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samedi 1er novembre 2014
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Il Foglio, 27 mars 2012

France : Mohamed Merah était-il un informateur des services de renseignements ?

par Daniele RAINERI


Les fenêtres de l’appartement de Mohamed Merah, à Toulouse, ont été condamnées

L’affaire Mohammed Merah, ce jeune Français d’origine algérienne qui a revendiqué le massacre de sept personnes à Toulouse et à Montauban au nom d’Al-Qaïda, déclenche une guerre entre différents services secrets.


France

D’après des sources des renseignements qui se sont confiées à Il Foglio, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), l’agence française chargée de l’espionnage et de l’antiterrorisme en dehors des frontières nationales, aurait garanti à Mohammed Merah –en sa qualité d’informateur– un accès en Israël en septembre 2010 par un point de contrôle à la frontière jordanienne. Le Français y serait resté trois jours en "touriste" avant de retourner en Jordanie puis de prendre la direction de l’Afghanistan. Son entrée en Israël, couverte par les services français, devait prouver la capacité du réseau djihadiste à passer facilement les frontières grâce à un passeport européen. Ces informations n’ont pas été officiellement confirmées, mais un article paru, lundi 26 mars2012, dans Ha’Aretz, citant des sources du service du renseignement israélien Shin Bet, semble toutefois apporter du crédit à cette thèse. L’article relaie les propos du gouvernement israélien qui confirme l’entrée sur son territoire de Mohammed Merah, mais le Shin Bet soutient qu’il n’y a aucune trace de l’arrestation du Français à Jérusalem en possession d’un couteau, comme l’a affirmé Bernard Squarcini, chef de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) dans Le Monde. Par ailleurs, des doutes subsistent sur la visite de Mohammed Merah dans les Territoires occupés. Pour résumer : nous sommes en présence de deux versions contradictoires. On ignore si Mohammed Merah a effectivement été arrêté et où il s’est précisément rendu, et le Shin Bet contredit son équivalent français.

Mohamed Merah

Même confusion du côté du renseignement militaire du Pakistan. La semaine dernière, lorsque les médias français ont écrit que Mohammed Merah s’était rendu deux fois pour s’entraîner dans des centres au Waziristan [région montagneuse du nord-ouest du Pakistan], le gouvernement pakistanais a nié : "Nous n’avons aucune trace de son entrée dans le pays." Mais, depuis dimanche [le 25 mars 2012], les services secrets et les talibans pakistanais, dont les liens fondés sur des alliances et des faveurs échangées ont été établis, sont devenus étonnamment loquaces. Un porte-parole des talibans au Waziristan, Ahmed Marwat, a contacté les agences de presse Reuters et Associated Press pour déclarer qu’effectivement Mohammed Merah s’était entraîné chez eux, contredisant ainsi le gouvernement français qui soutient officiellement que le Toulousain "ne s’est pas entraîné et n’a pas été en contact avec des groupes djihadistes". Ahmed Marwat a cependant ajouté : "Nous ne savons rien des attaques en France. Cela n’a rien à voir avec nous." Le même jour, deux responsables des services pakistanais ont contacté Ishtiaq Mahsud, correspondant de l’Associated Press à Dera Ismaïl Khan, une petite ville [à la frontière avec la province du Pendjab] du Waziristan, pour expliquer pourquoi la France tenait tellement à former et à infiltrer des informateurs du même profil que Mohammed Merah : au moins 85 jeunes Français se sont entraînés –ou s’entraînent encore– dans le Nord-Waziristan depuis ces trois dernières années. Ce sont en majorité des Français d’origine arabe qui ont formé un groupe dénommé Djihad-e-Islami. Leur commandant français se fait appeler Abou Tarek et cinq d’entre eux sont rentrés en France en janvier 2011 pour chercher de nouvelles recrues. "Ce n’est pas sûr" que Mohammed Merah se trouvait parmi les cinq apprentis terroristes en question, ajoutent les deux responsables –une confirmation à demi-mot de sa présence au Pakistan. Le tueur s’est rendu au moins deux fois au Pakistan et deux fois en Afghanistan. Les sources d’Il Foglio préviennent que, là encore, il y avait une entente : il pouvait circuler librement en échange d’informations précieuses. Bernard Squarcini soutient que Mohamed Merah, lorsqu’il était assiégé dans son appartement [de Toulouse], aurait avoué avoir été entraîné "par une seule personne" et pas dans un centre d’entraînement, afin de "ne pas se faire remarquer au milieu des autres en parlant français". Le lundi 26 mars 2012, son frère Abdelkader a été mis en examen pour complicité d’assassinats et association de malfaiteurs. Il est soupçonné d’avoir fourni des armes à Mohamed et d’avoir financé ses voyages en Afghanistan. Cette procédure laisse également aux magistrats plus de temps pour mener l’enquête. Le gouvernement français avait, dans un premier temps, déclaré que le frère n’était pas impliqué.

Daniele RAINERI

Abdelkader Merah lors de son interpellation, à Toulouse, le 21 mars 2012

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