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jeudi 24 avril 2014
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AFP, 22 mars 2012

France : La dernière stupidité liberticide de Nicolas Sarkozy

Suivi d’un commentaire


Une affiche électorale de Nicolas Sarkozy

Le président français, Nicolas Sarkozy, a annoncé, jeudi 22 mars 2012, qu’il voulait prendre des mesures pénales pour lutter contre « l’endoctrinement » à des idéologies extrémistes, sur l’internet, lors de voyages ou dans le milieu carcéral. Nicolas Sarkozy réagissait aux sept assassinats de Toulouse et Montauban, dont l’auteur présumé, Mohamed Merah, tué, jeudi 22 mars 2012, lors d’un assaut de la police, se réclamait d’Al-Qaïda et avait fait des séjours dans ces deux pays. Nicolas Sarkozy achève son mandat dans deux mois. Mais il est candidat à sa propre succession lors de l’élection présidentielle des 22 avril et 6 mai.


France

Selon Nicolas Sarkozy, de nouvelles mesures doivent cibler la propagation d’idées extrémistes sur internet et dans le milieu carcéral, ainsi que l’embrigadement de jeunes lors de voyages à l’étranger, comme au Pakistan et en Afghanistan. "Désormais, toute personne qui consultera des sites internet qui font l’apologie du terrorisme ou qui appellent à la haine et la violence sera punie pénalement", a dit Nicolas Sarkozy lors d’une allocution radio-télévisée au palais de l’Élysée. "Toute personne se rendant à l’étranger pour y suivre des travaux d’endoctrinement à des idéologies conduisant au terrorisme sera puni pénalement", a-t-il poursuivi. "Avec le Premier ministre (François Fillon), j’ai demandé au garde des Sceaux (ministre de la Justice) de mener une réflexion approfondie sur la propagation de ces idéologies dans le milieu carcéral", a-t-il ajouté. "Nous ne pouvons accepter que nos prisons deviennent des terreaux d’endoctrinement à des idéologies de haine et de terrorisme", a-t-il dit. "La propagation et l’apologie d’idéologies extrémistes seront réprimées par un délit figurant dans le code pénal, avec les moyens qui sont déjà ceux de la lutte antiterroriste", a-t-il encore affirmé. Dans son allocution, Nicolas Sarkozy a de nouveau appelé les Français à ne pas céder aux amalgames après ces assassinats de trois militaires et de quatre personnes, dont trois enfants, dans une école juive de Toulouse. "Nos compatriotes musulmans n’ont rien à voir avec les motivations folles d’un terroriste", a déclaré Nicolas Sarkozy, ajoutant : "Il ne faut procéder à aucun amalgame. Avant de prendre pour cible des enfants juifs, le tireur a tiré à bout portant sur des musulmans". "La France a fait preuve de sang-froid et de détermination. Elle est restée unie et rassemblée. Aujourd’hui, les Français doivent surmonter leur indignation et ne pas laisser libre cours à leur colère", a-t-il ajouté. Le président français a assuré que "tout a été fait" pour que Mohamed Merah, tué lors de l’assaut de la police, "soit livré à la justice", mais qu’"il n’était pas concevable d’exposer des vies pour atteindre cet objectif". "Il y a déjà eu trop de morts", a-t-il dit.

Agence France Presse

Mohamed Merah

Commentaire

De toute évidence, Nicolas Sarkozy ne s’est pas donné la peine de raisonner pendant cinq minutes à propos des conséquences concrètes de son dernier projet liberticide.

La notion d’"idéologie extrémiste" est totalement arbitraire, car elle peut être interprétée n’importe comment. On peut fort bien affirmer que le communisme est une "idéologie extrémiste", en se référant aux totalitarismes soviétiques, chinois, etc... On peut également affirmer que le néolibéralisme est une "idéologie extrémiste", en se référant à ses conséquences socio-économiques et environnementales. C’est donc Nicolas Sarkozy qui décréterait, en fonction des critères qui l’arrangent, ce qu’est ou n’est pas une "idéologie extrémiste". Or, le successeur de Nicolas Sarkozy peut fort bien décider de modifier ces critères en fonction de ce qui l’arrange lui. L’exercice de la liberté d’opinion et de la liberté d’expression varient ainsi au gré de l’arbitraire du président.

De même, quand Nicolas Sarkozy veut sanctionner pénalement "toute personne qui consultera des sites internet qui font l’apologie du terrorisme ou qui appellent à la haine et la violence", il ne se rend même pas compte de ce qu’il dit. En effet, supposons que, pour illustrer un article de presse consacré aux talibans, je vais sur google images. En tapant "talibans", je vais obtenir des pages entières de photos représentant des talibans. Je clique sur une de ces photos, afin de pouvoir la copier sur le site où elle se trouve. Il se peut fort bien que j’aboutisse sur un site taliban. Je ne peux pas le deviner. Or, par ce simple clic, je serais assimilé à un terroriste et susceptible d’être condamné pour avoir "consulté un site internet faisant l’apologie du terrorisme". Autant dire que n’importe qui effectuant une simple recherche d’images, même s’il ne s’intéresse nullement au contenu rédactionnel du site internet concerné, et même s’il n’en comprend même pas la langue, peut se retrouver en prison.

Chacun appréciera ce magnifique étalage de respect pour les libertés individuelles. A part cela, Nicolas Sarkozy n’est pas un extrémiste.

Frank BRUNNER

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source