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mercredi 26 avril 2017
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La seconde guerre mondiale en photos 34

L’invasion de l’Italie 1943 (2ème partie)

Le débarquement de Salerne


Des B-24 Liberator

L’armada alliée destinée à Salerne comptait 700 navires et péniches de débarquement, transportant 55000 hommes pour le débarquement initial et 115000 autres pour l’exploitation. Le 8 septembre 1943, à minuit, la 5ème armée anglo-américaine du général Mark Clark a commencé les opérations de débarquement dans le golfe de Salerne, quelques heures après l’annonce officielle, par la BBC, de la capitulation italienne. Ce principal débarquement allié s’est produit dans le secteur de Salerne où les Allemands l’attendaient et où le maréchal Kesselring pouvait le plus facilement concentrer ses maigres forces pour y faire face. Les Britanniques -renforcés par les US Rangers- ont débarqué dans le secteur Nord et centre du golfe de Salerne, tandis que les Américains débarquaient dans le secteur Sud.


Le 9 septembre 1943, à 01h30, une batterie côtière occupée par les Allemands a ouvert le feu sur les péniches approchant le flanc Nord, mais elle a été réduite au silence par les destroyers de l’escorte et la phase finale a été facilitée par un bref mais intense bombardement des défenses des plages par des canons de marine et des roquettes -utilisées ici pour la première fois. Dans le secteur Sud, où les Américains espéraient encore surprendre les Allemands par une arrivée silencieuse, les troupes n’ont bénéficié d’aucun tir d’appui. Dans la dernière distance avant d’atteindre la plage, les péniches de débarquement sont tombées sous un feu d’enfer et les troupes ont subi de lourdes pertes. Après avoir débarqué, les troupes ont été soumises à de nouveaux rideaux de feu et ont subi plusieurs attaques aériennes allemandes sur les plages. Heureusement, les destroyers se sont alors approchés du rivage et ont ouvert le feu sur les positions allemandes, repoussant également plusieurs contre-attaques menées par des petits groupes de Panzer.

Des troupes américaines débarquent près de Salerno

Une jeep américaine débarque près de Salerno

Des troupes américaines débarquent près de Salerno

Les chances d’avancer rapidement jusqu’à Naples dépendaient de la prise de la route partant de Salerne vers le Nord, à travers les montagnes.

Les US Rangers ont réussi à s’emparer du col de Chiunzi et se sont installés sur les hauteurs surplombant la route principale. Par contre, les commandos britanniques se sont faits arrêter par les Allemands au petit col de La Molina, à l’entrée du défilé de Cava. Les principaux autres débarquements britanniques ont rencontré, dès le départ, une vive opposition. Certains éléments avancés ont poussé jusqu’à 3 kilomètres à l’intérieur des terres, mais ils ont subi de lourdes pertes. A la fin de la journée, il y avait encore un espace de 11 kilomètres entre l’aile droite britannique et l’aile gauche américaine. Les Américains ont débarqué des renforts dans leur secteur et quelque peu étendu leur tête de pont, avant d’être arrêtés par une contre-attaque allemande.

Les Allemands désarment les troupes italiennes

Les dirigeants italiens ne s’attendaient pas à un débarquement à une date aussi proche, et ils n’ont été avertis que tard dans l’après-midi de la diffusion de l’annonce, par la BBC, de la capitulation italienne.

L’annonce officielle de la capitulation italienne a également pris les Allemands par surprise. Mais leur réaction, à Rome, a été rapide et décisive, malgré la situation créée simultanément dans le Sud de Naples par le débarquement de Salerne. Le résultat final aurait probablement été différent si l’action des Italiens avait été à la hauteur de leur dissimulation, qui leur avait permis, grâce à une habile comédie, de cacher leurs intentions et de calmer les appréhensions du maréchal Kesselring au cours des jours précédents. Ce dernier a envoyé, à tous les commandants subalternes allemands, le mot de code « Axis », signifiant que l’Italie avait quitté les rangs de l’Axe et que les mesures nécessaires devaient être prises en vue de désarmer immédiatement les Italiens.

