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lundi 27 février 2017
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Swissinfo, 30 juin 2012

Informations internationales : Le CICR s’adapte à la nature changeante des conflits

Reportage photo

par Victoria MORGAN


Une bataille oppose à Solférino (nord de l’Italie) l’armée franco-sarde de Napoléon III aux troupes autrichiennes de l’empereur François-Joseph. L’action du Suisse Henry Dunant en faveur des soldats blessés des deux camps marque le début du mouvement de la Croix-Rouge. (Carlo Bossoli, 1815-1884)

Après douze ans passés à la tête du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Jakob Kellenberger laisse une organisation plus active et disposant de davantage de moyens financiers, mais aussi plus vulnérable dans les zones de conflits d’aujourd’hui.


Jakob Kellenberger

Venu de la diplomatie suisse, Jakob Kellenberger avait pris la tête du Comité international de la Croix-Rouge à un moment marqué par des flambées de violence, en particulier dans la Corne de l’Afrique. En 2000, le budget de l’organisation atteignait 1 milliard de francs, en hausse de 30 % par rapport à l’année précédente. Depuis lors, sous l’ère Kellenberger, le budget s’est toujours maintenu à un haut niveau, malgré quelques baisses passagères. « Le budget est aujourd’hui environ 40 % plus élevé que dans les années 1990. Cela reflète l’augmentation du travail humanitaire assumé par notre organisation depuis cette époque », a déclaré Jakob Kellenberger lors de sa conférence de presse finale. Mesurer l’aide humanitaire n’est pas simple, mais un coup d’œil sur les rapports annuels du Comité international de la Croix-Rouge apporte des éléments de réponse. En 2002, 400460 personnes avaient reçu un soutien de l’organisation. En 2011, ce chiffre était passé à 703807. En 2002, le Comité international de la Croix-Rouge avait visité 448063 détenus, contre 540828 en 2011. Durant le même laps de temps, le nombre d’opérations chirurgicales est passé de 90361 à 138200.

Guerre de Sécession (1861-1865) 1863-1864 : Dans la foulée de la création du Comité international, une conférence adopte à Genève le symbole de la croix rouge sur un fond blanc (l’inverse du drapeau suisse) comme emblème protecteur. Douze Etats adoptent une première convention de Genève protégeant les soldats ennemis blessés ainsi que ceux qui s’en occupent. (CICR)

Durant cette période, l’organisation a dû constater un net recul du respect envers les symboles de neutralité de la Croix-Rouge et des Nations Unies. Dans bon nombre de conflits actuels, les travailleurs humanitaires doivent de plus en plus traiter avec des groupes engagés dans des conflits internes et qui ne se plient pas aux règles établies par la communauté internationale. « Je n’ai jamais considéré que l’emblème de la Croix-Rouge était la principale protection pour nos missions, a déclaré Jakob Kellenberger à swissinfo.ch. C’est important, mais la principale protection consiste à vous assurer que votre travail et vos activités sont respectés. En tout cas, la politique du Comité international de la Croix-Rouge, de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge (FIRC) ainsi que des sociétés nationales de la Croix-Rouge est de répéter sans relâche que les Conventions de Genève doivent être respectées. »

Le Croissant-Rouge sur un timbre turc de 1929 1876 : Le Croissant-Rouge est adopté par l’Empire ottoman au cours de la guerre contre la Russie. Il sera reconnu dans la Convention de Genève de 1929

