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vendredi 18 août 2017
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La seconde guerre mondiale en photos 45

La libération de la France (2ème partie)

L’opération Market-Garden


Des soldats américains défilent sur les Champs Elysées, à Paris, en France, le 29 août 1944

A la fin du mois d’août 1944, il ne restait aucune force allemande derrière le Rhin, pour faire face aux armées alliées. Les Allemands disposaient à peine d’une centaine de Panzer, face aux plus de 2000 tanks des avant-gardes alliées. Pour appuyer leurs Panzer, les Allemands n’avaient que 570 avions en état de vol, contre plus de 14000 avions anglo-américains opérant sur ce front. Le front Ouest était grand ouvert. Seul le front Est était défendu. Le 1 septembre 1944, une patrouille de l’armée du général Patton atteignait la Moselle, à 150 kilomètres du Rhin, sans rencontrer d’opposition. Le 3 septembre, une avant-garde britannique faisait irruption à Bruxelles, après avoir parcouru 120 kilomètres depuis son point de départ, dans le Nord de la France.

Un Sexton britannique traverse la Seine, le 30 août 1944


Le 4 septembre, une division blindée britannique atteignait Anvers et s’emparait des docks avant que les Allemands aient pu faire sauter les installations. Par contre, les Britanniques n’ont fait aucune tentative pour s’emparer des ponts sur le canal Albert, dans la banlieue, ce qui a permis aux Allemands de les faire sauter avant que la traversée soit tentée. Les Britanniques avaient en face d’eux une brèche béante de plus de 150 kilomètres de large, sans aucune force allemande pour la défendre. Le même jour, une avant-garde américaine s’emparait de Namur.

Des soldats américains pris sous le feu des Allemands, à Libin, en Belgique, le 7 septembre 1944

Des soldats américains avancent sous la protection d’un M4 Sherman, en Belgique, le 9 septembre 1944

Après l’entrée des alliés en Belgique, il a régné, au sein de leurs forces, une tendance générale à la détente. Une mentalité de « guerre gagnée » régnait à tous les niveaux. Les commandants d’unités n’avaient plus un sentiment d’urgence et les troupes évitaient de presser l’ennemi, pour ne pas se faire tuer au moment où tout le monde pensait : « la guerre est finie ». Aucun des hauts responsables alliés n’avait prévu un effondrement aussi total de l’ennemi. Ils n’étaient pas prêts, mentalement et matériellement, à exploiter cet effondrement par une avance rapide et profonde.

Les Allemands défendent la Belgique

L’entrée soudaine des blindés britanniques à Anvers a pris le QG d’Adolf Hitler complètement par surprise. A ce moment-là, il n’y avait aucune troupe de réserve digne de ce nom en Allemagne. Quand Adolf Hitler a été informé de la situation, dans l’après-midi du 4 septembre 1944, il a appelé le général Student, chef des troupes parachutistes. Il lui a ordonné d’assurer la défense du flanc découvert, depuis Anvers jusqu’à Maastricht, et de renforcer, avec les troupes qu’il pourrait dénicher en Hollande, une ligne suivant le canal Albert. Toutes les unités de parachutistes à l’entraînement en Allemagne devaient être envoyées dans ce secteur. Cependant, le total de ces troupes parachutistes n’était que d’environ 18000 hommes, soit à peine l’équivalent en effectif d’une division alliée. En prenant son commandement sur le front du canal Albert, le général Student ne disposait que de nouvelles recrues, de convalescents, d’une division de défense côtière arrivée de Hollande, et les renforts se sont limités à 25 Panzer et canons automoteurs. Pour tenter de garnir les rangs clairsemés, on a appelé des agents de police, des marins, et même des garçons de seize ans. Les armes n’étaient pas assez nombreuses. Le canal Albert n’avait pas été préparé pour une défense face à la rive Nord. Il n’y avait pas de fortifications ni même de tranchées.

