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AFP, 20 avril 2012

Guinée Bissau : Un président de transition

par Allen YERO EMBAO et Malick ROKHY BA


Des habitants de Bissau fuient la capitale, le 16 avril 2012

Une semaine après le coup d’État en Guinée-Bissau, la junte et les partis de l’ex-opposition au régime renversé ont désigné par consensus un ancien candidat éliminé au premier tour de l’élection présidentielle, Manuel Serifo Nhamadjo, comme président de transition. Ce dissident de l’ex-parti au pouvoir, le PAIGC, était arrivé troisième du scrutin du 18 mars avec 15,75 % des voix, loin derrière l’ancien premier ministre Carlos Gomes Junior (48,9 %), grand favori du deuxième tour, initialement prévu le 29 avril 2012. À 54 ans, M. Serifo Nhamadjo était, jusqu’au coup d’État, président par intérim du parlement, ayant succédé à Raimundo Pereira, lui-même devenu chef de l’État par intérim à la mort, en janvier 2012, du président, Malam Bacaï Sanha.


Guinée Bissau

Depuis 1999, la Guinée Bissau, considéré comme la plaque tournante du trafic de cocaïne entre l’Amérique du Sud et l’Europe, a connu pas moins de trois « transitions », après deux coups d’État (en 1999 et 2003) et l’assassinat par des militaires du président, Joao Bernardo Vieira, en 2009. La présence et le rôle d’une force militaire angolaise, déployée en Guinée-Bissau depuis mars 2011, avaient été invoqués par l’armée pour justifier son dernier coup d’État. Jeudi 19 avril 2012, l’armée a ordonné la réouverture des frontières fermées depuis le 15 avril, témoignant d’une volonté de normalisation de la situation, alors que de nombreux habitants de Bissau ont quitté la capitale pour la province dans la crainte de violences. Arrêté par les militaires le 12 avril, M. Pereira est toujours détenu de même que M. Gomes Junior. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé avoir pu rencontrer, mercredi 18 avril, M. Gomes Junior et l’ancien président intérimaire, Raimundo Pereira. Ils « ont l’air en bonne santé », a déclaré à l’AFP une porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge.

Des soldats à Bissau

Conformément à l’accord de transition conclu, mercredi 18 avril 2012, entre la junte et les partis, un Conseil national de transition (CNT) a été créé pour « gérer le processus de transition jusqu’à la tenue d’élections présidentielles et législatives dans un délai maximal de deux ans ». Le Conseil national de transition sera présidé par Braima Sori Djalo, numéro deux du principal parti de l’ex-opposition, le Parti de la Rénovation sociale (PRS).

Des soldats à Bissau

L’annonce de la désignation de ces nouvelles autorités de transition est intervenue au moment même où le Conseil de sécurité de l’ONU était réuni à New York pour étudier l’envoi d’une « force de maintien de la paix » en Guinée-Bissau. Parlant au nom de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), le ministre angolais des Affaires étrangères, Georges Rebelo Chikoti, a invité le Conseil de sécurité à « envisager l’adoption de mesures avec pour objectif de rétablir l’ordre constitutionnel et d’obtenir la libération sans condition des dirigeants arrêtés ». Il a demandé la création d’une « force de maintien de la paix pour la Guinée-Bissau » ainsi que des sanctions pour faire pression sur les putschistes. « Le temps presse et nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre et de laisser la population souffrir à la merci du pouvoir militaire », a ajouté le ministre angolais. Après l’Union africaine (UA) et la Francophonie qui avaient suspendu, mardi 17 avril 2012, la Guinée-Bissau de leurs rangs, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD) ont suspendu leur aide au développement à Bissau. Interrogé sur les éventuelles sanctions qui pourraient s’abattre sur la Guinée-Bissau, Artur Sanha, un des dirigeants du Parti de la Rénovation sociale, s’est montré confiant. « La Cédéao (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest), l’Union africaine, les Nations Unies et les autres organisations internationales devraient louer la Guinée-Bissau pour son expérience en matière de transition du pouvoir », a-t-il déclaré.

Allen YERO EMBAO et Malick ROKHY BA

Georges Rebelo Chikoti

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