Concernant le travail effectué sur le terrain, le Comité international de la Croix-Rouge est surtout connu pour ses visites dans les prisons et ses traitements médicaux. Ce genre d’aide est apportée par des « délégués » qui informent en détails le quartier-général de Genève de ce qu’ils ont vu sur place. Des rapports datant de la Première Guerre mondiale parlent de délégués du Comité international de la Croix-Rouge mesurant les cellules des prisonniers et goûtant leur nourriture. Aujourd’hui professeur de développement économique à l’Institut de hautes études internationales de Genève, Gilles Carbonnier a été délégué du Comité international de la Croix-Rouge en Irak, en Equateur, au Sri Lanka et en Ethiopie. Son activité remonte aux années 1989 à 1991, mais aujourd’hui encore, il ne peut pas relater en détails les faits dont il a été le témoin. En effet, les informations que les travailleurs de terrain amassent doivent rester secrètes. « J’avais le sentiment de faire un travail utile, témoigne-t-il. Bien sûr, il y avait aussi parfois de la frustration, par exemple lorsque l’on ne peut pas accéder à des personnes qui ont besoin d’aide. Mais les succès, lorsque vous réussissez à aller pour la première fois quelque part, contribuent à dépasser ces frustrations. » Selon l’ancien délégué, le succès du Comité international de la Croix-Rouge sur le terrain ne vient pas de sa neutralité, mais de son efficacité.

Henry Dunant (1828-1910) 1901 : Henry Dunant reçoit le premier prix Nobel de la paix. Le Genevois mourra en 1910 à Heiden (Appenzell Rhodes-Extérieures). Il y a vécu, dans la pauvreté, les dix-huit dernières années de sa vie

Si les méthodes de travail du Comité international de la Croix-Rouge évoluent, lentement, sur le terrain, la politique de discrétion, elle, demeure. L’organisation veut éviter que son personnel ne devienne la cible des combattants. Or ce pourrait être le cas si des délégués finissaient par témoigner devant un tribunal. Le silence est le prix que le Comité international de la Croix-Rouge doit souvent payer pour avoir le droit d’accéder aux victimes, bien que Jakob Kellenberger souligne qu’« il y a une grosse différence entre être sur le terrain et faire quelque chose, et parler et organiser des débats ». Ce dernier rejette vigoureusement l’idée selon laquelle le Comité international de la Croix-Rouge pourrait en venir à des compromis s’agissant de son travail en échange de l’accès aux pays. « Nous ne dérogeons pas à nos principes lorsque nous sommes sur le terrain, dit-il. Oui, nous sommes en Syrie, mais nous n’avons pas de gardes armés. Nous effectuons nos tournées d’inspection avec le Croissant-Rouge syrien, sans escorte. Nous demandons que les visites aux prisonniers se passent conformément aux règles que nous avons établies partout. Sinon, elles n’ont pas lieu. » Mais le Comité international de la Croix-Rouge a beau être souvent la seule organisation internationale présente, comme c’est le cas en Syrie, cela ne veut pas dire que ses délégués voient ce qu’ils aimeraient voir, ni qu’ils aimeront ce qu’ils ont vu. « J’ai vu trop de situations où des civils étaient pris pour cibles en raison d’un manque d’efforts pour faire la distinction entre civils et combattants. C’est un problème très répandu », a déclaré Jakob Kellenberger dans ce qui était certainement la partie la plus émouvante de son discours d’adieu.

1914-1918 : prisonniers allemands Durant le premier conflit mondial, la Croix-Rouge renforce son action de protection et de recensement des prisonniers de guerre. Elle développe les services de distribution de colis de secours et de messages destinés aux civils isolés derrière les lignes ennemies

D’une certaine manière, ce problème n’est pas nouveau pour le Comité international de la Croix-Rouge. L’organisation a toujours tenté d’apporter davantage de protection aux victimes qui n’étaient pas impliquées dans les combats. Mais au cours des deux dernières décennies, le Comité international de la Croix-Rouge a aussi été engagé dans d’autres domaines complexes de l’aide humanitaire. Marie-Servane Desjonquères est porte-parole pour l’Afrique sub-saharienne. Sur une carte, elle montre avec enthousiasme les zones du Congo où le Comité international de la Croix-Rouge a fait pousser des plants de manioc résistants aux parasites. L’idée était de donner aux habitants de la région de Likouala les moyens de produire leur propre nourriture. En 2009, des réfugiés se sont installés dans la région pour fuir les combats. Mais les nouveaux arrivants se sont heurtés à la population locale, parce que les stocks de nourriture n’étaient pas extensibles et qu’un parasite ravageait le manioc indigène. « Dans de telles situations, vous ne pouvez pas simplement arriver avec vos sacs de riz et appeler ça une solution », déclare la porte-parole. Le Comité international de la Croix-Rouge a donc acheté et distribué des plants de manioc résistants ainsi que du matériel de pêche, afin d’essayer de développer une certaine stabilité dans l’approvisionnement alimentaire. Au terme du programme, en 2011, le Comité international de la Croix-Rouge a estimé que 100000 personnes avaient pu en bénéficier.

