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Reuters, 12 août 2012

Côte d’Ivoire : Les pro-Gbagbo dénoncent une justice de vainqueur

par Gérard BON et Yves CLARISSE


Des soldats de l’ONU gardent le camp de déplacés de Niambly, à Duékoué, après une attaque de soldats ivoiriens, le 22 juillet 2012

Les proches de Laurent Gbagbo dénoncent une justice à deux vitesses à la veille du débat devant la Cour pénale internationale (CPI) sur l’état de santé de l’ancien président ivoirien. L’audience de confirmation des charges visant Laurent Gbagbo, qui devait avoir lieu le 13 août 2012, a été reportée à une date ultérieure pour permettre une évaluation médicale de son aptitude à comparaître.


Côte d’Ivoire

La Commission nationale d’enquête (CNE) sur les violences post-électorales en Côte d’Ivoire a remis, le 8 août 2012, son rapport à Alassane Ouattara. Le rapport, qui fait état de 3248 morts, attribue la majorité des tueries aux fidèles de Laurent Gbabgo mais pointe aussi du doigt les crimes des pro-Ouattara. Les forces acquises à l’ancien président sont désignées comme responsables de la mort de 1452 personnes dont 1009 sommairement exécutées. Les Forces républicaines (FRCI), combattant alors pour Alassane Ouattara, sont accusées, de leur côté, d’avoir provoqué la mort de 727 personnes. Le 29 mars 2011, un millier de personnes ont été tuées à Duékoué, lors d’un assaut mené par les forces pro-Ouattara, selon l’ONUCI, la mission des Nations Unies sur place. Le 20 juillet 2012, l’attaque d’un camp de réfugiés Wê du quartier Niably, situé à l’entrée de Duékoué, par 300 jeunes appuyés par les mêmes forces, a fait au moins 13 morts.

Laurent Gbagbo

Des ressortissants franco-ivoiriens originaires de Duékoué, réunis au sein de l’association Ardefe, demandent à la France de saisir la Cour pénale internationale pour qu’elle enquête sur les crimes qui continuent d’être commis dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Une plainte pour crimes de guerre a été déposée, fin juillet 2012, à Paris, contre Alassane Ouattara et l’ex-Premier ministre, Guillaume Soro, élu à la présidence du nouveau Parlement. "Notre but est de faire en sorte que les massacres s’arrêtent et que la France saisisse la Cour pénale internationale pour enquêter sur les crimes commis par les deux bords. Si la justice est hémiplégique, le pays ne pourra pas se reconstruire", avait déclaré Basile Besnard, avocat de l’Ardefe, lors d’une conférence de presse. L’ancien président, Laurent Gbagbo, qui a été remis à la Cour pénale internationale en novembre 2011, est soupçonné de crimes contre l’humanité qui auraient été commis au cours des quatre mois de guerre civile qui ont conduit à sa chute, en avril 2011. En outre, 176 membres du camp Gbagbo ont été mis en examen pour les violences post-électorales commises à partir de novembre 2010. Mais aucun partisan de l’actuel président, Alassane Ouattara, n’a été arrêté, a relevé le Haut commissariat de l’ONU pour les droits de l’homme, fin juillet 2012. "C’est une justice des vainqueurs. Les juges d’Alassane Ouattara ne poursuivent que les pro-Gbagbo. Ouattara n’a pas le même sens de la justice et de l’équité", dit à Reuters Toussaint Alain, l’ancien conseiller de Laurent Gbagbo. "Il est dans une dynamique de vengeance et non de réconciliation. Il se complaît dans l’impunité des ex-combattants qui l’ont soutenu durant la guerre. Ils continuent de commettre des massacres. Pourquoi la Cour pénale internationale ne met-elle pas Ouattara devant ses responsabilités ?", ajoute-t-il. Toussaint Alain reproche également à François Hollande de suivre la ligne fixée par son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, en soutenant aveuglément le camp Ouattara. "La collusion entre les autorités françaises et le gouvernement d’Alassane Ouattara doit cesser. Toute aide à ce régime doit être conditionnée au respect des droits de l’homme. François Hollande a promis le changement. Cela doit aussi concerner sa politique internationale, notamment avec la Côte d’Ivoire", dit-il.

Un soldat de l’ONU garde le camp de déplacés de Niambly, à Duékoué, après une attaque de soldats ivoiriens, le 22 juillet 2012

Sur France 24, Pascal Turlan, conseiller du procureur de la Cour pénale internationale, a récemment rejeté les accusations d’une justice à deux vitesses, affirmant que "parmi les allégations de crimes, certains incombent au camp Gbagbo, d’autres au camp Ouattara". Il a expliqué que la Cour pénale internationale avait décidé de procéder par étapes successives pour ses enquêtes, se penchant d’abord sur le camp Gbagbo, avant d’enquêter sur les crimes perpétrés par les forces pro-Ouattara.

Gérard BON et Yves CLARISSE

Des déplacés à Duékoué, le 22 juillet 2012

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