retour article original

mercredi 23 avril 2014
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Europe France
Liberté, 26 mars 2012

France : Pas de place pour le monde arabe dans la campagne présidentielle

par Djamel BOUATTA


Scène de rue à Alger, en Algérie, en mars 2012

Pas grand-chose sur le monde arabe dans la campagne électorale de l’élection présidentielle française ! A moins qu’il faille considérer que tout est dit dans les saillies UMPistes et frontistes sur l’islam de France et les promesses de Nicolas Sarkozy et de Marine Le Pen de tordre le cou à l’immigration non blanche et dont le gros des troupes vient de pays arabes. Quant au candidat socialiste, il est peu disert sur les questions internationales.


France

Pour autant, le bilan des relations franco-arabes est “catastrophique”, de l’avis de tous les observateurs et certainement du département arabe du Quai d’Orsay. En cinq années, Nicolas Sarkozy aura, pour ainsi dire, dilapidé le capital de ses prédécesseurs qui obéissaient à la règle de l’équilibre inaugurée par de Gaulle. Les dérives verbales islamophobes du président qui crapahute pour un second mandat en sont une preuve, s’il en faut, et ce ne sont pas les explications de son entourage, selon lesquels c’est “pour améliorer sa cote de popularité en France”, qui convaincront du contraire. Ce n’est surtout pas son soutien inconditionnel à Israël qui fera accroître leur mise au point. Les relations franco-israéliennes ont revêtu avec Sarkozy un caractère identique aux liens que ce pays ouvertement rebelle au droit international a tissé avec les Etats-Unis. Au point que le président français s’est vu qualifié de “partisan” et de “sectaire” par des spécialistes de la scène franco-arabe. Le Crif, l’association des juifs de France, est devenu, sous son mandat, aussi entreprenant que l’Aipac aux Etats-Unis. Contrairement aux Chirac, Mitterrand, Giscard et Pompidou, qui se prévalaient d’une filiation avec de Gaulle pour cultiver des amitiés dans le monde arabe ou, à tout le moins, observer à son égard une attitude de neutralité, Nicolas Sarkozy n’a pas cherché à nourrir des facilités de contact, ni avec les sociétés arabes ni avec leur intelligentsia, qui le lui ont rendu par ailleurs en lui refusant toute sympathie. A la colère homérique du président Chirac à Al-Qods [Jérusalem] face à la police israélienne molestant des Palestiniens venus l’ovationner, ou encore au discours de son ministre de Affaires étrangères, Dominique de Villepin, du 14 février 2003, aux Nations Unies, contre la guerre en Irak, qui est resté gravé dans les esprits des Arabes, Nicolas Sarkozy a ouvertement revendiqué sa grande proximité avec Israël, refondant dès 2007 les relations franco-israéliennes, quand bien même il lui est arrivé de congratuler le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, lequel, on l’aura remarqué, n’est plus invité à l’Elysée depuis que la course présidentielle a été ouverte en France !

Nicolas Sarkozy fait allégeance au lobby juif, à Paris, le 8 février 2012

Il a fallu la venue du chiraquien Alain Juppé aux Affaires étrangères françaises pour que la France revisite quelques fondamentaux de sa politique arabe, mais celle-ci est bien loin de revenir à son point d’équilibre. Au-delà de l’affectif, Nicolas Sarkozy n’a même pas eu l’audace de saisir au vol le vent de transformation qui a soufflé dans le monde arabe. Faut-il rappeler les propos de son ex-ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, ce mardi 11 janvier 2011, seulement trois jours avant la fuite du dictateur de Monastir : “Nous proposons que le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier, permette de régler des situations sécuritaires de ce type.” Quand Sarkozy a voulu se singulariser, ce fut pour proposer ses CRS contre des populations en quête de démocratie. Chez les richissimes du Golfe, ce qui a enthousiasmé le président français, c’est de leur fourguer le “Rafale” invendable de Dassault et du nucléaire civil. Quant à sa proximité avec le Qatar, il découle de l’alignement sur Washington et l’Otan qu’il a fait opérer à la France. Il n’est pas inutile de rappeler que ce petit pays gazier, la bonhomie de son émir et de sa troisième épouse, incarnent la nouvelle politique arabe de Washington. Le président français a voulu étendre au monde arabe son modèle Françafrique, un réseau de nature néocolonialiste. Tout le monde se souvient des paroles élogieuses vis-à-vis de ses pairs arabes, pourtant peu fréquentables s’il leur avait appliqué les règles de la démocratie et de la bonne gouvernance, lors de ses visites chez eux ou quand il les recevait à l’Elysée. Le sommet en la matière ayant été atteint avec le défunt Kadhafi, qui a planté sa tente bédouine dans le parc d’un hôtel dépendant de la présidence française !

Nicolas Sarkozy en compagnie de Mouammar Kadhafi, à Paris, en décembre 2007

Jusqu’à aujourd’hui, la France officielle n’a jamais sérieusement pris en compte la question démocratique dans le monde arabe. Et les autocrates le lui ont bien rendu : le site français d’information Mediapart a révélé que la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy a été financée par le défunt dictateur libyen à hauteur de 50 millions d’euros ! Pour ce qui concerne le Maghreb et l’Algérie en particulier, Nicolas Sarkozy n’a ni cherché ni essayé d’observer un quelconque équilibre. Paris vient de le répéter : sa balance penche plutôt du côté du Maroc, alors que Nicolas Sarkozy se targuait de nourrir des relations “privilégiées” avec Alger, avec qui son pays a partagé 130 années d’histoire “commune”. Avec le Printemps arabe, les rapports franco-arabes se sont d’ores et déjà modifiés. Les gouvernements dominés par les islamistes, qui prennent presque partout le pouvoir par les urnes, n’entretiennent plus forcément le même rapport avec la France que les anciens régimes. Les péripéties franco-tunisiennes en font foi.

Djamel BOUATTA

Manifestation islamiste, à Tunis, en Tunisie, le 25 mars 2012

AUTEURS 

  • Djamel BOUATTA

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source