Des artilleurs britanniques près de Hechtel, en Belgique, le 16 septembre 1944

Des artilleurs britanniques près de Hechtel, en Belgique, le 16 septembre 1944

Des soldats britanniques passent près d’un canon allemand de 88 mm détruit, en Belgique, le 16 septembre 1944

Les Allemands chassés du Sud de la France

Depuis la Provence, l’armée alliée a foncé vers le Nord, à la rencontre des forces débarquées en Normandie. Les difficultés logistiques étaient incroyables. Il n’y avait plus un pont ni un train. Les Allemands en retraite livraient de nombreux combats de retardement. Néanmoins, le 3 septembre 1944, le Rhône était franchi à l’Est de Lyon. Le 12 septembre, la liaison était effectuée avec l’armée du général Patton.

Des LST sont déchargés de leur ravitaillement, à Marseille, en France, en septembre 1944

Problèmes de ravitaillement

Depuis le 31 août 1944, date à laquelle les tanks du général Patton ont atteint la Meuse, la 3ème armée américaine a manqué d’essence. La veille, elle n’avait reçu que 145000 litres d’essence, au lieu des 1800000 litres nécessaires chaque jour. Après la prise d’Anvers, le 4 septembre 1944, le général Patton a reçu à nouveau la même quantité de ravitaillement que la 1ère armée du général Hodges. Mais sa progression a alors rencontré une résistance beaucoup plus forte. Elle s’est bientôt arrêtée sur la Moselle.

Un lourd handicap au succès de l’avance alliée a été le projet de lâcher d’importantes forces aéroportées près de Tournai, près de la frontière franco-belge, afin de faciliter la progression vers le Nord. Comme les forces terrestres sont arrivées sur les lieux le 3 septembre 1944, avant la date prévue pour le lâcher des parachutistes, l’opération aéroportée a été annulée. Mais la préparation de cette opération avait entraîné une ponction sur l’aviation de transport. Pendant six jours, le ravitaillement aérien des armées en route a été suspendu, ce qui les a privé de 5000 tonnes de ravitaillement. Cela aurait représenté une quantité d’essence suffisante pour que les deux groupes d’armées puissent atteindre le Rhin en une seule traite, alors que le chaos régnait encore chez l’ennemi.

Un autre facteur de l’échec de l’avance alliée a été le fait qu’une forte proportion du tonnage du ravitaillement des armées du Nord consistait en munitions. Le besoin de ces munitions ne se faisait pas sentir aussi longtemps que l’ennemi était en plein effondrement, alors qu’il aurait fallu faire porter l’effort sur le carburant nécessaire à la poursuite, sans laisser à l’ennemi le temps de se ressaisir.

Début septembre 1944, lorsque les alliés se sont approchés de la frontière allemande, aucune résistance organisée ne pouvait les empêcher de poursuivre leur route jusqu’au cœur de l’Allemagne. Mais, au moment précis où la victoire complète semblait à portée de la main, la ruée des troupes alliées est tombée au point mort. Au cours des deux semaines suivantes, jusqu’au 17 septembre, elles ont très peu progressé.

On s’est aperçu que 1400 camions britanniques, et tous les moteurs de rechange, avaient des pistons défectueux, ce qui les rendait inutilisables pour le ravitaillement des armées. Comme les troupes alliées avaient l’habitude de gaspiller le matériel, sur un total de 17,5 millions de jerrycans expédiés en France depuis le débarquement de juin, on n’en trouvait plus que 2,5 millions à l’automne.

Coup d’arrêt à l’avance alliée

Le 7 septembre 1944, après une pause pour « réparer le matériel, refaire les pleins et reposer les hommes », l’avant-garde britannique arrivée à Anvers a repris son avance. Elle s’est emparée d’un point de traversée sur le canal Albert, à l’Est d’Anvers. Mais, au cours des jours suivants, elle n’a avancé que de 30 kilomètres, jusqu’au canal de la Meuse à l’Escaut. Cette petite étendue de lande marécageuse était coupée de rivières et les parachutistes allemands ont combattu avec un courage désespéré, opposant une résistance hors de proportion avec leurs effectifs.

