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Le Figaro, 24 avril 2012

Egypte : Les relations avec Israël se dégradent

par Adrien JAULMES


Des manifestants réclament que l’armée abandonne le pouvoir, au Caire, le 20 avril 2012

D’abord plutôt indifférente, la révolution de la place Tahrir ayant été marquée par l’absence quasi totale de la rhétorique anti-israélienne, l’opinion égyptienne manifeste depuis une hostilité croissante à la paix avec Israël.


Egypte

La rupture du contrat gazier entre Israël et l’Égypte constitue une nouvelle étape dans la dégradation progressive des relations entre les deux pays depuis la révolution égyptienne de février 2011. Un incident frontalier ayant occasionné la mort de plusieurs soldats égyptiens, en août 2011, tués par l’armée israélienne lancée à la poursuite d’auteurs d’un attentat terroriste sur une route du sud d’Israël, avait déclenché de violentes manifestations, qui avaient culminé par le sac de l’ambassade israélienne au Caire en septembre. Depuis, les diplomates israéliens n’assurent plus qu’une présence symbolique quatre jours par semaine dans la capitale égyptienne, où ils n’arrivent plus à trouver à louer de locaux. Le traité de paix entre Israël et l’Égypte, signé par Menahem Begin et Anouar Al-Sadate, en 1979, à la Maison Blanche, n’a jamais été guère plus qu’une « paix froide » entre les deux voisins. Outre la coopération sécuritaire, et quelques contrats tels que l’accord gazier, les deux pays n’ont jamais établi de réelles relations commerciales ou culturelles.

Anwar Sadat, Jimmy Carter et Menahem Begin, en 1979

Si l’armée égyptienne, principale bénéficiaire d’un accord qui lui assure, depuis 1979, une colossale aide militaire américaine, a toujours défendu le traité, l’opinion égyptienne n’a jamais vu de réels avantages à cette paix. La rétrocession du Sinaï par Israël n’a engendré des bénéfices que pour les puissants investisseurs, proches de Hosni Moubarak ou généraux à la retraite, qui ont depuis développé des stations balnéaires dans la péninsule. Les islamistes, opposants historiques au régime Moubarak, n’ont cessé de dénoncer la normalisation des relations avec Israël comme une trahison de la cause arabe. Aujourd’hui majoritaires au Parlement égyptien et aux portes du pouvoir, les islamistes ont multiplié les assurances qu’ils ne remettraient pas en question la paix avec Israël, mais en les assortissant de déclarations ambiguës. En coulisse, les Américains tentent de sauvegarder un traité qui a longtemps constitué un élément essentiel de leur politique au Moyen-Orient. Mais l’époque de l’étroite coopération entre le Mossad et les services de sécurité égyptiens est révolue, et les deux voisins se regardent désormais avec une méfiance accrue. Israël a lancé, au printemps 2011, des travaux de construction d’une barrière de sécurité le long de sa frontière désertique avec le Sinaï. La région sud, longtemps l’une des plus sûres d’Israël, connaît depuis plusieurs mois des états d’alerte réguliers. Les vacanciers israéliens, qui se rendaient régulièrement sur les plages du Sinaï égyptien, ont presque totalement déserté la péninsule, les autorités israéliennes déconseillant à présent formellement à leurs ressortissants de se rendre en Égypte. L’armée égyptienne, avec l’accord tacite d’Israël, a quant à elle considérablement renforcé son dispositif militaire dans le Sinaï, ce qu’interdisait expressément le traité de paix de 1979, qui prévoyait que seules des forces de police réduites soient stationnées dans cette région.

La péninsule du Sinaï vue par satellite

Dimanche 22 avril 2012, le ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, a expliqué avoir mis en garde Benjamin Nétanyahou contre le danger que représente à présent l’Égypte, et demandé que le commandement sud de l’armée israélienne soit renforcé de trois divisions. « La question égyptienne est un danger plus préoccupant que l’Iran », aurait affirmé dans une réunion le chef de la diplomatie israélienne. Le maréchal Tantaoui, le chef de la junte au pouvoir en Égypte depuis la chute de Hosni Moubarak, a répliqué indirectement, lundi 23 avril, au cours de manœuvres dans le Sinaï, en faisant savoir : « Si quelqu’un s’approchait des frontières de l’Égypte, nous lui casserons la jambe. »

Adrien JAULMES

Mohamed Hussein Tantaoui

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