retour article original

samedi 24 juin 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Afrique Algérie
AFP, 13 juillet 2004

Algérie : La liberté de la presse évoquée par Michel Barnier

Suivi d’un commentaire


Scène de rue à Constantine

Le ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier, en visite officielle à Alger, a déclaré, mardi 13 juillet 2004, avoir évoqué avec les autorités algériennes la question de la liberté de la presse en Algérie, où plusieurs journalistes ont été récemment incarcérés.

Algérie


"Nous avons évoqué cette question avec les autorités algériennes", a indiqué le chef de la diplomatie française, en réponse à une question d’un journaliste du quotidien d’opposition Le Matin, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue algérien, Abdelaziz Belkhadem. "La France est attachée au pluralisme de la presse, à la liberté de la presse, partout dans le monde. Je connais encore mal votre pays. J’ai compris que la presse y était ici très diverse et libre, aussi bien en langue arabe que française. C’est important pour l’image de l’Algérie", a-t-il souligné.

Michel Barnier

L’organisation Reporters sans frontières (RSF) avait demandé au ministre des Affaires étrangères "de plaider auprès des autorités algériennes en faveur de la liberté de la presse" en Algérie. RSF avait expliqué vouloir attirer l’attention de M. Barnier "sur la très sérieuse dégradation de la situation de la liberté de la presse dans ce pays".

Abdelaziz Belkhadem

Une polémique oppose actuellement les autorités à une partie de la presse algérienne après des poursuites en justice ou l’emprisonnement récent de plusieurs journalistes, dont le directeur du Matin, Mohamed Benchicou, et Hafnaoui Ghoul, correspondant du journal El-Youm à Djelfa, emprisonné depuis le 24 mai. M. Benchicou a été condamné le 14 juin à deux ans de prison pour infraction à la réglementation des changes, une affaire que Le Matin estime avoir été "fabriquée" pour le punir de son ton acerbe envers le régime. Le ministre algérien de la Justice, Tayeb Belaïz, a pour sa part affirmé, démentant certains articles parus, que ces condamnations n’étaient pas en relation avec les écrits ou les opinions des journalistes.

Mohamed Benchicou

Les autorités ont, par ailleurs, décidé sans explication, le "gel provisoire" des activités de la chaîne de télévision arabe Al-Jazira à Alger.

Agence France Presse

Vue d’Oran

Commentaire

J’avoue que je ne porte point à la liberté de la presse cet amour complet et instantané qu’on accorde aux choses souverainement bonnes de leur nature. Je l’aime par la considération des maux qu’elle empêche bien plus que pour les biens qu’elle fait.

Si quelqu’un me montrait, entre l’indépendance complète et l’asservissement entier de la presse, une position intermédiaire où je puisse me tenir, je m’y établirais peut-être ; mais qui découvrira cette position intermédiaire ?

Vous partez de la licence de la presse, et vous marchez dans l’ordre : que faites-vous ? Vous soumettez d’abord les écrivains aux jurés ; mais les jurés acquittent, et ce qui n’était que l’opinion d’un homme isolé devient l’opinion du pays. Vous avez donc fait trop et trop peu ; il faut encore marcher.

Vous livrez les auteurs à des magistrats permanents ; mais les juges sont obligés d’entendre avant que de condamner ; ce qu’on eût craint d’avouer dans le livre, on le proclame impunément dans le plaidoyer ; ce qu’on eût dit obscurément dans un récit se trouve ainsi répété dans mille autres. L’expression est la forme extérieure et, si je puis m’exprimer ainsi, le corps de la pensée, mais elle n’est pas la pensée elle-même. Vos tribunaux arrêtent le corps, mais l’âme leur échappe et glisse subtilement entre leurs mains. Vous avez donc fait trop et trop peu ; il faut continuer à marcher.

Paysage du Hoggar

Vous abandonnez enfin les écrivains à des censeurs ; fort bien ! Nous approchons. Mais la tribune politique n’est-elle pas libre ? Vous n’avez donc rien fait ; je me trompe, vous avez accru le mal. Prendriez-vous, par hasard, la pensée pour une de ces puissances matérielles qui s’accroissent par le nombre de leurs agents ? Compterez-vous les écrivains comme les soldats d’une armée ? Au rebours de toutes les puissances matérielles, le pouvoir de la pensée s’augmente souvent par le petit nombre même de ceux qui l’expriment. La parole d’un homme puissant, qui pénètre seule au milieu des passions d’une assemblée muette, a plus de pouvoir que les cris confus de mille orateurs ; et, pour peu qu’on puisse parler librement dans un seul lieu public, c’est comme si on parlait publiquement dans chaque village.

Il vous faut donc détruire la liberté de parler comme celle d’écrire ; cette fois, vous voici dans le port : chacun se tait. Mais où êtes-vous arrivé ?

Vous étiez parti des abus de la liberté et je vous retrouve sous les pieds d’un despote. Vous avez été de l’extrême indépendance à l’extrême servitude, sans rencontrer, sur un si long espace, un seul lieu où vous puissiez vous poser.

Alexis de TOCQUEVILLE

Alexis de Tocqueville

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source