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mercredi 23 août 2017
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Kenya : Du cinéma pour changer un bidonville

par Marc-André BOISVERT


Un vendeur de fruits et légumes dans le bidonville de Kibera, le 30 avril 2012

À l’ombre de Nairobi, une école de cinéma permet aux jeunes de sortir de la rue. Ici, les cinéastes en herbe ne veulent pas être la nouvelle sensation de YouTube : ils veulent changer leur bidonville.


Kenya

Kibera n’est qu’à cinq kilomètres des gratte-ciel du quartier des affaires de Nairobi. Mais, quand on entre dans le plus grand bidonville d’Afrique, on se sent bien loin des hôtels de luxe du centre-ville. Pas d’électricité, pas d’eau courante, pas d’égouts. Aida Achieng, âgée de 28 ans, connaît bien Kibera. Toute sa vie, elle a parcouru son dédale boueux. Maintenant, c’est avec une caméra numérique qu’elle revisite son quartier. « Beaucoup de jeunes sont condamnés à la prostitution ou au crime, ici. Moi, j’ai trouvé un nouveau départ grâce à l’école », énonce calmement la mère qui élève ses enfants seule, discrète sur son passé.

Un cybercafé dans le bidonville de Kibera, le 20 juin 2012

L’école, c’est la Kibera Film School, fondée, en 2009, par un cinéaste américain, Nathan Collet, venu y tourner le court métrage Kibera Kid. Se liant avec le quartier, il récidive avec un long métrage, mobilisant les habitants comme acteurs, scénaristes et techniciens. De fil en aiguille, l’école a été créée, et permet aux jeunes d’apprendre les métiers de l’audiovisuel. Elle compte maintenant une quarantaine de diplômés. Il n’y a pas de statistiques sur le chômage, mais les occasions d’emploi sont rares à Kibera. Pas pour les élèves de cette école, devenue la plus réputée du Kenya. Plusieurs productions étrangères, qui jadis importaient des techniciens, y recrutent directement des diplômés. C’est un incubateur où se multiplient les projets : la chaine de télé communautaire Kibera TV, le Slum Film Festival, plusieurs courts et longs métrages primés dans différents festivals internationaux. Vincent Oduor y a appris le métier d’ingénieur du son. « Ma vie a complètement changé. J’y ai trouvé une carrière. Pas un job. Maintenant, j’ai quelque chose à faire au quotidien », raconte le jeune homme. Plusieurs musiciens de la relève kényane se tournent vers lui pour produire leur album. Aida, qui a commencé comme costumière sur le plateau de Kibera Kid, réalise ses propres films et gère les projets de l’école. « Mon père, après la remise des diplômes, était impressionné. Il a dit : « C’est une lumière au bout du tunnel. » »

Un tournage de la Kibera Film School

Mais ce ne sont pas que les élèves qui profitent de l’école du cinéma. En décembre 2007, les violences communautaires postélectorales ont fait plus d’un millier de morts au Kenya. Kibera n’a pas été épargné. C’est dans ce contexte qu’est né le long métrage Togetherness Supreme, relatant les atrocités commises à Kibera. L’idée : mobiliser la communauté pour créer un film qui réfléchirait sur ces événements. Maxwell Kerote y joue un petit rôle. Assis sur le sol avec deux amis, sans emploi, il passe le temps comme il peut. « Je suis fier d’avoir joué dans ce film. Ça a apporté du changement, parce que les gens ont vu ce qui est arrivé et ce qui était mal. Ça a ouvert les yeux. » Son ami Arthur est tout aussi positif. « Il faut le montrer à tous. Les prochaines élections sont l’année prochaine. Il ne faut pas oublier la douleur. » Partout au Kenya, les étudiants projettent le film et animent des discussions pour crever l’abcès. « On veut changer les choses. Et le cinéma est notre arme », conclut Aida.

Marc-André BOISVERT

Un cours de photo à la Kibera Film School

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