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jeudi 27 juillet 2017
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Rue 89, 6 octobre 2012

Corruption, détournements de fonds et même pas honte

par Flora ZANICHELLI


Vue de Rome

Un matin, en regardant Rai News 24, je suis tombée sur l’interview d’un monsieur. Il semblait fatigué et passablement énervé à la fois. J’ai relevé son exclamation : « Aujourd’hui, les politiques n’ont même plus honte. Avant quand on se faisait prendre la main dans le sac, au moins on se cachait de honte... Aujourd’hui, ce sentiment a complètement disparu. Honte, honte, honte ! ».


Italia

Recontextualisons. Ces dernières semaines, l’équipe politique en charge de la région du Latium (Rome) s’est complètement effondrée. En cause, la mise au jour d’un vaste système de corruption et détournement de fonds. Des enquêtes menées par le parquet de Rome ont fait état des dépenses mirobolantes des membres du conseil régional du Latium. A l’origine du scandale, Franco Fiorito, le trésorier du PdL (Peuple de la Liberté -parti de Silvio Berlusconi) en région et le chef de file au conseil régional. L’individu a soulevé la curiosité de la justice italienne en ouvrant une dizaine de comptes sur lesquels étaient versés des milliers d’euros. Qui se sont révélés être ceux du parti. Une enquête un peu poussée a permis de voir que cet homme en avait aussi largement fait profiter ses amis et collègues. Au total, des millions dépensés pour acheter des voitures de luxe, payer des repas à base de champagne et huîtres. Sans oublier les cadeaux de Noël ou les cravates de marques. Le tout bien sûr aux frais du contribuable italien. La politique décadente du Latium est illustrée dans une série de photos prises au cours d’une petite sauterie organisée par l’un des conseillers régionaux. Au programme, vestales, amphores et hommes travestis... en porcs. La politique italienne affronte scandale sur scandale : la Ligue du Nord en avril 2012, suivie de près par la Marguerite, un parti de gauche, pour finir en beauté avec le Peuple de la Liberté.

Franco Fiorito

Franco Fiorito a été arrêté, mardi 2 octobre 2012 au matin, alors que la presse italienne continuait d’allonger la liste de ses forfaits. L’homme a entraîné dans sa chute la présidente de la région, Renata Polverini, qui a déclaré jusqu’au bout tout ignorer de ces folles dépenses. Loin d’avoir honte, « Je serai de nouveau candidat » a aussitôt proclamé Franco Fiorito, tandis qu’à Rome pullulent les affiches à l’image de Renata Polverini dont le slogan a tout d’une blague de mauvais goût. On peut y lire : « Ora facciamo pulizia » (« Maintenant, nettoyons »). Quelle ironie, à l’heure où le pays s’interroge sur les dépenses des politiques et l’impunité de certains de ses élus. Signe que les choses ne sont pas près d’avancer : l’immobilisme du Parlement face à la corruption qui ronge la politique italienne. Les chambres sont incapables de voter une loi anticorruption, plusieurs élus du parti de Silvio Berlusconi s’y opposant fermement.

Renata Polverini

Dans son premier rendez-vous de la saison, l’émission d’investigation Report établissait « le coût de la corruption » à 60 milliards d’euros par an. La présentatrice, Milena Gabanelli, poursuivait : « De 1994 à aujourd’hui, le conseil des autorisations de la chambre des députés (laissant la possibilité à un magistrat d’enquêter sur un élu) a relevé 500 requêtes de procédures judiciaires. » S’ensuivait une interview surréaliste du journaliste Bernardo Iovene avec Piero Longo, sénateur du parti de Silvio Berlusconi :

Piero Longo (sénateur PDL) : « (…) Mais, je vous dirai encore plus, une personne condamnée de manière définitive a toute sa place au Parlement. »

Bernardo Iovene : « C’est à dire les personnes ayant une charge publique... ? »

Piero Longo ; « Mais pourquoi, pardonnez-moi, le peuple ne serait-il pas libre de voter pour qui il veut ? »

Bernardo Iovene : « Mais le parlementaire décide des lois qui régissent notre vie. Il devrait être irréprochable. »

Piero Longo : « Pourquoi ? Le Parlement doit être la représentation moyenne du peuple qu’il représente. Pourquoi devrait-il être mieux ? »

Piero Longo

Milena Gabanelli résumait : « Si nous comprenons bien, comme le parlementaire représente tous les citoyens, mais aussi les criminels, les crapules, les mafieux et les corrompus, il est juste que quelqu’un au sein du Parlement les représente et protège leurs intérêts. C’est un point de vue que beaucoup de citoyens malhonnêtes de pays rigoureux nous envient. »

Milena Gabanelli

Une impunité qui dégoûte les Italiens et les éloigne de la politique, à la veille de la campagne électorale pour les élections législatives du printemps prochain. Le pays tourne le dos à la politique traditionnelle : 65 % des Italiens déclarent s’en désintéresser. Autre indice : la confiance accordée au technocrate Mario Monti qui vole dans les sondages à plus de 50 % d’opinions favorables, malgré sa dure politique de rigueur. Ce dernier a au moins le mérite de ne pas être grossier. Impossible, en effet, de l’imaginer affublé d’un masque de cochon et entouré de jeunes Romaines à demi-nues.

Flora ZANICHELLI

Mario Monti

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source