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lundi 27 février 2017
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Rue 89, 7 avril 2012

Corruption : La Ligue du Nord, parti des honnêtes gens, se fait prendre la main dans le sac

par Flora ZANICHELLI


Vue de Milano

Il était le Zorro des Italiens du nord condamnés à payer pour les « terroni » (bouseux) du sud, le leader d’un parti « aux mains propres », le roi incontesté de la Padanie, un Etat fictif dont les frontières, mal définies, s’arrêtaient à la Toscane, parce que tout ce qu’il y a en dessous ne vaut pas le coup...


Italia

Umberto Bossi, le leader de l’extrême-droite italienne a fini par démissionner, jeudi 5 avril 2012, à Milan. Son parti, la Ligue du Nord (Lega Nord), était pris dans la tourmente depuis la démission de son économe, Francesco Belsito, lundi 2 avril. Ancien videur de boîte devenu trésorier de la Ligue et sous-secrétaire d’Etat de l’ancien gouvernement Berlusconi, l’homme était accusé par trois procureurs (ceux de Naples, de Milan et de Reggio Calabria) de détournements de fonds, d’escroquerie et de blanchiment. Mis en cause par des investissements dans des pays improbables tels que la Tanzanie ou Chypre, le trésorier était depuis quelques temps dans le collimateur des enquêteurs, ces derniers jugeant que les caisses du parti « étaient gérées avec l’opacité la plus complète ». Une opacité dont la famille Bossi aurait largement profité à travers le détournement d’argent des comptes de l’organisation politique pour payer :

trois licences universitaires

le baccalauréat de Renzo Bossi dit « la Truite » (en raison d’un surnom donné par son père à qui on demandait s’il était son dauphin), petit dernier de la dynastie padana,

la location de voitures de luxe, l’achat d’une Smart pour la fiancée de ce dernier

Renzo Bossi

Umberto Bossi aura pourtant défendu bec et ongles sa réputation. Allant même jusqu’à dire : « Je dénoncerai celui qui a utilisé l’argent de la Ligue du Nord pour réparer ma maison. Je ne savais rien de tout ça. Ayant peu d’argent, je n’ai pas encore fini de payer tous les travaux engagés sur ma propriété. » Lui qui avait réussi jusqu’à nier l’évidence, n’a pu résister aux preuves diffusées par le procureur de Naples. Suite à une perquisition chez Francesco Belsito, les enquêteurs ont en effet découvert un dossier dans le coffre fort du trésorier intitulé « The Family », recensant toutes les largesses accordées par le parti aux proches de Bossi. Depuis, la presse transalpine ne laisse passer aucun détail. Le coup de grâce aura été porté par la publication par la rédaction du « Fatto quotidiano » de conversations téléphoniques accablantes entre le désormais fameux Francesco Belsito et Daniela Dagrada, la secrétaire du parti. Les deux comparses, sentant le vent tourner après la mise au jour des investissements louches en Tanzanie, se mettaient d’accord pour faire chanter la famille Bossi, au cas où elle décide de charger Francesco Belsito. Voici ce que disait Daniela Dagrada au trésorier : « Bossi n’a aucune idée des dépenses. Tu dois lui faire comprendre que si [les enquêteurs] vont regarder le montant, lui et sa famille sont finis. Cela concerne leurs propres dépenses : les voitures sont pour eux, le baccalauréat, c’est eux, les travaux dans la maison, encore pour eux. »

Francesco Belsito

Depuis le printemps, la Ligue du Nord, le parti des honnêtes gens, s’effrite. Il y a peu, Davide Boni, président du conseil régional lombard a dû démissionner, soupçonné d’avoir touché des pots-de-vins pour avoir accordé frauduleusement des marchés publics qu’il reversait ensuite au parti. Une dizaine d’autres personnes ont aussi été mises en cause. Jeudi 5 avril 2012, dans un épisode consacré à la Ligue, l’émission d’enquête de la 7 Piazza Pulita, revenait sur les vingt ans de règne d’Umberto Bossi et de son parti, né sur les cendres de la première République, quelques années avant le lancement de l’opération Mani Pulite. Ce grand scandale de corruption qui a recomposé le paysage politique italien avait ensuite profité à la Ligue du Nord. Le parti s’était fortement prononcé contre la « Roma ladrona » (Rome la voleuse) en référence à tous les politiciens corrompus. Beaucoup d’Italiens voient dans cette série d’événement le signe de la fin de la seconde République. Le parti IDV de Di Pietro, l’un des anciens juges chargés de Mani Pulite a annoncé avoir déposé une demande de référendum sur le financement des partis à la Cour de cassation. En effet, ces jours-ci, l’ensemble de la politique italienne a pris un coup. Il y a peu, le trésorier du parti de la gauche La Marguerite, a lui aussi été contraint à la démission pour détournement de fonds. Des avantages dont les Italiens sont las. Ils ont appris que le rejeton Bossi, âgé de 24 ans touchait ainsi 12000 euros par mois nets en tant que conseiller régional. « La Truite » ne payait « même pas ses cafés quand il était dans la région », affirment des témoins. Jeudi 5 avril, Piazza Pulita a fait voir des militants partagés, encore confiants en leur leader charismatique qu’était Umberto Bossi, prêts à parier son innocence. Mais prêts aussi à s’indigner très fort si ses escroqueries étaient avérées. Pressée de tourner la page, la Ligue a déjà prévue des élections au sein du parti. Roberto Maroni, ancien ministre de l’Intérieur sous Silvio Berlusconi, devrait être le favori. Umberto Bossi, qui n’en finit pas de proclamer son innocence, a déjà avancée la thèse du complot, si chère à son ancien allié Silvio Berlusconi... Il n’exclut pas de se représenter au Parlement de la Padanie.

Flora ZANICHELLI

Umberto Bossi

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source