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Le Monde diplomatique, 3 avril 2012

Afrique : Comment le Sahel est devenu une poudrière

par Philippe LEYMARIE


Le Sahel vu par satellite

Le coup d’Etat militaire qui, le 22 mars 2012, a renversé le régime « modèle » du président malien, Amadou Toumani Touré, a ajouté à la confusion régionale. Secouée par les nouvelles rébellions de mouvements touaregs, la bande saharosahélienne pâtit également de l’impunité des groupes armés se réclamant d’Al-Qaida au Maghreb islamique.


Des rebelles du MNLA au Mali

« Incompétence... Incapacité à lutter contre la rébellion et les groupes terroristes dans le Nord... » : les jeunes officiers en tenue de camouflage qui se sont emparés du pouvoir, le 22 mars 2012, à Bamako, n’avaient pas de mots assez durs contre leur ancien chef, le président et ex-général Amadou Toumani Touré, longtemps présenté comme un « soldat de la démocratie ». En mars 1991, il avait participé au coup d’Etat contre le général Moussa Traoré et pris la tête du Comité de transition pour le salut du peuple. A l’issue d’une conférence nationale et d’élections, il avait remis le pouvoir aux civils. Entré en politique et devenu président en 2002, il devait terminer son second mandat avec l’élection de son successeur, le 20 avril 2012.

Amadou Toumani Touré

Le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE) a suspendu les institutions et mis fin au processus électoral, tout en assurant qu’il ne souhaitait pas
« confisquer la démocratie », mais simplement « rétablir l’unité nationale et l’intégrité territoriale ». S’il se maintient, rien ne dit cependant que ce régime militaire, unanimement condamné, sera en mesure de retourner la situation à son profit dans un Nord en déshérence, aux confins de l’Algérie et du Niger.

Des putschistes du CNRDRE, à Bamako, au Mali

Seule activité économique dans les zones les moins peuplées du Sahel, le tourisme est à l’arrêt. La région algéromalienne de Taoudeni, l’Aïr nigérien, l’Adrar mauritanien sont désertés par les visiteurs étrangers. De plus, ces derniers mois, le retour de Libye de milliers de combattants –en majorité touaregs–, la prolifération d’armes et l’explosion des trafics de cocaïne ou de cigarettes ont achevé de propager une guerre larvée dans le sud de l’Algérie, dans le nord du Mali, dans le nord du
Niger ainsi que dans une partie de la Mauritanie.

Paysage de l’Adrar, en Mauritanie

« Je n’aurais jamais imaginé qu’une poignée de fous furieux inspirés par les troubles des années 1990 en Algérie parviendraient à transformer la zone saharo-sahélienne en Far West, à apeurer les populations locales et à les réduire à la misère », déplore le voyagiste Maurice Freund, atterré « de voir aujourd’hui des gamins de 15 ans, armés de kalachnikovs, faire la loi à Gao ». Point-Afrique, l’une des agences proposant la découverte du Sahel, qu’il a fondée en 1996, a dû se retirer de la région après l’assassinat, en 2007, de touristes français en Mauritanie et la prise en otage d’employés d’Areva, dans le nord du Niger, en 2010.

Maurice Freund

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