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lundi 21 août 2017
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La seconde guerre mondiale en photos 37

La campagne d’Italie (janvier-juin 1944)

Anzio, Monte Cassino et la prise de Rome


Des P-47 Thunderbolt

La situation des alliés, en Italie, au début de 1944, était décevante par rapport aux grands espoirs qui avaient suivi les débarquements de septembre 1943.

Les deux armées d’invasion -la 5ème armée américaine et la 8ème armée britannique- avaient subi de lourdes pertes et s’étaient épuisées en une série d’attaques frontales en remontant la péninsule italienne, respectivement à l’Ouest et à l’Est de la chaîne des Apennins. Leur lente progression sur toute la longueur de la péninsule commençait de ressembler dangereusement au procédé des coups de bélier utilisé par les armées alliées au cours de la première guerre mondiale.

La situation extrêmement difficile dans laquelle les Allemands s’étaient trouvés placés en septembre 1943, à la suite de la capitulation de leurs alliés italiens immédiatement suivie d’un changement de camp -à la suite également du triple débarquement anglo-américain à Reggio, Tarente et Salerne-, avait été rétablie grâce à la promptitude de leur réaction. Les troupes du maréchal Albert Kesselring, un moment déséquilibrées et surprises, avaient si bien fait face à ces multiples difficultés qu’Adolf Hitler avait bientôt pu annuler son plan initial d’un abandon de la péninsule italienne et d’un repli dans le Nord du pays, pour ordonner une défense prolongée de la péninsule.

A partir de l’automne 1943, le but maximal que les Alliés pouvaient espérer atteindre était un but négatif, celui d’immobiliser le plus grand nombre possible de divisions allemandes en Italie, loin de la Normandie où les Anglo-Américains pensaient débarquer dans le courant de l’été 1944.


Un canon antichar allemand est tracté sur une route italienne

Au début de 1944, le maréchal Kesselring disposait de 15 divisions dans la 10ème armée -sans compter 8 autres divisions au sein de la 14ème armée dans le Nord- pour défendre son front sur ce qu’on appelait la Ligne Gustav, contre la poursuite de l’offensive alliée. Bien qu’avec des effectifs diminués, et en dépit de pertes importantes, les divisions allemandes paraissaient capables de tenir tête à toute attaque directe des 18 divisions alliées qui avaient débarqué en Italie à la fin 1943.

Pour les alliés, la solution naturelle était donc d’organiser un débarquement derrière la Ligne Gustav, et cela promettait d’être d’autant plus facile que les alliés disposaient de la supériorité à la fois navale et aérienne. Si une telle opération était déclenchée en même temps qu’une nouvelle attaque sur la Ligne Gustav, elle avait toutes les chances de chasser les Allemands de cette Ligne et de leur faire perdre leur emprise sur la région située au Sud de Rome.

Un tel plan, nommé Opération Shingle, existait déjà. Winston Churchill, impatienté par la lente progression en Italie, lui a donné une nouvelle impulsion. Il a obtenu les embarcations nécessaires à la conférence de Téhéran et celle du Caire, en donnant son accord à l’Opération Anvil -le débarquement de Provence- souhaitée par les Américains, puis en demandant que la flotte de débarquement reste en Méditerranée jusqu’à cette date. Cette flotte demeurait ainsi disponible pour une opération amphibie à Anzio, juste au Sud de Rome, prévue pour janvier 1944.

Selon le plan prévu, l’offensive contre la Ligne Gustav devait être lancée aux alentours du 20 janvier 1944 par la 5ème armée américaine, après que le 14ème corps de Panzer ait été attiré hors du secteur par des attaques préliminaires sur les deux ailes de la 5ème armée. Une fois entamée l’avance principale, le 6ème corps amphibie américain débarquerait à Anzio. On espérait que les divisions de réserve allemandes seraient, à ce moment-là, en train de se précipiter vers le Sud et qu’elles devraient faire demi-tour pour s’opposer aux troupes alliées débarquées à Anzio. La 5ème armée devait alors exploiter la confusion pour percer à travers la Ligne Gustav et faire sa liaison avec les forces débarquées à Anzio. Même si la 10ème armée allemande n’était pas écrasée entre les deux forces alliées, le commandement anglo-américain espérait qu’elle serait contrainte de se replier jusque dans la région de Rome pour se réorganiser.

Des parachutistes allemands à bord d’un SdKfz. 251

Offensive alliée contre la ligne Gustav

Dans la nuit du 17 au 18 janvier 1944, l’offensive alliée a débuté par la traversée réussie du Garigliano, dans le secteur Ouest du front.

Ce succès a incité le maréchal Kesselring a dépêcher une grande partie de ses réserves dans ce secteur. Mais, le 20 janvier, l’attaque du 2ème corps d’armée américain, au centre gauche, à travers le Rapido, a été un coûteux échec. Les deux régiments de tête se sont faits massacrer. La vallée du Liri était fortement défendue, et toute attaque s’y heurtait aux défenses de Monte Cassino, dont la valeur était sous-estimée.

