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AFP, 28 avril 2012

France : L’avocat de Jérôme Kerviel accuse la Société générale d’avoir manipulé la justice

par Laurence BOUTREUX


L’ancien trader Jérôme Kerviel, qui dit "vivre un enfer" depuis qu’il a été très lourdement condamné, en 2010, pour une perte record à la Société générale, repart à l’offensive, par la voix de son nouvel avocat, en portant plainte contre la banque, accusée d’avoir "truqué" des enregistrements.


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En première instance, le tribunal correctionnel avait jugé Jérôme Kerviel seul responsable du cataclysme qui avait bien failli couler la Société Générale, début 2008, en pleine crise financière mondiale. Le tribunal ne lui avait trouvé aucune excuse, lui reprochant d’avoir joué avec l’argent de la banque comme au casino. Il l’avait condamné à cinq ans de prison dont trois ferme et à des dommages et intérêts colossaux de 4,9 milliards d’euros. Il y a une semaine, Me Koubbi avait déjà annoncé le dépôt d’une plainte pour "escroquerie au jugement" contre la Société générale. Il lui reproche d’avoir "omis de dire au juge" qu’elle avait récupéré, grâce à un mécanisme fiscal, 1,7 des 4,9 milliards qu’elle dit avoir perdus par la faute de M. Kerviel. Devant la presse, il a aussi suggéré que la Société générale avait elle-même procédé à "des opérations fictives" pour corriger l’impact sur son résultat net. "Tous les supérieurs de M. Kerviel ont été remerciés, et pour certains d’entre eux pour faute grave, en percevant des indemnités de licenciement correspondant à près de sept ans de salaire fixe", a lancé l’avocat. Pour lui, une "douve" avait été creusée autour du trader pour qu’il soit "condamné" et "condamné seul". Le regard inquiet, visiblement abattu, Jérôme Kerviel s’est très peu exprimé, vendredi 27 avril 2012, pour sa première conférence de presse depuis plus d’un an. Il s’est éclipsé très vite, dans le sillage du nouvel avocat, Me David Koubbi, qui le défendra devant la cour d’appel de Paris, du 4 juin au 28 juin. L’ancien trader âgé de 35 ans a cependant dit d’emblée : "Pour moi ces quatre dernières années ont été un enfer. Pour mes proches également". Sans vouloir évoquer sa vie privée, il s’est dit "à 100% dédié au dossier pénal", ayant "quitté l’entreprise" pour laquelle il travaillait. "J’ai toujours assumé mes actes et les conséquences de mes actes. C’est comme ça que j’ai été éduqué. Maintenant, il est hors de question que j’assume pour les actes de la banque et du système et que je paie pour eux", a conclu l’ex-trader, réaffirmant que ses supérieurs "savaient" ce qu’il faisait quand il officiait derrière ses ordinateurs... "Je n’ai jamais, jamais détourné ni volé le moindre centime. Et pourtant j’ai été condamné comme jamais une autre personne ne l’avait été auparavant", a commenté Jérôme Kerviel. A son côté, Me Koubbi a d’emblée annoncé le dépôt d’une plainte pour "faux et usage de faux" contre la Société générale. Il a évoqué des "enregistrements sauvages réalisés à l’insu de M. Kerviel", en janvier 2008, dans les locaux de la Société Générale. La défense n’a eu accès "que la semaine dernière" à ces bandes sous scellés, a-t-il affirmé, et des experts informatiques mandatés par la défense ont conclu qu’elles avaient été "coupées", "trafiquées", et qu’il manquait "six heures de conversation sur les douze". "C’est sur la foi notamment de ces bandes que M. Kerviel a été poursuivi et qu’il a pu être considéré qu’il avait fait des aveux", a insisté Me Koubbi, déplorant que la justice se soit appuyée sur les "retranscriptions sur papier effectuées par la banque elle-même"... Jérôme Kerviel a glissé : "Je me souviens très bien avoir interpellé un de mes supérieurs, lui disant : "tu étais au courant de ce que je faisais" et cela ne figure pas dans les enregistrements".

David Koubbi en compagnie de Jérôme Kerviel

La Société Générale a répliqué en annonçant, vendredi 27 avril 2012, son intention de porter plainte "pour dénonciation calomnieuse". "Société Générale détaillera sa réponse face aux allégations de Jérôme Kerviel dans la plainte pour dénonciation calomnieuse qui sera déposée dans les prochains jours", a annoncé la banque dans un communiqué. Sollicité par l’AFP, l’avocat de la Société générale, Me Jean Veil, n’a souhaité faire aucun commentaire : "Il s’agit d’une affaire judiciaire. Il est décent et d’usage de garder ses explications pour les juges", a-t-il dit.

Laurence BOUTREUX

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