Les commandements locaux allemands ont employé un mélange de persuasion et de force, selon la situation et leur propre tournure d’esprit. Dans la région de Rome, où la situation pouvait être dangereuse pour les Allemands, le général Student a employé une tactique de choc. Il a tenté de s’emparer du GQG italien en y larguant ses parachutistes. 30 généraux et 150 autres officiers italiens ont été capturés dans une partie des bâtiments, mais une autre partie a résisté.

Au lieu d’essayer de battre les deux divisions du général Student, les généraux italiens se sont empressés de se mettre hors de portée, en se repliant vers l’Est avec leurs forces, jusqu’à Tivoli, et en laissant leur capitale aux mains des Allemands. Ce repli a ouvert la voie à des négociations au cours desquelles le maréchal Kesselring a usé d’une forme plus aimable de persuasion, en proposant d’autoriser les troupes italiennes, si elles déposaient les armes, de rentrer chez elles immédiatement. Cette offre était contraire aux ordres d’Adolf Hitler, selon lesquels tous les soldats italiens devaient être faits prisonniers. Mais elle s’est révélée plus efficace, au prix d’une moindre perte en temps et en vies humaines. Cette offre du maréchal Kesselring a été acceptée sans réserve par le commandant des forces italiennes. Dans l’accord de capitulation, le maréchal Kesselring s’est engagé à considérer Rome comme une ville ouverte. Elle ne devait être occupée que par deux compagnies de forces de police chargées de garder les centraux téléphoniques, etc... Cet engagement a toujours été observé, jusqu’à la fin de l’occupation allemande.

Prise de Tarente, Brindisi et Bari

Le 9 septembre 1943, sans opposition, les alliés ont débarqué une division aéroportée britannique à Tarente. La flotte de guerre italienne venait, la veille, de quitter ce port pour aller se livrer à Malte. De Tarente, toujours sans opposition, les parachutistes britanniques se sont emparés de Brindisi et de Bari, sur la côte adriatique. Mais cette force débarquée pour s’emparer des ports ne disposait pas de blindés et rien n’était prévu pour exploiter son succès. Les rares troupes allemandes de la région avaient reçu l’ordre de se replier à Foggia, 250 kilomètres au Nord de Tarente, pour couvrir l’extrémité orientale du flanc du maréchal Kesselring.

Contre-attaques allemandes à Salerne

Au terme du troisième jour, les troupes alliées débarquées à Salerne étaient confinées dans deux étroites têtes de pont séparées l’une de l’autre, alors que les Allemands tenaient les hauteurs avoisinantes et les routes menant à la frange de plaine côtière. Après avoir reçu quelques renforts, les Allemands ont lancé plusieurs puissantes contre-attaques, infligeant de lourdes pertes aux Britanniques et provoquant un repli général chez les Américains. Le 13 septembre 1943, en plusieurs points, les contre-attaques allemandes sont arrivées jusqu’à 800 mètres des plages, après avoir pénétré les lignes américaines. La situation paraissait si sombre que le déchargement de tous les navires marchands a été arrêté dans le secteur Sud. Dans la soirée, afin de renforcer les Américains, des parachutistes ont été largués sur leur tête de pont.

Le croiseur USS Savannah atteint par une bombe téléguidée allemande, au large de Salerno, le 11 septembre 1943

Le 14 septembre 1943, tous les avions alliés disponibles en Méditerranée ont été utilisés pour bombarder les troupes allemandes et leurs lignes de communications immédiates. Plus de 1900 sorties ont été exécutées au cours de la journée. L’avance des Allemands en direction des plages a été également contrée par le pilonnage intense des canons de marine.

Le 15 septembre 1943, ayant reçu quelques renforts supplémentaires sous la forme de forces en retraite devant la 8ème armée britannique du général Montgomery -désormais proche de Salerne et menaçant le flanc allemand- les Allemands n’avaient encore que 4 divisions et un peu plus d’une centaine de Panzer, alors que les forces alliées débarquées comptaient 7 divisions de plus grande envergure, avec environ 200 tanks.

