par Dan WILLIAMS, Madeline CHAMBERS, Guy KERIVEL et Jean-Loup FIEVET
Les autorités israéliennes ont déclaré "persona non grata", dimanche 8 avril 2012, l’écrivain allemand Günter Grass, prix Nobel de littérature 1999, à la suite de son poème controversé présentant l’Etat hébreu comme une menace pour la paix mondiale. L’auteur du "Tambour", réputé pour son franc-parler, ne pourra plus se rendre en Israël en raison de sa "tentative d’incitation à la haine contre l’Etat et le peuple d’Israël", a annoncé le ministre de l’Intérieur, Eli Yishaï.
Dans ce poème, publié la semaine dernière dans un journal allemand, Günter Grass, qui avait fait sensation, en 2006, en révélant qu’il s’était engagé, fin 1944, à l’âge de 17 ans, dans les Waffen SS, condamnait les ventes d’armes de son pays à Israël. Il écrit aussi que l’on ne doit pas laisser l’Etat hébreu attaquer l’Iran, dont les dirigeants prônent ouvertement la destruction de l’Etat d’Israël. Agé de 84 ans et social-démocrate assumé, Günter Grass a longtemps été le porte-parole d’une gauche anti-impérialiste, très critique envers les interventions militaires occidentales, notamment contre l’Irak, en 2003. Dans un poème intitulé "Ce qui doit être dit", publié, mercredi 4 avril 2012, par le Süddeutsche Zeitung, il écrivait notamment : "Pourquoi me suis-je tu jusqu’ici ? Pourquoi dis-je seulement aujourd’hui (...) que la puissance nucléaire d’Israël met en danger la paix du monde, déjà si fragile ? (...) Cela doit être dit, parce que si on ne le dit que demain, ce sera peut-être trop tard." Dénonçant "l’hypocrisie" de l’Occident, il ajoute que le passé nazi de l’Allemagne et le sort réservé aux juifs pendant la Seconde Guerre mondiale ne peuvent justifier le silence face au danger que représente aujourd’hui l’arsenal nucléaire d’Israël. Le romancier appelle de ses voeux la création d’une "agence" internationale pour contrôler les armes atomiques israéliennes, tout autant que les activités nucléaires de la République islamique d’Iran. Ses vers ont fait des vagues considérables, tant en Allemagne qu’en Israël. Dans un entretien accordé ce week-end au journal qui a publié le premier son poème, Günter Grass admet qu’il formulerait aujourd’hui différemment ses propos "pour dire plus clairement qu’ils visaient principalement le gouvernement de Benjamin Netanyahu". "J’ai souvent apporté mon soutien à Israël, je me suis souvent rendu dans ce pays et je souhaite qu’il continue à exister et à parvenir enfin à faire la paix avec ses voisins", explique-t-il face à l’avalanche de critiques.
Dans une réponse publiée par le journal dominical "Bild am Sonntag", le chef de la diplomatie allemande, Guido Westerwelle écrit pour sa part, dimanche 8 avril 2012 : "Mettre Israël et l’Iran sur un même pied d’égalité au plan moral n’est pas seulement très malin, mais c’est aussi absurde." Eli Yishaï, qui dirige un parti ultra-orthodoxe juif membre du gouvernement de coalition israélien, a de son côté suggéré que Günter Grass aille en Iran "où il trouvera un auditoire complaisant, s’il veut continuer à propager son oeuvre pervertie et fallacieuse".
Dan WILLIAMS, Madeline CHAMBERS, Guy KERIVEL et Jean-Loup FIEVET
Commentaire
Le régime israélien se comporte comme un quelconque régime totalitaire en persécutant l’auteur d’un poème. C’est digne du stalinisme.
Cette affaire met en évidence la relation entre le régime israélien, sa 5ème colonne constituée par le lobby juif international, et ses idiots utiles tels que les dirigeants du gouvernement allemand, incapables de concevoir une autre attitude que la servilité à l’égard d’Israël et des juifs.
Le psychodrame relatif au poème de Günter Grass a été orchestré par le régime israélien et aussitôt relayé par le lobby juif allemand qui a interprété son habituel numéro de la vertueuse indignation afin de stigmatiser et d’ostraciser le libre penseur, bien évidemment accusé d’antisémitisme. Guido Westerwelle, le ministre allemand des Affaires étrangères, apparaît comme un laquais du lobby juif. Il feint de considérer comme une référence morale un régime raciste pratiquant l’apartheid, le terrorisme d’Etat, menant des campagnes d’assassinats et opprimant tout un peuple depuis plus de soixante ans. Qu’a donc fait l’Iran de pire ?
Le comble de l’arrogance est atteint par Shai Golden, qui a écrit, dans le quotidien israélien "Maariv", que les déclarations de Günter Grass "n’attestent pas forcément d’un antisémitisme mais de son refus d’assumer sa responsabilité pour ses crimes historiques". "Je suis d’accord avec presque tout ce qu’il a dit. Mais il n’a tout simplement pas le droit moral et historique de le dire", estime le commentateur, invoquant "la trahison du principe de l’expiation auquel chaque Allemand doit s’engager pour toujours en parlant d’Israël et des juifs".
Le "principe de l’expiation auquel chaque Allemand doit s’engager pour toujours en parlant d’Israël et des juifs". On mesure le degré de mépris qu’implique cette déclaration à l’égard de la liberté d’expression de chaque Allemand, alors que la plupart d’entre eux n’étaient même pas nés à l’époque de la Seconde guerre mondiale. De surcroît, malgré leurs exactions et leurs crimes continuels, les Israéliens auraient "un droit moral" dont les Allemands devraient être privés.
Frank BRUNNER
AUTEURS