les premières manifestations en Tunisie, puis en Egypte, les membres du Conseil se sont montrés réactifs. La même année, le bloc arabe, l’un des plus puissants du Conseil, se lézardait, ébranlant du coup les politiques de polarisation qui ont gangréné la Commission puis le Conseil. Dans son élan vers les libertés, Tunis a même accepté d’accueillir le bureau régional du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) de Navi Pillay.

Des membres du parlement, au Caire, en Egypte, le 26 février 2012

A ces notes optimistes, des bémols toutefois, comme le silence assourdissant des délégations sur les exactions quotidiennes perpétrées par les autorités du Bahreïn contre la population chiite. Mais aussi l’incapacité du Conseil des droits de l’homme d’établir une enquête indépendante sur le Yémen. Ce sera finalement le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, dirigé par Navi Pillay, qui enverra des missions dans ces deux pays. « Avec les fissures au sein du bloc arabes, on assiste à un assouplissement de ces pays qui se montrent plus ouverts aux résolutions présentées au sein du Conseil, remarque Adrien-Claude Zoller, président de l’ONG Genève pour les droits humains. Mais il s’agit d’une libéralisation sous contrôle, qui ne se situe pas forcément dans des perspectives de droits de l’homme. » Et de relever que les diplomates égyptiens n’ont pas été remplacés au Conseil des droits de l’homme, tandis que les algériens représentent toujours une dictature militaire.

Navi Pillay

Mais les avancées du Conseil ne se mesurent pas uniquement à l’aune des révolutions arabes. Sur les questions thématiques, des rapporteurs spéciaux ont été nommés pour la justice de transition, le droit de rassemblement, l’eau potable. Parmi les dossiers thématiques prioritaires qui seront traités durant cette 19ème session, relevons les manifestations pacifiques, l’environnement, internet, l’homosexualité, la liberté religieuse, avec un risque que le Pakistan relance le concept de diffamation de religion, resté en veilleuse pour l’instant. Parmi les pays sur l’agenda, la Syrie. Une commission d’enquête mandatée en août 2011 avait conclu dans son premier rapport, en novembre, que les forces de l’ordre syriennes avaient perpétré des crimes contre l’humanité. Un nouveau rapport qui sera examiné durant cette session devrait amener les preuves de ces conclusions. Le Myanmar sera aussi examiné, ainsi que l’Iran. Concernant la Libye, l’espoir circule que le pays ouvrira ses portes à tous les rapporteurs spéciaux. Un focus important sera fait sur le Sri Lanka. Les Etats-Unis entendent lancer une résolution qui incite Colombo à poursuivre les auteurs des violations. L’entrée en scène, depuis 2009, des Etats-Unis, contribue aux améliorations constatées au sein du Conseil. L’équipe de Barack Obama favorise le dialogue transversal déjà initié par le groupe occidental, dont la Suisse. Par ailleurs, une nouvelle donne vient contrer le poids de pays tels que Cuba, le Pakistan, l’Algérie, l’Egypte, la Chine, la Russie, qui continuent d’enrayer la machine : des pays émergents, dont le Brésil, le Mexique, l’Inde, plutôt collaboratifs au sein du Conseil, drainent de plus en plus de votes derrière eux.

Carole VANN

Manifestation anti-américaine, à Colombo, au Sri Lanka, le 27 février 2012

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