Le débarquement d’Anzio

Le 22 janvier 1944, lorsque le débarquement d’Anzio a eu lieu, l’offensive de la 5ème armée américaine progressait encore, mais les perspectives étaient sombres.

Le secteur d’Anzio offrait les seules plages favorables à un débarquement en arrière des lignes allemandes, à moins de se risquer à choisir un site au Nord de Rome, c’est-à-dire considérablement plus loin du front principal de la Ligne Gustav. Malgré cela, le maréchal Kesselring a été pris par surprise, car, d’un point de vue stratégique, il considérait un débarquement au Nord de Rome plus dangereux pour lui et il n’avait qu’une seule unité dans le secteur d’Anzio -un bataillon de panzergrenadier- lorsque le débarquement allié a eu lieu.

Heureusement pour le maréchal Kesselring, le chef des forces de débarquement -le général américain John P. Lucas- était extrêmement prudent et profondément pessimiste. Pour la phase du débarquement initial, les forces du général Lucas comprenaient 2 divisions d’infanterie, appuyées par des unités de commandos et de rangers, 1 régiment de parachutistes et 2 bataillons de tanks. Cette première vague de débarquement devait être suivie par 1 division blindée et 1 division d’infanterie. Ces effectifs assuraient une écrasante supériorité sur les lieux du débarquement et offraient toutes les chances d’une puissante exploitation, dont Winston Churchill espérait qu’elle atteindrait rapidement les monts Albains, au Sud de Rome, et couperait les routes stratégiques essentielles No 6 et 7, isolant ainsi la 10ème armée allemande sur la Ligne Gustav.

Débarquement américain à Anzio

Les opérations de débarquement se sont déroulées sans encombre. Les Britanniques, au Nord d’Anzio, et les Américains, au Sud de la ville, n’ont rencontré pratiquement aucune opposition. La tête de pont prévue a été établie dès le deuxième jour, mais aucune véritable tentative de pénétration n’a eu lieu avant le 30 janvier 1944, soit plus d’une semaine après le débarquement initial. Cette tentative a bientôt été arrêtée par les forces allemandes rencontrées sur place. Des renforts allemands ont été expédiés d’urgence pour cerner la tête de pont et tenter de rejeter les alliés à la mer. De plus, la tête de pont tout entière était maintenant harcelée par les tirs d’artillerie allemands, et l’aviation alliée, qui opérait depuis Naples, ne pouvait pas empêcher la Luftwaffe d’attaquer les eaux couvertes d’embarcations aux environs d’Anzio.

Des véhicules amphibies américains Dukws pris sous le tir de l’artillerie allemande, à Anzio, le 22 janvier 1944

Un howitzer américain de 240 mm à Mignano, le 30 janvier 1944

Dans la nuit du 3 février 1944, les Allemands ont lancé une contre-attaque contre la tête de pont d’Anzio. Cette contre-attaque visait le saillant créé par les Britanniques dans leur tentative de s’emparer de Campoleone. Cette contre-attaque allemande a pu être contenue.

Le 7 février 1944, une nouvelle contre-attaque allemande a été lancée contre la tête de pont d’Anzio. Elle a également été arrêtée, mais au prix de très lourdes pertes britanniques.

Un Tiger sur une route italienne, en février 1944

Monte Cassino

Loin d’être soulagées par le débarquement d’Anzio, les troupes de la 5ème armée américaine combattant contre la Ligne Gustav ont dû lancer une nouvelle offensive directe pour soulager les troupes encerclées à Anzio. Le 11 février 1944, cette offensive, menée dans le secteur de Monte Cassino, a dû être arrêtée, après avoir subie de lourdes pertes. Il a alors été décidé de bombarder le monastère situé au sommet du Monte Cassino -alors que les troupes allemandes n’y avaient pas pénétré-, ce qui fut fait le 15 février 1944. Les troupes allemandes ont alors occupé les ruines, ce qui leur a permis de renforcer leur défense. De nouvelles attaques alliées ont été repoussées au cours des jours suivants.

Bombardement de l’abbaye de Monte Cassino, le 15 février 1944

Les ruines de Cassino et de l’abbaye, après le bombardement du 15 février 1944

Un M4 Sherman méo-zélandais dans les ruines de Cassino, le 15 mars 1944

Des parachutistes allemands dans les ruines de l’abbaye de Monte Cassino

Nouvelles contre-attaques allemandes à Anzio

Le 16 février 1944, les Allemands, profitant des renforts qui leur étaient parvenus, ont lancé une grande contre-attaque contre la tête de pont d’Anzio. Cette contre-attaque a été appuyée par de fréquents raids de la Luftwaffe. Dans la soirée, une faille a été ouverte dans le secteur défendu par la 45ème division américaine. C’était une occasion que les Allemands attendaient. Le 17 février 1944, 14 bataillons d’infanterie, appuyés par des Panzer, se sont engouffrés dans la faille, pour l’élargir et atteindre la route Albano-Anzio. Pour les Allemands, la victoire était à portée de la main. Mais la quantité et la diversité des forces entassées sur cette unique route offrait une cible idéale à l’artillerie, l’aviation et la marine alliées. Malgré de lourdes pertes, les Allemands ont obligé les alliés de reculer. Le 18 février 1944, un nouvel assaut, appuyé par les Panzer, a encore progressé en direction des plages. En combattant avec l’énergie du désespoir, les troupes alliées ont réussi à tenir la dernière ligne de défense de la tête de pont. La poussée allemande a été arrêtée sur la crique de Carroceto et les assaillants épuisés ont perdu leur élan. Le 20 février 1944, les panzergrenadier ont effectué un dernier effort, mais ils ont rapidement été arrêtés.

