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15 août 2012

Histoire : Discours contre la peine de mort dans l’Antiquité

par THUCYDIDE


Combat de hoplites

Vers 430 av. J-C, Thucydide a écrit l’« Histoire de la guerre du Péloponèse ». Cette guerre a opposé deux ligues ; l’une menée par Athènes et l’autre menée par Sparte. Au cours de cette guerre, les Mytiléniens se sont révoltés contre Athènes. Après leur défaite, deux orateurs s’affrontent : l’un proposant de les punir de mort et l’autre plaidant pour la clémence. Ce dernier, Diodotos, fils d’Eukratès, a fait valoir, contre la peine de mort, des arguments qui demeurent toujours valables.


Les deux Ligues grecques en présence. En jaune la Ligue du Péloponnèse (Sparte). En vert la Ligue de Delos (Athènes). En violet les Perses. En marron les neutres

« Dans les Etats la peine de mort est instituée pour de nombreux crimes moins graves que ceux des Mytiléniens ; néanmoins le coupable s’y laisse emporter par l’espérance du succès et court le risque. Nul, en tramant un complot, ne s’expose avec l’idée qu’il ne s’en tirera pas. Et de même quelle est la cité qui s’est rebellée avec l’idée que ses forces ou celles de ses auxiliaires complices ne l’autorisaient pas à tenter cette défection ? La nature incite les Etats comme les particuliers à commettre des fautes. Aucune loi ne les en empêchera. On a parcouru toute la série des peines, en en ajoutant toujours de nouvelles pour réduire le nombre des crimes. Vraisemblablement autrefois les peines étaient plus douces pour les plus grands crimes. Mais comme on finissait à la longue par les affronter, elles ont presque toutes abouti à la peine de mort. Et celle-ci même on la brave. Force donc est de trouver quelque châtiment qui cause plus d’effroi à l’homme ; ou bien, il faut avouer que la peine de mort n’empêche aucun crime. La misère, sous la pression de la nécessité, inspire l’audace ; l’abondance, par l’effet de l’orgueil et de la présomption, fait naître des appétits insatiables ; les autres situations provoquent des passions ; bref chacun est poussé par quelque passion irrésistible et dominante, qui le fait s’exposer au danger. Ajoutez l’espérance et la convoitise ; celle-ci précède, l’autre suit ; l’une formant des projets, l’autre suggérant le concours de circonstances favorables, toutes deux causent les plus grands maux et quoique invisibles sont plus redoutables que les dangers manifestes. Enfin la fortune joint ses excitations tout aussi vives. Il arrive que, survenant à l’improviste, elle pousse l’homme à agir même avec les moyens les plus réduits. C’est particulièrement le cas des Etats, d’autant plus que les plus grands intérêts, la liberté et la volonté de puissance y sont en jeu ; et que chacun sans raison, et tous les autres avec lui, s’estiment au-dessus de leur propre valeur. En un mot, il est impossible, il est d’une extrême naïveté de croire que l’homme, quand il se porte avec ardeur à quelque entreprise, peut être arrêté par la force des lois ou par quelque autre crainte. »

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source