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mercredi 28 juin 2017
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AFP, 13 avril 2012

Guinée Bissau : Coup d’État militaire

par Allen YERO EMBALO


Vue de Bissau en mars 2012

La Guinée-Bissau était en proie, vendredi 13 avril 2012, à un nouveau coup d’État militaire, au lendemain de l’arrestation du président intérimaire, Raimundo Pereira, et du premier ministre, Carlos Gomes Junior, dans la capitale désormais quadrillée par les soldats. Un « commandement » sans visage basé à l’état-major a justifié ces nouveaux troubles dans la région, trois semaines après un putsch au Mali, en dénonçant un « accord secret » conclu entre l’exécutif et l’Angola. Dans ce pays très instable, les rumeurs de coup se faisaient insistantes depuis des jours, à l’approche du second tour de l’élection présidentielle du 29 avril.


Guinée Bissau

La Guinée-Bissau a une histoire jalonnée de putschs, tentatives de coups d’État militaires et violences politiques depuis son indépendance en 1974. Elle est devenue ces dernières années une plaque tournante du trafic de cocaïne entre l’Amérique du Sud et l’Europe. La tension montait depuis plusieurs jours, en plein entre-deux tours de scrutin présidentiel. Jeudi 12 avril 2012 même, quelques heures avant les troubles, l’opposition menée par l’ex-président, Kumba Yala, qui est censé affronter, le 29 avril, Carlos Gomes Junior, avait appelé au boycottage de l’élection présidentielle, et mis en garde quiconque ferait campagne. M. Yala avait dénoncé des « fraudes massives » au premier tour du 18 mars, où il avait obtenu 23,26 % des voix contre 48,97 % pour M. Gomes. La campagne pour le second tour était censée démarrer vendredi 13 avril.

Kumba Yala

L’assaut a été lancé, jeudi 12 avril 2012 au soir, principalement sur la résidence, à Bissau, de Carlos Gomes Junior, homme fort de l’exécutif et favori du scrutin. Sa maison a été attaquée à la roquette, pendant que des militaires prenaient la radio nationale et bouclaient la ville. Carlos Gomes Junior « a été arrêté (jeudi 12 avril) par des militaires. Ils l’ont introduit dans un pick-up qui a démarré en trombe vers une destination inconnue », a déclaré à l’AFP son épouse Salomé Gomes, venue à la résidence du couple récupérer des affaires. Le président Pereira a connu le même sort, selon un membre de sa garde rapprochée. « Il n’a opposé aucune résistance » quand des soldats sont venus le chercher, a-t-il raconté. Plusieurs responsables politiques ont également été arrêtés, jeudi 12 avril au soir, et conduits au siège de l’état-major, selon une source militaire. D’autres sont « activement recherchés », a-t-elle ajouté. Vendredi 13 avril, les soldats renforçaient leur présence dans les rues, et les patrouilles à pied avaient cédé la place à des patrouilles en pick-up. Certains étaient postés devant les ministères des Finances et de la Justice et le siège du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC, au pouvoir), en centre-ville. « Les militaires sont partout et interdisent certains accès. Les radios ne fonctionnent pas », a affirmé à l’AFP une source diplomatique à Bissau. La résidence de Carlos Gomes Junior restait gardée par des hommes en armes. Le salon de la maison a été éventré par une roquette et le fronton porte des impacts de balles. Vendredi 13 avril au matin, vers 07h00, une centaine de jeunes sont venus manifester devant pour témoigner leur « solidarité » à M. Gomes, mais ont été dispersés par les militaires, qui interdisent le passage. Des sources hospitalières interrogées par l’AFP n’avaient pas pour l’heure fait état de victimes.

Raimundo Pereira

L’armée est sortie de son silence par une poignée de communiqués laconiques à en-tête de l’état-major, et signés d’un « commandement » sans nom ni visage. « Le commandement n’a aucune ambition pour le pouvoir », selon le dernier en date de ces communiqués. « Il a été forcé à agir ainsi pour se défendre contre des manoeuvres diplomatiques du gouvernement bissau-guinéen qui visent à faire éliminer les forces armées bissau-guinéennes par une force étrangère », ajoute-t-il. Un peu plus tôt, l’armée avait expliqué son coup de force par la volonté de dénoncer « l’existence d’un accord militaire secret » entre le pouvoir et l’Angola. Selon elle, « cet accord vise à légitimer la présence de troupes étrangères, en l’occurrence la Mission militaire angolaise (MISSANG) en Guinée-Bissau, dans un souci de protéger le gouvernement en cas de crise ». Récemment, des membres de l’état-major ont accusé le gouvernement de chercher à obtenir une intervention de l’Angola « sous l’égide de l’Union africaine » (UA). Lundi 9 avril 2012, à Bissau, le chef de la diplomatie angolaise, Georges Chicoty, avait annoncé le prochain retrait de la force, présente depuis 2011. Ses effectifs n’ont jamais été communiqués officiellement, mais la MISSANG compte au moins 200 éléments, selon des sources concordantes. « La difficulté, dans cette affaire, est que les putschistes ne dévoilent ni leurs visages ni leurs ambitions, du moins pour le moment », a déclaré à l’AFP un responsable politique sous couvert d’anonymat.

Carlos Gomes Junior

Les condamnations internationales du coup d’État se sont multipliées. Jugeant le putsch « inadmissible », l’Union africaine a averti qu’elle « n’acceptera aucune prise de pouvoir par des voies anticonstitutionnelles ni remise en cause du processus démocratique ». Les États-Unis ont exhorté « toutes les parties à déposer leurs armes et à restaurer le leadership légitime des civils », donnant des consignes de prudence à leurs ressortissants. Le Portugal, ex-puissance coloniale, « condamne avec fermeté le coup d’État », selon le président, Anibal Cavaco Silva.

Allen YERO EMBALO

Des soldats à Bissau

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