retour article original

vendredi 26 mai 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Afrique Guinée Bissau
AFP, 20 avril 2012

Guinée Bissau : La junte est prête à se défendre face à une force de l’ONU

par Allen YERO EMBALO et Malick ROKHY BA


Daba Na Walna

La junte, qui a pris le pouvoir en Guinée-Bissau le 12 avril 2012, s’est déclarée, vendredi 20 avril, prête à « défendre l’intégrité » du pays en cas d’envoi, sous l’égide de l’ONU, d’une force militaire pour y rétablir l’ordre constitutionnel.


Guinée Bissau

Minée par une instabilité chronique, la Guinée-Bissau est devenue ces dernières années la plaque tournante du trafic de cocaïne entre Amérique du Sud et Europe, avec la complicité souvent dénoncée de la haute hiérarchie militaire et de certains responsables politiques. En annonçant, jeudi 19 avril 2012, une semaine après le coup, un « transfert sans équivoque du pouvoir aux civils », la junte, qui maintient toujours en détention le président intérimaire, Raimundo Pereira, et le premier ministre, Carlos Gomes Junior, n’a guère convaincu. Pire, l’alliance de circonstance entre l’armée et les anciens opposants au régime renversé a provoqué la colère des voisins de la Guinée-Bissau qui se sont sentis dupés par les militaires. Ces derniers s’étaient engagés « par écrit », lundi 16 avril, à « se retirer pour permettre un retour immédiat à la normalité constitutionnelle », selon le président de la Commission de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Désiré Ouédraogo. Jeudi 19 avril, faisant fi de leurs promesses, la junte et l’ex-opposition ont annoncé la nomination d’un nouveau président de transition en la personne de Manuel Serifo Nhamadjo, un dissident du parti au pouvoir éliminé au premier tour de l’élection présidentielle du 18 mars, remporté par l’ex-premier ministre, Gomes Junior. Le président du futur Conseil national de transition (CNT) a également été choisi. Il s’agit du vice-président du Parti de la Rénovation sociale (PRS) de Koumba Yala, principal opposant à Carlos Gomes Junior. Qualifié pour le deuxième tour de l’élection présidentielle initialement prévu le 29 avril, M. Yala avait refusé d’y participer arguant de « fraudes massives ». La date de l’investiture des nouveaux organes de transition, prévue pour fonctionner deux ans, n’a pas été précisée. En attendant, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest a affirmé qu’elle rejetait cette « usurpation de pouvoir » et fait savoir qu’elle ne reconnaîtra « aucune transition émanant de la junte ». Les chefs d’État de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest se réuniront, le 26 avril, à Abidjan, pour un sommet extraordinaire consacré aux crises en Guinée-Bissau et au Mali, autre pays de la région victime d’un coup d’État le 22 mars.

Manuel Serifo Nhamadjo

Les pays lusophones, au premier rang desquels le Portugal et l’Angola, ont plaidé, devant le Conseil de sécurité, pour l’envoi d’une force mandatée par l’ONU afin de « rétablir l’ordre constitutionnel » dans le pays. « Le temps est venu de dire non à la domination des armes sur les urnes », a lancé le chef de la diplomatie portugaise Paulo Portas, venu défendre une intervention dans cette ancienne colonie portugaise qui a connu, le 12 avril 2012, son quatrième coup d’État militaire en moins de quinze ans. Une éventuelle « force de maintien de la paix » ou « mission de stabilisation » pourrait intégrer des contingents d’Afrique de l’Ouest et de pays lusophones, notamment des soldats angolais déjà présents sur place dans le cadre d’un accord bilatéral de coopération. « Ce qui est en cause, c’est le choix entre un État basé sur l’ordre constitutionnel ou un État-voyou basé sur le pouvoir du trafic de drogue », a affirmé le ministre portugais, qui a demandé des sanctions internationales contre les auteurs du coup et « ceux qui les appuient politiquement ». « La Guinée-Bissau n’acceptera pas une force d’interposition, car la situation ne l’exige pas. Si on lui envoie une force, elle défendra son intégrité territoriale », a déclaré le lieutenant-colonel Daba Na Walna, au cours d’une conférence de presse convoquée quelques heures après le début d’une réunion du Conseil de sécurité consacrée à la situation en Guinée-Bissau.

Allen YERO EMBALO et Malick ROKHY BA

Koumba Yala

AUTEURS 

  • Allen YERO EMBALO et Malick ROKHY BA

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source