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dimanche 25 juin 2017
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AFP, 11 juillet 2004

Irak : Selon Barham Saleh, il est "irréaliste" de demander le départ des troupes d’occupation

Suivi d’un commentaire


Le vice-Premier ministre irakien Barham Saleh a estimé, dimanche 11 juillet 2004, qu’il était "irréaliste" de demander à la Force multinationale (FMN) de quitter l’Irak en ce moment, à l’issue d’un entretien à Damas avec le président syrien Bachar al-Assad.


"Il est irréaliste de demander à la FMN de quitter l’Irak aujourd’hui, car les (organismes) de sécurité nécessaires à la stabilité de ce pays ne sont pas encore créés", a déclaré M. Saleh lors d’une conférence de presse à Damas. Selon lui, la question de la présence de la FMN en Irak a été soulevée lors de l’entretien avec le président Assad. "La FMN se trouve en Irak suite à une demande irakienne. Son départ en ce moment ne serait utile ni à l’Irak ni à la région. Ce serait une catastrophe pour la sécurité", a poursuivi M. Saleh.

Le 4 juillet 2004, M. Assad et le président iranien Mohammad Khatami avaient lancé, à Téhéran, un appel commun au départ rapide des forces étrangères qui occupent l’Irak.

"Le président Assad accorde de l’intérêt à la stabilité" chez son voisin irakien, a ajouté M. Saleh arrivé, samedi 10 juin 2004, à Damas, en provenance du Liban. Il existe une convergence syro-irakienne "sur la nécessité de coopérer pour empêcher (des combattants) de traverser la frontière" syrienne vers l’Irak, a assuré M. Saleh. Selon lui, "des comités des ministères de l’Intérieur irakien et syrien doivent se rencontrer pour établir les mécanismes adéquats" pour la sécurité. "Les perspectives d’une coopération économique entre la Syrie et l’Irak sont énormes si la sécurité revient en Irak", a poursuivi le responsable irakien.

La Syrie est accusée par Washington de soutenir la guérilla opposée à la présence de la FMN, ce que Damas ne cesse de démentir. De son côté, le ministre irakien des Affaires étrangères Hoshyar Zebari a indiqué récemment au Sunday Telegraph que son gouvernement avait rassemblé des informations des services de renseignement détaillant le soutien apporté par des pays voisins aux résistants. M. Zebari n’a pas cité de pays précis, mais selon le Sunday Telegraph, des "responsables irakiens de haut rang" ont mis en cause l’Iran et la Syrie.

Par ailleurs, M. Saleh a nié la présence d’Israéliens en Irak. Ce sont des informations "totalement inexactes et infondées", a-t-il dit.

Selon lui, en ce moment, "l’Irak a besoin de l’ONU pour qu’il puisse avancer dans le processus politique et organiser les prochaines élections".

M. Saleh a transmis à M. Assad un message du Premier ministre irakien Iyad Allaoui portant sur "les relations syro-irakiennes et la situation en Irak", a rapporté l’agence officielle Sana.

La Syrie a émis l’espoir que le transfert du pouvoir aux Irakiens mènerait à une "souveraineté totale", dans un communiqué officiel. Le vice-président syrien Abdel Halim Khaddam a affirmé pour sa part à Damas devant une délégation tribale irakienne, que son pays coopérerait avec le gouvernement intérimaire irakien auquel le pouvoir a été transféré le 28 juin 2004, avait indiqué à l’AFP le chef de la délégation Mechaan al-Joubouri.

Agence France Presse

Commentaire

On appréciera à sa juste valeur l’hypocrisie des membres du gouvernement potiche irakien, lorsqu’ils affirment que les troupes d’occupation sont en Irak à la demande des Irakiens eux-mêmes...

En réalité, ainsi que chacun le sait fort bien, les troupes d’occupation sont en Irak à la suite d’une guerre d’invasion. Et elles demeurent en Irak par la force. Il n’a jamais été question de demander leur accord aux Irakiens.

Quant à l’affirmation selon laquelle le départ des troupes d’occupation serait "une catastrophe pour la sécurité", elle n’est pas moins contestable.

Depuis la fin de la guerre d’invasion, l’occupant, afin de "justifier" sa présence en Irak, n’a pas cessé d’affirmer que le départ des troupes d’occupation entraînerait une guerre civile entre Chiites, Kurdes et Sunnites. Ainsi, la poursuite de l’occupation était présentée comme un service rendu aux Irakiens eux-mêmes...

Il n’y a pourtant aucune raison objective de croire que le départ des troupes d’occupation se traduirait par une guerre civile. En effet, dès à présent, on constate que les Irakiens sont armés jusqu’aux dents et en mesure de s’entretuer s’ils le désirent. Or, bien au contraire, malgré tous les efforts de l’occupant pour les diviser, ils n’ont pas cessé de demeurer solidaires.

Actuellement, ce sont les troupes d’occupation, et les mercenaires civils de l’occupant qui représentent la principale cause d’insécurité en Irak.

Tout d’abord, les Américains se vantent eux-mêmes de tuer dix fois plus d’Irakiens que les résistants tuent d’Américains. Un simple "garde de sécurité" étranger s’est vanté de tuer "au moins un Irakien par jour". Il suffit qu’on affirme, aux Américains, que des résistants se dissimulent dans telle maison pour qu’ils bombardent le village ou le quartier. Chaque fois que des combats avec les résistants ont lieu, les Américains s’efforcent de faire croire que toutes les victimes innocentes ont été tuées par des balles de résistants. En réalité, les Américains n’ont jamais hésité à tirer à la mitrailleuse sur des femmes et des enfants irakiens. La vie d’un Irakien n’a absolument aucune valeur à leurs yeux. Malgré leur aspect spectaculaire, les attentats terroristes eux-mêmes font beaucoup moins de victimes innocentes que les troupes d’occupation.

Il faut également voir que les mutilés sont bien plus nombreux que les morts. Si l’occupation se poursuit, la population irakienne comptera une proportion toujours plus importante de mutilés. La plupart de ces mutilés sont dans l’incapacité de subvenir aux besoins de leur famille.

Il est vrai que les résistants, lorsqu’ils affrontent l’occupant, font, eux aussi, des victimes civiles innocentes. Mais la résistance contre l’occupation est légitime, tandis que la prétention qu’a l’occupant d’imposer sa présence ne l’est pas. En provoquant une résistance légitime, l’occupant est directement responsable des victimes innocentes dues aux actions de la résistance. Car la raison d’être des combats demeure l’occupation. La résistance n’est qu’une conséquence secondaire de l’occupation.

Le départ des troupes d’occupation ne peut qu’accroître considérablement la sécurité des civils irakiens. Les troupes d’occupation cesseront de leur tirer dessus pour un oui ou un non. Et ces civils n’essuieront plus les balles perdues de la résistance, puisque la résistance cessera avec le départ de l’occupant.

Par contre, si les troupes d’occupation demeurent en Irak, il est évident que de nombreux Irakiens continueront de se faire tuer ou mutiler chaque jour. En aucun cas la sécurité des civils innocents ne sera améliorée par la poursuite de l’occupation.

Les membres du gouvernement potiche irakien sont prêts à invoquer n’importe quel prétexte pour "justifier" la poursuite de l’occupation de l’Irak, parce que cette occupation est la condition de leur maintien au pouvoir. Pour eux, c’est toute la différence entre un fauteuil ministériel et le poteau d’exécution.

Frank BRUNNER

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