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Le Monde, 19 juin 2012

Egypte : Les militaires veulent imposer un nouveau calendrier de transition

par Claire TALON


Des soldats devant le siège de la Cour constitutionnelle, au Caire, le 14 juin 2012

Suspendus à leurs radios et à leurs écrans de télévision, les Egyptiens ont passé la journée du lundi 18 juin 2012 dans l’attente des résultats définitifs du second tour de l’élection présidentielle, qui s’est achevée la veille. Dans la confusion générale, les équipes des deux candidats en lice, celle du Frère musulman Mohamed Morsi et celle d’Ahmed Chafik, ancien ministre du président déchu Hosni Moubarak, officieusement soutenu par l’armée, ont revendiqué chacune la victoire et continuent de s’accuser de fraude.


Egypte

Selon les Frères musulmans, dont les observateurs ont quadrillé le pays et exercé une surveillance scrupuleuse des bureaux de vote, Mohamed Morsi l’emporterait avec 52 % des voix, soit une avance de 900000 voix sur son rival. Cette victoire est confirmée par la plupart des médias, dont la chaîne qatarie Al-Jazira, qui attribuent aux Frères musulmans environ 12,5 millions de voix et gratifient Ahmed Chafik de 48 % des suffrages. Ce dernier accuse cependant les islamistes d’avoir falsifié les résultats et revendique un score de 52 %. La Haute Commission électorale, encore occupée à terminer le décompte et à examiner les dizaines de plaintes déposées par les deux parties, n’annoncera le résultat officiel que jeudi 21 juin 2012. En attendant, elle a fait état de plusieurs cas de fraudes : 1200 bulletins précochés en faveur de Mohamed Morsi provenant directement d’imprimeries auraient été découverts dans plusieurs gouvernorats par des juges pensant ouvrir des paquets de bulletins vierges. Des employés de ces imprimeries ont été arrêtés dans le cadre de l’enquête, ainsi que plusieurs individus qui auraient distribué 50000 stylos à encre délébile à l’entrée des bureaux de vote. Les organisations non gouvernementales qui ont observé le scrutin dénoncent des fraudes des deux côtés.

Des manifestants, au Caire, le 14 juin 2012

Avec un taux de participation officiel de 35 %, les Egyptiens ont massivement manifesté leur déception vis-à-vis de ce scrutin, dont le premier tour avait mobilisé 47 % des électeurs. La dissolution du Parlement par le Conseil suprême des forces armées (CSFA), à la veille du vote, a semé la consternation et a prouvé la volonté des militaires de maintenir leur contrôle sur la gestion des affaires politiques, par-delà tout processus électoral. Dans l’attente de l’élection d’une nouvelle chambre, ces derniers se sont en effet arrogé les pouvoirs législatifs et budgétaires avant d’émettre, les premières urnes à peine dépouillées, une déclaration constitutionnelle qui soumet le futur président à l’autorité du Conseil suprême des forces armées et le prive de tout contrôle sur les affaires militaires. "Qu’il le veuille ou non, le président sortant n’occupera sa fonction que pour une courte période, a déclaré sans ambages le juriste Sameh Ashour, conseiller du Conseil suprême des forces armées. Tout simplement parce qu’une nouvelle Constitution va être rédigée, puis un nouveau Parlement élu, et il est totalement impossible que le chef de l’Etat reste en poste après l’entrée en vigueur d’une nouvelle Constitution." Si le nouveau calendrier décidé par le Conseil militaire est respecté, c’est tout le processus de transition qui devra recommencer, à l’envers et au pas de charge, contrariant ainsi le plan établi par les Frères musulmans au lendemain de la révolution. Ceux-ci verraient en effet la Constitution -rédigée désormais avant toute chose et sous supervision militaire- leur échapper. Placides, les généraux égyptiens soutiennent avoir l’intention de céder le pouvoir à ce président fantoche "avant la fin du mois de juin". Mais les Frères, forts de leur succès officieux à l’élection présidentielle, protestent désormais avec véhémence contre la dissolution "anticonstitutionnelle" du Parlement, qu’ils dominaient, et appellent leurs partisans à manifester par millions contre ce qu’ils qualifient de "coup d’Etat déguisé".

Claire TALON

Des manifestants, au Caire, le 15 juin 2012

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