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Le Monde diplomatique, 7 novembre 2012

Egypte : De la dictature militaire à la dictature religieuse ?

par Alain GRESH


Vue du Palais présidentiel, au Caire

Le président, Mohamed Morsi, a réussi à marginaliser l’armée. Mais il doit faire face à d’autres oppositions et au rejet que suscitent les Frères musulmans dans une partie de la société.


Egypte

« Dimanche 12 août 2012, à 10h00, les deux principaux membres du Conseil
suprême des forces armées (CSFA), M. Hussein Tantaoui, le ministre de la Défense, et M. Sami Anan, le chef d’état-major, sont convoqués au palais présidentiel. Confinés dans une pièce sécurisée, ils ne peuvent même pas utiliser leur téléphone portable. Pendant ce temps, dans une pièce attenante, le président, Mohamed Morsi, fait prêter serment au nouveau ministre de la Défense, le général Abdel Fatah Sissi. Quelques heures plus tôt, le Journal officiel a publié un décret annulant la déclaration constitutionnelle additionnelle adoptée entre les deux tours de l’élection présidentielle par le CSFA, qui s’octroyait plus de pouvoirs afin de se mettre à l’abri d’une victoire de M. Morsi. Puis le président rejoint les deux officiers supérieurs et leur annonce qu’ils ont été destitués. Leur stupeur le dispute à leur impuissance. »

Mohamed Hussein Tantaoui

Narrée par un proche de la présidence, la scène marque la fin de la situation de double pouvoir qui prévalait au Caire depuis la prise de fonction de M. Morsi, le 30 juin 2012. Tout le monde en était convaincu : un équilibre aussi instable ne pouvait que se rompre. « La presse nationale publiait les déclarations de Tantaoui sur six colonnes, et celles du président sur deux colonnes, s’indigne M. Abdel Moneim Aboul Fotouh, candidat malheureux à l’élection présidentielle. Avant d’accepter de former le gouvernement, [le premier ministre] Hicham Kandil avait demandé au préalable l’aval des militaires ! »

Mohamed Morsi

Finalement, le CSFA « n’était qu’un tigre de papier ». La vieille formule maoïste fait désormais florès dans les rues du Caire. Pourtant, personne n’imaginait, quelques semaines plus tôt, que M. Morsi parviendrait à mettre sur la touche une institution qui dominait l’Egypte depuis la prise de pouvoir des Officiers libres, le 23 juillet 1952, et qui régentait la vie politique depuis la démission du
président, Hosni Moubarak, le 11 février 2011.

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