Les Allemands se replient vers le Nord

Le 16 septembre 1943, les Allemands ont lancé une nouvelle offensive. Leurs attaques ont été arrêtées par l’artillerie navale, l’artillerie terrestre et les tanks alliés. Dans la soirée, le maréchal Kesselring, comprenant qu’il ne pouvait plus espérer rejeter les alliés à la mer, a autorisé une retraite allemande progressive vers le Nord, jusqu’à la ligne du Volturno, une trentaine de kilomètres au Nord de Naples. Ce repli s’est accompagné de combats d’arrière-garde. Les Allemands organisaient une résistance quasiment le long de chacune des rivières descendant des Apennins à la mer. A chaque fois, les alliés s’arrêtaient pour organiser une attaque massive, que les Allemands esquivaient en décrochant un peu plus loin. L’avance alliée était tellement lente que les soldats parlaient de « grignotage ».

Des soldats américains inspectent un Panzer 4 détruit près de Salerno

Des Panzer 4 détruits près de Lanuvio

La 8ème armée britannique opérait sur le versant Est des Apennins, tandis que les Américains opéraient sur le versant Ouest.

Ce n’est que trois semaines après le débarquement de Salerne que les alliés ont atteint Naples. Une nouvelle semaine s’est écoulée avant que les alliés atteignent la ligne de défense allemande de Volturno. Pendant que les troupes allemandes défendaient cette ligne, puis une autre située 25 kilomètres plus au Nord, le maréchal Kesselring fortifiait une position située un peu plus au Nord, qui longeait deux rivières et s’appuyait, au centre, sur le défilé de Cassino, à une centaine de kilomètres au Sud de Rome. Cette position a été appelée la Ligne Gustav.

Des artilleurs alliés en Italie

Des soldats alliés parmi les décombres d’une localité italienne

Le 4 octobre 1943, encouragé par la lenteur de la progression alliée, Adolf Hitler a décidé de défendre ce qu’il restait de l’Italie aux Allemands. Le 21 novembre 1943, toutes les forces allemandes d’Italie ont été placées sous les ordres du maréchal Kesselring. Cependant, 4 des meilleures divisions ont été envoyées en Russie et remplacées par 3 divisions décimées qui avaient besoin de récupérer.

Des parachutistes allemands avec un canon de 88 mm, dans une localité du sud de l’Italie, le 8 novembre 1943

Le 28 novembre 1943, le général Montgomery a déclenché une attaque massive contre la ligne Gustav, mais les Allemands se sont repliés des positions les plus avancées pour se reformer derrière la rivière suivante et cette offensive s’est bientôt enlisée.

Fin décembre 1943, le général Montgomery a quitté l’Italie, pour rentrer en Grande-Bretagne et préparer le débarquement de Normandie.

Parallèlement à ces événements, les Allemands ont réussi à localiser l’endroit -un hôtel de montagne- où les Italiens détenaient Benito Mussolini. Ce dernier a été délivré par un commando aéroporté, dirigé par Otto Skorzeny, et évacué dans un avion à décollage court. Adolf Hitler a ensuite placé Benito Mussolini à la tête d’un Etat fantoche, au Nord de l’Italie.

Un planeur allemand au Gran Sasso, le 12 septembre 1943

Escortés par des Allemands, Benito Mussolini et Giuseppe Gueli quittent l’hôtel Campo Imperatore, au Gran Sasso, le 12 septembre 1943

Conformisme

Même en tenant compte des difficultés causées par le terrain et le mauvais temps, il apparaît clairement que des occasions de progresser plus rapidement ont été manquées à plusieurs reprises à cause de l’insistance des généraux alliés sur la nécessité de « consolider » chaque avance et d’établir une « base solide » avant de pousser de l’avant, même lorsque les Allemands étaient momentanément mis en déroute et qu’il aurait suffi de les poursuivre sans les laisser se réorganiser. A chaque fois, les généraux alliés agissaient trop tard, de peur d’être trop peu. Ce même conformisme les a dissuadé de contourner les lignes de défense allemandes en procédant à de nouveaux débarquements loin en arrière. Il en est résulté des pertes considérables en vies humaines.

Des soldats canadiens en Italie, le 10 décembre 1943

Suite dans La campagne d’Italie (janvier-juin 1944)

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source