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jeudi 27 juillet 2017
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La seconde guerre mondiale en photos 31

L’invasion de la Sicile

Opération Husky


Des transports de troupes destinés à l’invasion de la Sicile sont rassemblés dans le port tunisien de Bizerte

La capture, par les alliés, des 8 divisions de l’Axe en Tunisie, comprenant la plupart des vétérans de Rommel et la fine fleur de l’armée italienne, a laissé l’Italie et les îles italiennes pratiquement sans défense. Ces forces auraient permis de défendre puissamment l’entrée de l’Europe par l’Italie et les chances de réussite d’une invasion alliée auraient été faibles.

A la suite de la capitulation des forces de l’Axe en Tunisie, la garnison italienne de Sicile consistait seulement en 4 divisions de campagne et 6 divisions statiques de défense côtière, toutes mal équipées et d’un moral assez bas.


L’Italie n’ayant plus de forces mobiles mécanisées, ses responsables militaires ont demandé aux Allemands de leur fournir d’importants renforts en divisions du type Panzer. Adolf Hitler était disposé à satisfaire cet urgent besoin et, à la mi-mai 1943, il a envoyé, à Benito Mussolini, un message personnel pour lui offrir cinq divisions. Mais Benito Mussolini, sans en parler au maréchal allemand Kesserling -commandant en chef en Italie méridionale-, a répondu à Adolf Hitler qu’il n’en voulait que 3. Cela représentait l’envoi d’une seule division, en plus des deux improvisées à l’aide de jeunes recrues -qui se trouvaient déjà en Italie- qu’on prévoyait d’envoyer en Tunisie avant que les forces de l’Axe n’y capitulent. Benito Mussolini a même exprimé le vœux de ne recevoir aucun autre renfort allemand. Benito Mussolini ne pouvait pas supporter l’idée de laisser voir au monde qu’il était tributaire de l’aide allemande. Il voulait que l’Italie soit défendue par des Italiens, ce que l’état catastrophique de ses troupes rendait parfaitement irréalisable. Benito Mussolini ne voulait pas laisser les Allemands acquérir une position prépondérante en Italie. Il était presque aussi désireux d’empêcher les Allemands d’entrer dans son pays que d’empêcher une invasion alliée. A la demande insistante du chef d’état-major de l’armée italienne, Benito Mussolini a toutefois fini par accepter de laisser entrer d’autres divisions allemandes, à condition qu’elles soient subordonnées tactiquement au commandement italien. Les jeunes recrues allemandes ont été constituées en une division baptisée « 15ème division de panzergrenadier », mais ne disposant que d’une seule unité de Panzer. Une division constituée sur le même modèle, la division de Panzer « Hermann Göring », a été envoyée en Sicile vers la fin du mois de juin 1943. Mais Benito Mussolini a refusé de laisser réunir ces deux divisions en un corps d’armée sous les ordres d’un général allemand. Elles ont été placées directement sous les ordres du commandant de l’armée italienne en Sicile, et réparties en 5 groupes de réserve mobile sur le pourtour de l’île.

Benito Mussolini (à droite de l’image)

Les hésitations d’Adolf Hitler

Lorsque Benito Mussolini a été disposé d’accepter une aide allemande plus importante, c’est Adolf Hitler qui était devenu indécis à l’accorder. Il avait alors tendance à considérer que le danger viendrait ailleurs. D’une part, Adolf Hitler craignait que Benito Mussolini soit renversé par les Italiens et que ceux-ci signent la paix avec les alliés. Face à ce risque, Adolf Hitler hésitait à engager trop profondément de nouvelles divisions allemandes qui risquaient d’être isolées si les Italiens s’effondraient ou changeaient de camp. D’un autre côté, Adolf Hitler commençait à penser que Benito Mussolini, le haut commandement italien et le maréchal Kesserling se trompaient en prévoyant que le prochain mouvement des alliés serait un bond d’Afrique en Sicile.

Pour faire face au retour des alliés en Europe, le grand désavantage stratégique d’Adolf Hitler était l’immensité de ses conquêtes, qui s’étendaient de la côte atlantique française à la côte orientale de la Grèce, sur la mer Egée. Il était difficile de prévoir où les alliés attaqueraient. Grâce à la maîtrise des mers, le plus grand avantage stratégique des alliés résidait dans le vaste choix des objectifs et leur pouvoir de diversion. Adolf Hitler, tout en continuant à se garder d’un débarquement à travers la Manche, pouvait s’attendre à voir les armées alliées d’Afrique du Nord débarquer en n’importe quel point de la côte méditerranéenne, de l’Espagne à la Grèce. Adolf Hitler pensait que les alliés débarqueraient plutôt en Sardaigne qu’en Sicile. Depuis la Sardaigne, ils pouvaient bondir sur la Corse, puis sur la côte française ou italienne du continent. En même temps, on s’attendait à un débarquement allié en Grèce et Adolf Hitler souhaitait garder des réserves disponibles pour les envoyer en Grèce en cas de besoin.

