par Jonah MANDEL
Une manifestation qui a dégénéré en violences racistes à Tel-Aviv a déclenché, jeudi 24 mai 2012, une virulente polémique sur la présence en Israël de quelque 60000 immigrants clandestins, la plupart Soudanais et Érythréens, entrés illégalement via le Sinaï égyptien.
Selon les chiffres officiels, 62000 immigrés illégaux se sont « infiltrés », depuis 2006, en Israël, en provenance surtout du Soudan, du Soudan du Sud et de l’Érythrée. Pour tenter d’endiguer cet afflux, le gouvernement a accéléré la construction d’une clôture de 250 km le long de sa frontière avec l’Égypte, très poreuse, car passant en plein désert du Sinaï. L’ouvrage devrait être achevé à la fin de l’année. À la suite d’une vague de criminalité impliquant des immigrés, un vif débat s’est engagé sur le nombre des clandestins africains en Israël. Dimanche 20 mai 2012, le premier ministre, M. Nétanyahou, a qualifié le phénomène de l’infiltration illégale d’« extrêmement grave » et estimé qu’il menaçait « les fondements de la société israélienne ».
Mercredi 23 mai 2012 au soir, un millier d’Israéliens ont défilé dans le quartier défavorisé de HaTikva, situé dans le sud de Tel-Aviv, aux cris de « Les Soudanais au Soudan » et autres slogans xénophobes, en vilipendant « les belles âmes gauchistes » qui défendent ces étrangers. Certains des manifestants ont attaqué et pillé des magasins tenus par des Africains et endommagé plusieurs voitures transportant des immigrés, a précisé à l’AFP le porte-parole de la police, Micky Rosenfeld. La police a interpellé vingt personnes et demandé, jeudi 24 mai, à la justice de prolonger la garde à vue de seize d’entre elles, dont quatre mineurs.
Les Africains étaient peu nombreux, jeudi 24 mai 2012, sur le marché de HaTikva, a constaté l’AFP. « Il y a 70 % de Noirs en moins ce matin », se réjouit le propriétaire d’une petite boutique de vêtements, qui préfère rester anonyme. Cet Israélien âgé de 24 ans explique que l’afflux d’Africains provoque un sentiment d’insécurité chez les habitants les plus âgés du sud de Tel-Aviv. « Ma grand-mère a quitté le quartier après qu’un Africain soit rentré chez elle. Même moi j’ai peur », témoigne-t-il. Il dit cependant comprendre la difficulté de la situation des clandestins : « Une fois qu’ils sont en situation illégale et qu’ils ont faim, bien sûr qu’ils seraient prêts à faire n’importe quoi ». « La seule solution est de les renvoyer chez eux », insiste une Israélienne en achetant des tomates à une échoppe voisine. « Nous avons peur de sortir de chez nous. Leur situation pousse ces illégaux à faire des choses terribles ». Le ministre de l’Intérieur, Elie Yishaï, chef du parti religieux Shass, a estimé qu’il fallait « mettre derrière les barreaux » tous les clandestins africains. « Il faut les placer dans des centres de détention et de rétention puis les renvoyer chez eux, car ils viennent prendre le travail des Israéliens et il faut protéger le caractère juif de l’État d’Israël », a-t-il affirmé à la radio militaire. Si le gouvernement n’agit pas, a averti M. Yishaï, « ils seront bientôt un demi-million, voire un million ». Une députée du Likoud, le parti de droite du premier ministre, Benyamin Nétanyahou, Miri Regev, qui a participé à la manifestation de mercredi 23 mai, a assimilé les clandestins à « un cancer qui prolifère ». En revanche, Ron Huldaï, le maire de gauche de Tel-Aviv-Jaffa, a estimé que « si le gouvernement permet aux immigrés illégaux de s’installer à Tel-Aviv, il faut leur donner les moyens de vivre en leur permettant de travailler ». Yariv Oppenheimer, le dirigeant de l’association anti-discrimination La Paix Maintenant, a demandé au procureur général d’ouvrir des poursuites pour « incitation à la haine raciale » à l’encontre des députés du Likoud présents à la manifestation. Deux rassemblements antiracistes sont prévus dans la soirée à Tel-Aviv et Jérusalem.
Jonah MANDEL
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