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La Presse, 9 octobre 2012

Corruption : Gérald Tremblay n’a plus la confiance de la Fraternité des policiers

par Pierre-André NORMANDIN


Un véhicule de la police de Montréal

La crise de confiance envers l’administration Tremblay s’étend maintenant à ses policiers. Le syndicat des agents ne veut plus que le Service de police de Montréal (SPVM) ait à rendre des comptes au parti du maire, en raison des trop nombreuses allégations de corruption dont il fait l’objet.


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Dans un mois, le Service de police de Montréal devra présenter son budget 2013 à la Commission de la sécurité publique de Montréal, un groupe d’élus où le parti du maire détient la majorité. « Il y a un problème de principe à ce que le Service de police de Montréal énonce ses priorités devant une commission de la sécurité publique contrôlée par un parti qu’on allègue corrompu », s’indigne Yves Francoeur, président de la Fraternité des policiers de Montréal. Le syndicat souhaite que le Service de police de Montréal n’ait plus de comptes à rendre à cette administration. « On trouve ça immoral, sinon indécent, d’avoir à se rapporter à cette administration. Je suis le premier à prôner la présomption d’innocence, mais ça commence à faire beaucoup qui s’accumule et qui, malheureusement, se précise de plus en plus », dit M. Francoeur. Sans aller jusqu’à demander la mise en tutelle de Montréal, la Fraternité demande au gouvernement de trouver une solution pour éviter de placer les policiers dans l’embarras. « Le temps que soient vérifiées ces allégations ou qu’il y ait des élections [en novembre 2013], il faut trouver une solution pour que les citoyens continuent d’être bien servis et que le Service de police ait des comptes à rendre aux élus, mais pas à ceux du parti du maire Tremblay », dit Yves Francoeur. La Fraternité n’hésite pas à dire que c’est une véritable crise de confiance qui secoue l’administration Tremblay. « Nos membres ne sont pas du tout à l’aise avec ce qui sort sur l’administration Tremblay. Les policiers ne veulent pas être associés à cette administration. Nos policiers sont honnêtes et intègres. Nous faisons 2 millions d’interventions par année et je ne veux pas que mes membres se fassent dire qu’ils sont corrompus. »

Yves Francoeur

La réplique de l’administration Tremblay n’a pas tardé à se faire entendre. Le responsable de la sécurité publique, Claude Trudel, et le leader de la majorité, Marvin Rotrand, sont montés au créneau pour défendre le maire. Claude Trudel a qualifié « d’irresponsable » la sortie de la Fraternité, insistant pour dire que le témoignage de l’entrepreneur Lino Zambito devant la Commission Charbonneau n’était pour l’instant que « des allégations non corroborées ». « Je suis outré qu’un policier comme M. Francoeur puisse aussi facilement condamner sans preuve ».

Claude Trudel

Marvin Rotrand a pour sa part établi un lien entre la sortie de la Fraternité et l’opposition officielle. La chef de Vision Montréal, Louise Harel, a démenti avoir téléguidé cette sortie fracassante, disant comprendre la sortie des policiers. « Ça dénote une très grave crise de confiance, définitivement. Cette crise de confiance est celle de tous les Montréalais », déplore Louise Harel, chef de l’opposition à l’hôtel de ville. Même sentiment au sein de la 2e opposition qui dit comprendre la sortie. « On partage le malaise de la Fraternité à déposer le budget du Service de police de Montréal devant cette administration. Ce ne sont pas juste les policiers qui ressentent ce malaise. On le sent dans plusieurs directions et des employés nous en parlent », dit Marc-André Gadoury, conseiller de Projet Montréal. L’élu estime que le maire est responsable d’une importante démotivation au sein du personnel de la Ville. Le Service de police de Montréal a tenté de se distancier de la sortie fracassante de la Fraternité en publiant en après-midi un communiqué pour assurer avoir « l’indépendance nécessaire à l’exécution de sa mission ».

Pierre-André NORMANDIN

Louise Harel

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