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samedi 19 août 2017
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IPS, Infosud, 29 juin 2012

La corruption enflamme les élections législatives en Papouasie-Nouvelle-Guinée

par Catherine WILSON et Fabrice PRAZ


Vue de Port Moresby

Fin mai 2012, 3000 personnes envahissent les rues de Port Moresby, la capitale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée –un record. Politiciens, citoyens, entrepreneurs et journalistes sont tous là pour dénoncer la corruption qui ronge le pays. « C’est une véritable maladie qui nous affecte tous. A part donner de la voix, nous n’avons pas d’autre option », fulmine Augustine Hala, à la tête d’un groupe de jeunes. « Deux systèmes de règles régissent le pays, un pour nous et un pour ceux qui détiennent le pouvoir. » En plein milieu du parc Jack Pidik, Dame Carol Kidu, seule femme députée et leader de l’opposition, harangue la foule : « Ces élections sont l’occasion de décider de notre futur. Nous devons faire cesser la corruption avant qu’elle ne détruise l’avenir de nos enfants. » Si la manifestation est restée calme, le pays risque bien de s’embraser dans les jours à venir. Près de 7 millions de personnes sont attendues dans les bureaux de vote dès samedi 30 juin 2012, pour élire le parlement papou. Une élection périlleuse, car l’histoire politique de la monarchie est marquée par les troubles. Et celle-là ne devrait pas y échapper. Coup d’Etat, arrestations…


Papouasie-Nouvelle-Guinée

Depuis le début de 2012, deux hommes se disputent le pouvoir : l’ancien premier ministre, Michael Somare, conteste la légitimité du gouvernement actuel mené par Peter O’Neill. Les places dans l’hémicycle sont chères : 3435 candidats se battent pour les 109 sièges, du jamais vu depuis l’indépendance, en 1975. Les enjeux sont énormes, selon Ray Anere, du Centre national de recherche : « Dans un pays où il y a très peu de moyens d’obtenir de la richesse, l’Etat est perçu comme une source d’argent. » La Papouasie-Nouvelle-Guinée n’est pas pauvre. Son sol regorge de matières premières : cuivre, or, hydrocarbures, bois... Une manne siphonnée par des années de népotisme. Selon les statistiques officielles, près de 470 millions de dollars de fonds publics sont détournés chaque année. Alors même que 37 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Selon le dernier rapport de Transparency International, le pays fait partie des Etats les plus corrompus au monde, en pointant à la 154e place sur 180. En août, le gouvernement a lancé une unité de choc, l’Investigation Task Force Sweep, pour lutter contre ce fléau « institutionnalisé ». Après des mois à passer au peigne fin les différents départements d’Etat, des dizaines de ministres, députés et autres hommes d’affaires ont été arrêtés. « Les personnes impliquées dans la kyrielle de cas de corruption sont toujours étroitement liées au gouver­nement », constate Lawrence Stephens, directeur de l’antenne papoue de Transparency International. Le 12 juin, le quotidien en ligne, Post-Courier, a révélé que des groupes politiques aux poches bien remplies des Highlands, la région la plus peuplée du pays, ont débarqué dans la capitale avec des liasses de billets pour corrompre les forces de sécurité et acheter des uniformes de policiers et de militaires. Le chef adjoint de la police a quant à lui exhorté ses troupes de ne pas encaisser de pots-de-vin de candidats. « La tenue d’élections crédibles est essentielle et d’autant plus cruciale après l’incertitude politique de ces derniers mois », prévient Edward Natapei, ancien premier ministre du Vanuatu et à la tête d’un groupe d’observateurs. Un souhait bien compromis : les violences n’ont pas attendu ce week-end. Des dizaines de personnes ont été tuées, ces dernières semaines, en lien avec l’élection. Les armées australiennes et néo-zélandaises ont été appelées en renfort par le gouvernement papou. Au total, près de 250 militaires ont été détachés sur place. Pour le chef adjoint de la police, Port Moresby devrait échapper aux violences, mais dans les High­lands, des affrontements sont plus que probables. Lors des élections législatives de 2002, la plus sanglante de l’histoire du pays, une centaine de personnes avaient été tuées dans cette zone.

Catherine WILSON et Fabrice PRAZ

Manifestation contre la corruption, à Port Moresby, le 27 mai 2012

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