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jeudi 25 mai 2017
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AP, 9 juillet 2004

Soudan : Dans leur fuite éperdue, les réfugiés du Darfour n’ont pas le temps d’enterrer leurs morts


Un village Nuba, au Kordofan

CAMP DE KOUNOUNGO, Tchad (AP) - Djali Djabir, un père de famille âgé, a survécu aux persécutions de la milice des Janjawid dans la région du Darfour et à des semaines de fuite à travers le désert soudanais pour finalement mourir, en toute sécurité, dans un camp de réfugiés au Tchad.

De nombreux autres n’ont pas tenu jusque là. Ils ont été abandonnés là où ils ont succombé : leurs familles étaient trop terrorisées pour prendre le temps de leur offrir une sépulture digne.

Soudan


Pendant plus de 16 mois, des bandes de nomades armés, arabes pour la plupart, ont incendié un à un les villages de la région du Darfour, dans l’ouest du Soudan, jetant sur les routes plus d’un million de Noirs africains dans une campagne de terreur que des responsables de l’ONU ont comparée à du nettoyage ethnique.

Des miliciens musulmans à l’entraînement

Djali Djabir, 69 ans, était un paysan prospère qui élevait un gros troupeau de bétail avant que les Janjawid n’attaquent son village. Un jour, au petit matin, la famille s’est réveillée au bruit des coups de feu et des moteurs d’hélicoptères. "Nous n’avons pas eu le temps de prendre quoi que ce soit avec nous, nous avons couru", raconte son fils, âgé de 30 ans, Mohammed, réfugié lui aussi dans le camp de Kounoungo, au Tchad. Des hommes armés, à dos de cheval et de chameau, les ont pourchassés dans leur fuite. Le neveu de Djali Djabir, Mohammed Aziber, n’a pu qu’observer, impuissant et horrifié, un hélicoptère poursuivre son fils et l’abattre sous l’arbre où il tentait de se cacher. Mais il n’a pas eu le temps d’enterrer le jeune homme. "Chaque jour, je revois mon fils étendu sous cet arbre", raconte Mohammed Aziber, 65 ans, en retenant ses larmes.

Le village de Korma, dévasté par une bande armée, le 29 avril 2004

Pendant plus de deux mois, la famille a marché de village en village, à la recherche d’un refuge. Chaque fois, ils apprenaient qu’un village voisin était en flammes et devaient reprendre leur fuite éperdue. Pendant des semaines, ils ont survécu en se partageant quelques poignées de graines de mil trempées dans de l’eau qu’ils puisaient dans les rares cours d’eau traversant cette vaste région aride grande comme la France. Les adultes se privaient souvent de nourriture pour donner à manger à leurs enfants.

Un nomade soudanais

Beaucoup n’ont pas survécu à ce long voyage épuisant. Sur sa route, la famille Djabir a croisé les corps d’autres déplacés en fuite qui sont morts de faim, de soif ou de maladie. Mais les membres de la famille Djabir n’ont pas osé s’arrêter. "Les Janjawid sont partout", explique Youssouf Omar, 34 ans, voisin des Djabir dans le camp de Kounoungo, chassé lui aussi du Soudan. "Si on s’était arrêté pour les enterrer, ils nous auraient tous tués."

Les habitants d’un village Dinka

Finalement, devant la poursuite incessante des combats, ils se sont décidés à franchir la frontière et à se réfugier au Tchad. Là, des villageois leur sont venus en aide en leur offrant nourriture, eau et vêtements. Mais ils ont encore dormi sous des arbres pendant quelques mois, jusqu’à ce que des camions de l’ONU les recueillent et les amènent à Kounoungo, un camp situé à 75 km de la frontière. Epuisé par l’épreuve, ayant perdu la force et la volonté de vivre, Djali Djabir est tombé malade et a succombé trois jours plus tard. "Il voulait mourir dans son propre village", confie tristement son neveu Mohammed Aziber. "Il ne voulait pas mourir en terre étrangère."

Associated Press

Des réfugiés soudanais au camp de Zam-Zam, le 1er juillet 2004

Camp de réfugiés au Darfour

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