L’homme qui n’existait pas

Ces hypothèses ont été entretenues par la découverte faite par des agents allemands, en Espagne, de documents trouvés sur un « officier britannique » dont le corps avait été poussé, par les vagues, sur la côte espagnole. A côté de papiers d’identité et d’une correspondance personnelle, les documents comprenaient une lettre, dont le mort avait été porteur, adressée à titre privé par le général Archibald Nye -chef adjoint de l’état-major impérial- au général Alexander. Cette lettre faisait allusion à de récents télégrammes officiels au sujet des prochaines opérations et comportait des commentaires indiquant que les alliés avaient l’intention de débarquer en Sardaigne et en Grèce, tout en essayant, grâce à leur « plan de couverture », de convaincre l’ennemi que la Sicile était leur objectif. Les services de renseignement allemands ont été convaincus de l’authenticité du document. Il n’a pas modifié l’opinion des responsables italiens, ni du maréchal Kesserling, mais il semble avoir fait une grosse impression sur Adolf Hitler. Ce cadavre et sa lettre faisaient partie d’un stratagème imaginé par une section des services de renseignement britanniques. Il s’agissait de désinformation.

Le cadavre du prétendu major William Martin

Le contenu du portefeuille du major William Martin

La fausse carte d’identité du major William Martin

Sur l’ordre d’Adolf Hitler, la 1ère division de Panzer a été expédiée de France en Grèce, pour y appuyer les 3 divisions d’infanterie allemandes et la 11ème armée italienne. La 90ème division de panzergrenadier, récemment constituée, a été envoyée en renfort aux 4 divisions italiennes de Sardaigne. 2 divisions de parachutistes allemands ont été envoyées dans le midi de la France, en vue d’une contre-attaque aéroportée au cas où les alliés débarqueraient en Sardaigne.

La supériorité aérienne des alliés était si importante -4000 appareils opérationnels contre 1500 avions allemands et italiens- que les bombardiers de l’Axe ont été repliés, au mois de juin 1943, sur des bases situées dans le centre Nord de l’Italie. A partir du 2 juillet 1943, les aérodromes siciliens ont été soumis à des attaques continuelles, si bien que, le Jour J, seuls quelques terrains secondaires étaient encore en état. La plupart des chasseurs intacts s’étaient repliés en Sardaigne ou sur le continent.

Un P-38 Lightning

L’opération Husky

L’aspect naval de l’opération Husky -le débarquement en Sicile- impliquait des mouvements complexes aboutissant à un débarquement nocturne. Les opérations amphibie se sont déroulées bien mieux que dans le cas de l’opération Torch, en Afrique du Nord française, au mois de novembre précédent. De nombreux enseignements en avaient été tirés. La Eastern Naval Task Force britannique comprenait 795 bâtiments emportant 715 embarcations de débarquement. La Western Naval Task Force américaine comprenait 580 bâtiments et 1124 embarcations de débarquement.

Des M4 Shermans vont s’embarquer sur des navires de transport, à La Pêcherie, en Tunisie, le 7 juillet 1943

Des soldats américains à bord d’un transport de troupes en route pour la Sicile

Sur un aérodrome tunisien, des parachutistes américains attendent de s’envoler pour la Sicile

