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mercredi 24 mai 2017
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AFP, 9 juillet 2004

Etats-Unis : La CIA accusée de graves erreurs de jugement sur la menace irakienne


WASHINGTON (AFP) - La CIA est accusée de s’être fourvoyée sur l’Irak et d’avoir exagéré la menace des armes de destruction massive avant l’intervention militaire pour renverser Saddam Hussein, dans un rapport dévastateur du Sénat américain publié vendredi 9 juillet 2004.


Les enquêteurs démocrates et républicains de la Commission du renseignement de la Chambre haute, ont également affirmé "n’avoir trouvé aucune preuve que l’administration Bush ait tenté d’influencer ou de faire pression pour que des analystes de la CIA modifient leurs conclusions sur l’existence d’armes de destruction massive (ADM)".

Si ce dernier point est contesté par la minorité démocrate de la commission à majorité républicaine, tous les parlementaires sont en revanche d’accord sur les 117 conclusions de ce document de plus de 400 pages très critique pour la CIA et les autres agences de renseignement à propos de l’Irak et de la lutte contre le terrorisme avant les attentats du 11 septembre 2001.

"La plupart des conclusions clés des services de renseignement en octobre 2002 concernant la poursuite des programmes d’armes de destruction massive en Irak étaient exagérées ou non étayées par des informations", concluent notamment les enquêteurs parlementaires démocrates et républicains. "Une série d’erreurs, particulièrement d’analyse, a conduit à une mauvaise interprétation des informations" sur l’Irak avant la guerre, ajoutent-ils.

En déplacement en Pennsylvanie (est), le président américain George W. Bush a affirmé qu’il s’agissait "d’un rapport utile". Il a toutefois précisé ne pas l’avoir lu. "Saddam Hussein avait les capacités pour fabriquer des armes. Il en avait l’intention", a une nouvelle fois estimé le président malgré les conclusions du rapport. "Nous savons que (Saddam Hussein) pouvait les fabriquer", a-t-il souligné.

Le numéro deux de l’Agence centrale de renseignement des Etats-Unis John McLaughlin a reconnu que la CIA avait eu des "lacunes" dans l’examen de la situation en Irak avant la guerre, mais il a nié que son agence souffre d’un problème général. "C’est une erreur que d’exagérer les lacunes ou d’en tirer hâtivement la conclusion que les difficultés concernant le renseignement sur les armes de l’Irak avant guerre sont le signe d’un problème général qui touche toutes les activités auxquelles la communauté du renseignement doit faire face".

"Les défaillances des services du renseignement auront des conséquences sur les générations à venir et ont porté un coup à la crédibilité des Etats-Unis dans le monde", a déclaré lors d’une conférence de presse, le sénateur démocrate John Rockefeller, le numéro deux de la commission.

Le républicain Pat Roberts, président de la Commission, a rappelé quant à lui que "les services de renseignement ont dit au président, au Congrès et au public que Saddam avait des stocks d’armes chimiques et biologiques et qu’il détiendrait des bombes nucléaires durant cette décennie, or nous savons aujourd’hui que cela était faux".

Ce document épingle aussi à de nombreuses reprises George Tenet, le directeur démissionnaire de la CIA. Il lui est reproché notamment de ne pas avoir lui-même vérifié le discours sur l’Etat de l’Union avant que le président Bush ne le prononce devant le Congrès au début de 2003 et qui contenait "les célèbres 16 mots" selon lesquels l’ex-régime de Saddam Hussein cherchait à se procurer de l’uranium au Niger pour son programme d’armes nucléaires. "Le directeur de la CIA aurait dû prendre le temps de lire lui-même le discours pour vérifier l’exactitude de ces faits", souligne les enquêteurs.

Les auteurs du rapport estiment que les "analystes des services de renseignement ont manqué de cohérence dans leur façon d’interpréter et de rendre compte de la menace terroriste".

Ils regrettent en outre que "le renseignement américain dépende, dans une trop large mesure, des services d’espionnage d’autres gouvernements et de tiers". "Cela accroît le risque de manipulation de la politique américaine par des intérêts étrangers", ont mis en garde les auteurs du rapport.

Les démocrates ont aussi tenu à souligner, vendredi 9 juillet 2004, que ce rapport n’était que le premier volet de l’enquête. Le second volet portera sur l’utilisation voire "l’exagération" du renseignement avant la guerre en Irak par les hauts responsables de l’administration Bush.

Agence France Presse

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