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AFP, 26 septembre 2012

Egypte : Un Copte est jugé pour blasphème

par Haitham EL-TABEI


Des coptes manifestent contre le massacre de dizaines d’entre eux par les forces de sécurité, au Caire, en octobre 2011

Un Egyptien copte, accusé d’avoir posté sur internet des extraits d’un film islamophobe, s’est dit innocent, mercredi 26 septembre 2012, à l’ouverture de son procès, affirmant qu’il avait été interrogé sur sa foi pendant son interrogatoire.


Egypte

La semaine dernière, un tribunal égyptien a condamné un Copte à six ans de prison pour avoir porté atteinte au prophète Mahomet et au président, Mohamed Morsi, sur Facebook. Le procureur général d’Egypte a également engagé des poursuites contre sept Coptes égyptiens vivant aux Etats-Unis et soupçonnés d’être impliqués dans la production ou la distribution de "L’Innocence des musulmans". Mardi 25 septembre 2012, toutefois, le Parquet a par ailleurs décidé de déférer devant la justice trois Egyptiens, dont deux sont accusés d’avoir brûlé une Bible, pour insulte à la religion chrétienne. Beaucoup de chrétiens d’Egypte craignent que le film islamophobe ne fasse monter encore la pression sur leur communauté, qui représente de 6 % à 10% des 82 millions d’habitants et dénonce déjà régulièrement des discriminations et des violences à son encontre. Les Coptes critiquent les autorités égyptiennes pour ce qu’ils qualifient de "deux poids deux mesures" lorsqu’il s’agit d’affaires de blasphème et d’insulte à la religion.

Manifestation copte au Caire

Albert Saber, âgé de 27 ans, est accusé de blasphème, d’insulte à la religion et d’incitation à la sédition dans des publications sur internet. Des voisins ont alerté les autorités en affirmant qu’il avait posté des extraits de "L’Innocence des musulmans", un brûlot à petit budget qui dépeint le prophète Mahomet comme un voyou aux pratiques déviantes et a provoqué des réactions violentes dans plusieurs pays musulmans. Albert Saber a été arrêté à son domicile, dans la capitale égyptienne, le 13 septembre 2012, et se trouve depuis en détention. Les autorités ont fait irruption chez lui alors qu’il était détenu, emportant son ordinateur portable. Après une brève audience, le procès devant un tribunal du Caire a été ajourné au 17 octobre. Le jeune homme risque jusqu’à cinq ans de prison. "Je n’ai rien fait de ce dont ils m’accusent", a dit à l’AFP Albert Saber, crâne rasé et uniforme blanc de détenu, depuis le box. "90 % de mes amis sont musulmans. Nous mangeons et nous buvons ensemble, je ne déteste aucune religion", a-t-il ajouté. "L’enquête était religieuse (...) On m’a demandé si je croyais au Coran et (on m’a posé des questions) sur ma religion", a-t-il poursuivi. "Albert n’a rien à voir avec le film insultant mais l’affaire a été un moyen de calmer la colère populaire", a dit à l’AFP devant le tribunal l’avocat du jeune homme, Ahmed Ezzat, qui est de confession musulmane. Le procès "intervient dans une atmosphère générale de discrimination et de mauvaise gestion de la justice, surtout lorsqu’il s’agit de minorités", a-t-il ajouté. Me Ezzat a précisé qu’Albert Saber avait lancé des débats sur la religion sur internet et "critiqué les religieux fondamentalistes". "Le problème, ce sont les articles dans la loi et pas ce qu’a fait Albert. La loi relative au blasphème peut être interprétée de cent manières différentes", a-t-il dit. Sa mère, Kariman Masih, s’est dite "choquée, terrifiée" par l’affaire. "Je n’arrive pas à croire à tout ce qui est train d’arriver à mon fils", a-t-elle dit à l’AFP. "Je défends mon fils et son droit à s’exprimer. La révolution n’a-t-elle pas appelé à la liberté ?", s’est-elle interrogée. L’affaire a provoqué l’inquiétude d’organisations de défense des droits de l’Homme et fait craindre pour la liberté d’expression sous le nouveau président islamiste, Mohamed Morsi. M. Morsi a, quant à lui, assuré que les droits des non-musulmans seraient protégés en Egypte, qui restera un Etat pluraliste et "civil", en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, à New York, à laquelle il participe cette semaine.

Haitham EL-TABEI

Albert Saber

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