La traversée et le rassemblement des convois de cette armada se sont déroulés sous la protection d’une couverture navale et aérienne, sans aucune intervention sérieuse de l’ennemi. Les alliés ont perdu 4 navires de convoi et deux LST -navires de débarquement pour tanks- coulés par des sous-marins. Dans l’après-midi du 9 juillet 1943, les convois ont commencé d’arriver dans leurs zones de rassemblement situées à l’Ouest et à l’Est de Malte. En même temps, le vent s’est mis à souffler fortement, imprimant aux navires un tangage de nature à mettre en danger les plus petites embarcations et à disloquer les débarquements. Heureusement, ce vent est un peu tombé vers minuit. Les atteintes les plus graves, dues à ce vent, ont été subies par les opérations aéroportées qui ont précédé les débarquements. La force du vent a augmenté les difficultés de navigation des avions de transport et de remorquage pour atteindre leur cible, puis elle s’est combinée aux effets de la DCA pour rendre la descente plus délicate. Les parachutistes américains se sont retrouvés dispersés en petits groupes, dans une zone de 80 kilomètres de diamètre. Les planeurs britanniques ont également été très dispersés. Sur 134 planeurs, 47 sont tombés en mer. Toutefois, la dispersion imprévue de ces opérations aéroportées a contribué à répandre largement l’alarme et la confusion derrière le front ennemi, tandis que certains groupes remportaient des résultats plus concrets en s’emparant de ponts et de carrefours d’une importance vitale.

Bien que toutes les troupes de Sicile aient reçu un message d’alerte, les Italiens stationnés sur les côtes n’ont pas voulu croire qu’un débarquement aurait lieu par un temps pareil. Ils ont préféré dormir. Le 10 juillet 1943, à l’aube, les Siciliens ont pu voir une formidable armada de navires couvrant la mer jusqu’à l’horizon, et le flot perpétuel d’embarcations de débarquement apportant des renforts aux vagues d’assaut qui avaient déferlé sur les plages. Les alliés ont débarqué dans l’angle Sud-Sud-Est de la Sicile, le débarquement britannique étant le plus proche de l’extrémité de la botte italienne. Chacun des secteurs de débarquement -l’américain et le britannique- s’étendait sur 65 kilomètres de côte. Le premier assaut, par 8 divisions débarquées simultanément, a été encore plus important qu’en Normandie onze mois plus tard. 150000 hommes ont été débarqués le premier jour et les deux jours suivants. Finalement, le total était de 250000 Britanniques et 228000 Américains. Les défenses des plages ont été rapidement balayées et les troupes débarquées ont subi très peu de pertes. Les divisions de défense côtière italiennes se sont désintégrées pratiquement sans tirer un coup de fusil et les divisions de campagne italiennes se sont également dispersées quand elles ont été engagées au combat. Des redditions en masse étaient fréquentes. La progression des Britanniques a été facilitée par l’absence de toute contre-attaque. Dès le premier jour, presque tout le poids de la défense est retombé sur 2 divisions allemandes improvisées, renforcées ensuite par 2 autres.

Des troupes britanniques débarquent sur une plage sicilienne, le 10 juillet 1943

Des troupes américaines débarquent en Sicile, le 10 juillet 1943

Une plage de débarquement américaine en Sicile, le 10 juillet 1943

L’équipage d’un M4 Sherman vérifie le tank après avoir débarqué sur une plage sicilienne, le 10 juillet 1943

Réaction allemande

La division Hermann Göring, avait été postée, avec un détachement de Panzer Tiger, aux alentours de Catalgirone, à une trentaine de kilomètres de la côte, dans les montagnes surplombant la plaine de Gela, où la 1ère division d’infanterie américaine avait été débarquée avec un tout petit nombre de tanks. Les Américains manquaient aussi de canons antichars et d’artillerie. Un petit groupes de tanks légers italiens, d’un modèle archaïque, a lancé une attaque de peu d’envergure le matin du premier jour et il a réussi à pénétrer dans la ville de Gela avant d’être repoussé. Le second jour du débarquement, la division Hermann Göring a lancé une contre-attaque. Les Panzer sont descendus vers la plaine en groupes convergents. Ils ont balayé les avant-postes américains et ont atteint les dunes de sable qui bordaient les plages. Le tir habilement dirigé des navires de guerre a aidé à disperser les attaquants en un rien de temps. Une autre colonne allemande, appuyée de Tiger, a été repoussée de la même manière.

Le croiseur USS Boise tire contre des blindés allemands effectuant une contre-attaque en direction de la plage de Gela, en Sicile, le 11 juillet 1943

Atteint par les bombes d’un Junker JU-88, un navire américain chargé de munitions explose au large de Gela, en Sicile, le 11 juillet 1943

Dès connue la nouvelle du débarquement allié en Sicile, le général Student, qui commandait le 11ème corps aéroporté allemand, a proposé de lancer une contre-attaque immédiate, mais Adolf Hitler a refusé. La 1ère division de parachutistes a été envoyée, par avion, en Italie -une partie à Rome et une partie à Naples-, tandis que la 2ème division restait à Nîmes, en France.

