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Le Temps, 9 juillet 2004

Soudan : Malgré les menaces de sanctions contre Khartoum, les violences se poursuivent au Darfour

par Samuel GARDAZ


Scène de rue à Khartoum

Une semaine après la double visite de Colin Powell et Kofi Annan, les milices pro-gouvernementales n’ont toujours pas été désarmées.

Si l’accès des travailleurs humanitaires à la province semble en revanche s’améliorer, ceux-ci deviennent la cible des milices Janjaweed.

Soudan


« Les autorités de Khartoum n’ont toujours pas compris qu’elles s’exposaient à de très graves ennuis si elles ne changent pas radicalement d’attitude au Darfour. »

Un avion délivre de l’aide humanitaire

Une semaine après la double visite historique au Soudan du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, et du chef de la diplomatie américaine, Colin Powell, ce commentaire d’un responsable onusien résume de manière crue l’état du bras de fer qui oppose la communauté internationale à Khartoum au sujet du conflit dans la province occidentale du pays. La situation sécuritaire s’y est considérablement détériorée ces derniers jours. Selon MSF-Suisse, de nombreux déplacés continuent de faire état de violence jusqu’aux abords des camps où ils sont regroupés.

Le camp de réfugiés d’Abu Shok

Aucun signe n’indique en effet que les milices Janjaweed pro-gouvernementales, qui y sèment le chaos, soient en passe d’être désarmées, en dépit des exigences formulées une nouvelle fois par MM. Annan et Powell lors de leur visite, et malgré les assurances en ce sens données par Khartoum. Des barrages ont été dressés par ces mêmes milices sur de nombreux axes routiers de la province, selon des responsables humanitaires présents sur place. Et les cohortes de réfugiés, sur lesquels la même pression continue de s’effectuer, y sont rackettées.

Des miliciens musulmans à l’entraînement

Les forces armées régulières soudanaises continuent en outre d’apporter aux Janjaweed un soutien, et pas seulement logistique. Jeudi 8 juillet 2004, l’Union africaine a ainsi appelé Khartoum à cesser ses bombardements par avions ou hélicoptères. Un appel de plus, après tous ceux lancés ces derniers mois...

Des soldats soudanais

Seule évolution positive, l’arrivée en masse des ONG sur le terrain, et l’accès relativement meilleur à la province. MSF-Suisse devrait disposer d’une vingtaine de personnes opérationnelles dans les prochaines semaines. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), quant à lui, prévoit d’augmenter très prochainement à 80 le nombre de ses expatriés au Darfour, contre 60 aujourd’hui. Ce qui fait du Soudan, avec un budget global de 77 millions de francs -dont une grande partie pour le Darfour-, la plus grosse opération de l’organisation genevoise.

Le village de Korma, dévasté par une bande armée, le 29 avril 2004

Catastrophe humanitaire

« Selon les nouvelles procédures mises en place par Kofi Annan lors de sa venue, les procédures administratives permettent en théorie de convoyer la logistique plus rapidement qu’avant, commente Daniel Augstburger, responsable à Khartoum du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires d’urgence (OCHA). Mais les bonnes dispositions affichées par les Soudanais doivent encore être vérifiées dans les faits. » Et de préciser que si l’accès au Darfour s’améliore, il demeure très problématique pour d’autres régions du pays, en proie elles aussi à une situation humanitaire catastrophique : le Haut Nil, où sévissent d’autres milices pro-gouvernementales, et la région du Nil Bleu, sous contrôle du SPLA.

Des membres de la SPLA (Armée populaire de libération du Soudan) à l’entraînement

Autre bémol au déploiement des humanitaires, ceux-ci commencent à être la cible des violences. De nombreuses attaques les visant ont été recensées, menées par des éléments plus ou moins contrôlés de la mouvance janjaweed. « Les milices pro-gouvernementales ont le sentiment de servir de bouc émissaire pour tout le monde, y compris pour Khartoum, et elles n’aiment pas ça, explique sous couvert d’anonymat un responsable d’une grande organisation humanitaire présente sur place. Qui plus est, elles considèrent ces Occidentaux, y compris les onusiens, comme les agents de l’hégémonie américano-sioniste dans la région. D’où la détérioration inquiétante de la situation. »

Des membres de la SPLA (Armée populaire de libération du Soudan)

Et ce responsable de douter que ces cavaliers armés soient désarmés rapidement : « Ils sont la seule force terrestre fiable et motivée sur laquelle puisse compter le pouvoir à Khartoum. Elles continueront donc à sévir, sauf à ce que les autorités soudanaises décident de faire la paix au Darfour. Or on en est très loin. » Et cela malgré les pressions internationales.

Des recrues de l’armée soudanaise

Le Conseil de sécurité de l’ONU devait se réunir hier pour discuter du projet de résolution américain prévoyant des sanctions ciblées contre les chefs janjaweed. Mais outre son côté peu contraignant, la cacophonie continue de régner sur la manière d’empoigner le problème. Si Londres et Berlin ont haussé le ton à l’encontre de Khartoum ces derniers jours, Paris s’est distingué hier en émettant des doutes sur l’efficacité de telles sanctions.

Une réfugiée soudanaise à l’hôpital d’El-Fasher, le 24 juin 2004

Sur le terrain, c’est donc l’Union africaine qui essaye d’éviter le pire. Ses 60 observateurs, chargés de veiller au respect du cessez-le-feu, ne sont toutefois pas encore opérationnels. Quant à l’envoie de 300 soldats chargés de leur protection et de celle des humanitaires, elle est encore en discussion, et est espérée au mieux avant la fin du mois.

Samuel GARDAZ

Une victime de la famine, au Soudan

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