Ulcéré par l’échec de ses troupes, Adolf Hitler a ordonné une nouvelle offensive allemande contre la tête de pont d’Anzio. Cette offensive a débuté le 28 février 1944, mais elle a été arrêtée sans difficulté par les Américains. Au bout de trois jours, lorsque le ciel s’est dégagé, l’aviation alliée a pulvérisé les assaillants.

Le 4 mars 1944, les Allemands ont été contraints d’arrêter leur attaque, à cause des lourdes pertes qu’ils avaient subies. 5 divisions ont été laissées pour assurer l’encerclement de la tête de pont, tandis que les autres étaient envoyées au repos.

La chute de Monte Cassino

Les Alliés ont lancé une nouvelle attaque contre Monte Cassino. Afin de paralyser les troupes allemandes de la ville, un bombardement, par l’artillerie et l’aviation 190000 obus et 1000 tonnes de bombes-, a été effectué le 15 mars 1944. Une division néo-zélandaise devait avancer à travers la ville, tandis qu’une division indienne devait donner l’assaut à la colline du monastère. L’amoncellement des ruines a empêché les tanks alliés de passer et les Allemands ont fini par repousser cette offensive comme les précédentes. Le 23 mars, elle était interrompue.

Une mitrailleuse MG 42 dans les ruines de Monte Cassino, le 1er avril 1944

Le 11 mai 1944, à 23h00, les alliés ont déclenché une nouvelle offensive contre la Ligne Gustav. Après un massif bombardement d’artillerie, l’infanterie s’est mise à avancer. Pendant trois jours, les progrès ont été très réduits. Les Polonais ont subi de lourdes pertes pendant l’assaut de Monte Cassino. Par contre, les 4 divisions françaises du général Juin ont progressé relativement vite à travers la région montagneuse qui s’étend au-delà du Garigliano, ne rencontrant qu’une seule division allemande.

Le 14 mai, les Français ont fait irruption dans la vallée de l’Ausente et les Allemands ont commencé à se replier en toute hâte devant leur avance. Le général Juin a saisi l’occasion pour envoyer une partie de ses troupes s’emparer de la Ligne Hitler, dans la vallée du Liri, avant qu’elle ait pu être renforcée. Le repli allemand a permis aux Américains d’accélérer leur progression sur la route côtière.

Dans le secteur de Monte Cassino, les Allemands ont résisté encore plusieurs jours. Mais, dans la nuit du 17 mai 1944, ils se sont enfin repliés et, le lendemain matin, les Polonais ont fait leur entrée dans les ruines du monastère, après plusieurs tentatives qui leur avaient coûtées près de 4000 hommes.

Le drapeau polonais à Monte Cassino, le 18 mai 1944

Percée alliée à Anzio

Comme la plupart des réserves allemandes avaient été attirées vers le Sud, le moment était venu, pour les alliés, de tenter une percée depuis la tête de pont d’Anzio, qui avait reçu des renforts. Une avance forte et rapide jusqu’à Valmontone pouvait couper la route No 6 et isoler une grande partie de la 10ème armée allemande qui défendait, jusqu’alors, la Ligne Gustav. Rome tomberait ensuite comme un fruit mur.

Mais les chances de réussite ont été compromises par le général américain Mark Clark, qui voulait que sa 5ème armée soit la première à pénétrer dans Rome. La jonction, entre les troupes progressant le long de la route côtière et celles sorties de la tête de pont d’Anzio, s’est faite le 25 mai 1944, à Cori, juste au-delà de la route No 7, mais bien en-deçà de la route No 6. Mais le général Mark Clark a alors décidé d’envoyer 4 divisions foncer directement sur Rome, et il n’en a laissé qu’une seule pour continuer sur Valmontone. Cette unique division américaine a été arrêtée, à 5 kilomètres de la route No 6, par 3 divisions allemandes en retraite qu’elle n’était pas de taille à intercepter, malgré le harcèlement auquel se livrait l’aviation alliée. Quant aux 4 divisions envoyées sur Rome, elles ont été ralenties par la résistance des Allemands au Sud de cette ville.

Mark Wayne Clark

Le 30 mai 1944, les Américains ont réussi à s’emparer de Velletri, sur la route No 7, et à percer la Ligne César. La 5ème armée américaine a alors déclenché une offensive générale. Sous la pression de 11 divisions alliées, l’arrière-garde allemande qui défendait les approches de Rome a dû céder le terrain et, le 4 juin 1944, les Américains sont entrés dans la ville.

Des troupes alliées à Rome, en juin 1944

Suite dans La campagne d’Italie (juin-décembre 1944)

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source