Au cours des trois premiers jours, les forces britanniques avaient dégagé toute la partie Sud-Est de la Sicile. Le général Montgomery a ordonné une offensive de grande envergure, dans la nuit du 13 juillet 1943, pour percer dans la plaine de Catane à partir du secteur de Lentini. Il a été fait appel à une brigade de parachutistes pour s’emparer du pont de Primasole, sur la rivière Simeto, quelques kilomètres au Sud de Catane. La 1ère division de parachutistes allemande, qui était arrivée en Italie, a été envoyée en Sicile, afin d’y renforcer les troupes terrestres. Une partie de cette division a été amenée par avion, en vagues successives lâchées derrières les lignes allemandes, au Sud de Catane. Par une coïncidence extraordinaire, le premier contingent a atterri presque au même moment que les parachutistes britanniques. Les parachutistes allemands ont réussi à balayer les parachutistes britanniques et à leur reprendre le pont de Primasole dont ils venaient de s’emparer. Lorsque le gros des forces britanniques est arrivé, il lui a fallu trois jours de combats pour reprendre le pont et ouvrir la route de la plaine de Catane. Mais la progression vers le Nord a été arrêtée par la résistance, de plus en plus forte, des réserves allemandes qui se rassemblaient pour protéger cette ligne d’accès direct à Messine par la côte Est, à l’endroit où l’angle Nord-Est de la Sicile se trouve à proximité de l’orteil de la botte italienne. Cette réaction a compromis l’espoir, des alliés, de dégager rapidement la Sicile. Les alliés ont dû déclencher un vaste mouvement de contournement , à travers les collines intérieures et autour du mont Etna.

Le cuirassé HMS Warspite tire contre les positions ennemies, au large de Catania, en Sicile, en juillet 1943

Un M4 Sherman britannique à Francofonte, en Sicile, le 13 juillet 1943

La côte Nord de la Sicile a été atteinte, et Palerme a été occupée par les alliés le 22 juillet 1943, trop tard pour intercepter la retraite vers l’Est des forces mobiles allemandes.

Le 25 juillet 1943, en Italie, Benito Mussolini a été renversé par le Grand Conseil fasciste italien et mis en état d’arrestation dans un lieu tenu secret.

Une nouvelle offensive alliée a été organisée pour le 1er août 1943. 2 divisions supplémentaires ont été amenées d’Afrique.

Les Allemands évacuent la Sicile

Les Allemands de Sicile ont reçu, en renfort, une division de panzergrenadier et le général Hube a pris le commandement de la bataille. Il avait pour mission de mener une action de retardement pour couvrir l’évacuation des forces de l’Axe. Au moyen d’une série de petits débarquements sur les côtes siciliennes, les alliés ont tenté d’intercepter les forces allemandes en retraite, mais ils arrivaient toujours trop tard et les Allemands parvenaient à s’esquiver. L’action de retardement allemande a été facilitée par le caractère accidenté du Nord-Est de la Sicile, qui constitue un triangle montagneux. Chaque pas en arrière raccourcissait le front, diminuant le nombre des défenseurs nécessaires, alors que les armées alliées étaient de plus en plus à l’étroit pour déployer toutes leurs forces supérieures. Près de 40000 Allemands et plus de 60000 Italiens ont été évacués sans encombre. 13500 blessés ont été évacués en Italie. Les Italiens n’ont emporté que 200 véhicules et abandonné tout le reste derrière eux. Les Allemands ont emporté près de 10000 véhicules, 47 Panzer, 94 canons et 17000 tonnes de ravitaillement et de matériel. Ce repli, bien organisé, a été accompli en six jours et sept nuits, sans pertes et sans aucune interception sérieuse de la part des forces aériennes et navales alliées.

Un soldat américain blessé reçoit une transfusion de plasma, dans une localité sicilienne, le 9 août 1943

Au grand soulagement du maréchal Kesserling, les alliés n’avaient pas tenté de débarquer en Calabre, dans la pointe de la botte italienne, afin de barrer la retraite allemande à travers le détroit de Messine. Un tel débarquement secondaire en Calabre aurait permis de transformer la conquête de la Sicile en écrasante victoire alliée, car le maréchal Kesserling n’aurait plus disposé que de 2 divisions allemandes pour couvrir tout le Sud de l’Italie.

Le 17 août 1943, les alliés ont pénétré à Messine.

Un Tiger dans une localité sicilienne, en août 1943

Suite dans L’invasion de l’Italie 1943 (1ère partie)

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source