Les Australiens se préparent à une attaque au gaz près de Ypres (1917) En février 1918, le CICR lance un appel demandant aux belligérants de cesser d’utiliser des gaz toxiques. Cette arme, qui aurait tué environ 100’000 personnes durant le conflit, sera interdite par le Protocole de Genève de 1925

Après douze ans à la tête du Comité international de la Croix-Rouge, Jakob Kellenberger a-t-il des regrets au moment de passer le relais à un autre diplomate suisse, Peter Maurer ? « Je quitte une organisation qui est sur les bons rails, avec un budget solide et un bon successeur », répond-t-il. Et qu’en est-il des défis les plus urgents pour Peter Maurer ? « Ah, il les connaît… »

Victoria MORGAN

1921 : Famine en Russie La Croix-Rouge mobilise la communauté internationale pour tenter de sauver 32 millions de personnes affamées en Russie, Ukraine et Géorgie

La Seconde Guerre mondiale et ses camps de concentration 1939-1945 : Dans ce conflit marqué par la volonté du régime nazi d’anéantir les Juifs, le nombre de victimes civiles dépasse pour la première fois celui des soldats. Si le CICR parvient à développer la protection des prisonniers de guerre, son action en faveur des civils détenus dans les camps de concentration nazis sera très limitée, voire inexistante

Première utilisation de la bombre atomique Comme la presse internationale, la Croix-Rouge ne saisira pas immédiatement l’ampleur du martyre subi par les villes japonaises balayées par des bombes atomiques américaines. Le 8 septembre 1945, plus d’un mois après la destruction d’Hiroshima, le délégué du CICR Marcel Junod est le premier médecin étranger à se rendre sur place

Prisonniers lors du conflit du Yémen, 1964 En 1949, une conférence adopte à Genève quatre conventions qui renforcent de manière significative le droit international. Principale avancée, la quatrième convention qui s’applique aux civils. Les quatre textes contiennent un article commun ayant trait à la protection des victimes de conflits armés non internationaux

Attaque américaine contre un camp du Vietcong 1960 : Début d’une décennie qui voit la multiplication des sociétés de Croix-Rouge dans la foulée de l’indépendance des anciennes colonies en Afrique et en Asie. Il y a actuellement 186 Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge à travers le monde

La guerre du Biafra émeut le monde 1967-1970 : La guerre civile au Biafra (Nigeria) provoque une catastrophe humanitaire. Le caractère interne du conflit et le refus du gouvernement du Nigeria paralysent l’action de la Croix-Rouge. Ce blocage est l’élément déclencheur de la création de l’ONG Médecins sans frontières, sous l’impulsion du Français Bernard Kouchner

Les drames de l’Afrique Dans les années 1980, de nombreux conflits en Afrique provoquent des centaines de milliers de déplacés internes, comme ici en Ouganda, où un homme écrit un message Croix-Rouge à sa famille

Le génocide rwandais La communauté internationale est incapable d’empêcher le génocide au Rwanda, qui cause la mort de 500’000 à un million de personnes d’avril à juillet 1994. Le CICR restera présent dans le pays tout au long de ces mois de massacres

Un nouvel emblème 2007 voit l’entrée en vigueur du Cristal-Rouge, l’emblème subsidiaire de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Adopté sous l’impulsion de la Suisse, il permet l’entrée des secours israéliens et palestiniens dans le mouvement

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source