A une trentaine de kilomètres au Nord d’Anvers se trouve l’isthme de la péninsule de Beveland : un étroit goulot de quelques centaines de mètres. Les restes de la 15ème armée allemande, qui s’étaient trouvés isolés sur la côte de la Manche, ont pu s’échapper, au cours des deuxièmes et troisièmes semaines de septembre 1944. De ces divisions, 3 sont arrivées à temps pour renforcer le front allemand de Hollande et ont contribué à enrayer l’offensive du maréchal Montgomery.

A la mi-septembre 1944, les Allemands avaient renforcé leurs défenses sur toute la longueur du front, et surtout dans le secteur le plus septentrional menant à la Ruhr, là où la brèche avait été la plus béante. Or, le maréchal Montgomery avait organisé une offensive, dans ce secteur, pour le 17 septembre : l’opération Market-Garden. Des parachutistes devaient être lâchés derrière les lignes allemandes, afin de s’emparer de ponts et les tenir jusqu’à ce qu’ils soient dégagés par les divisions blindées arrivant par la route. Mais cette offensive a dû être arrêtée, car les parachutistes britanniques lâchés sur Arnhem n’ont pas réussi à surmonter la résistance des Allemands, ni à résister à leur contre-attaque menée avec les 25 Panzer arrivés en renfort.

Le pont sur la Waal, à Nijmegen, en Hollande, le 17 septembre 1944

Des parachutistes britanniques à bord d’un C-47 en vol vers la Hollande, le 17 septembre 1944

Le cockpit d’un planeur allié au-dessus de la Hollande, pendant l’opération Market Garden, le 17 septembre 1944

Des parachutistes alliés sautent sur la Hollande, pendant l’opération Market Garden, le 17 septembre 1944

Des parachutistes britanniques près d’Arnhem, en Hollande, le 17 septembre 1944

Des soldats britanniques près d’Arnhem, en Hollande, le 17 septembre 1944

Un C-47 américain atteint par la DCA allemande au-dessus de la Hollande brûle après un atterrissage forcé près de Gheel, en Belgique, le 17 septembre 1944

Des SS capturés par les parachutistes britanniques, près d’Arnhem, en Hollande, le 17 septembre 1944

Des Allemands capturés par les Britanniques à Wolfheze, en Hollande, le 17 septembre 1944

Un Sherman Firefly britannique passe entre les carcasses d’autres Sherman détruits par les Allemands, en Hollande, le 17 septembre 1944

Le cadavre d’un tankiste irlandais sur son M4 Sherman, près d’Eindhoven, en Hollande, le 17 septembre 1944

Un véhicule blindé de transport britannique Loyd explose en Hollande, le 17 septembre 1944

Des M4 Shermans alliés traversent une foule en liesse, à Valkenswaard, en Hollande, le 18 septembre 1944

Des résistants communiquent des informations aux parachutistes américains, à Eindhoven, en Hollande, en septembre 1944

Des soldats allemands capturés par les parachutistes américains près de Nijmegen, le 18 septembre 1944

Des parachutistes britanniques près d’Arnhem, le 18 septembre 1944

Un correspondant de guerre britannique tape son reportage, près d’Arnhem, le 18 septembre 1944

Des soldats britanniques s’apprêtent à traverser le canal qui relie la Meuse à l’Escaut, à Lille-St Hubert, en Belgique, le 19 septembre 1944

Un M10 Wolverine britannique traverse le canal reliant la Meuse à l’Escaut, à Lille-St Hubert, en Belgique, le 20 septembre 1944

Des mitrailleurs britanniques protègent la traversée du canal reliant la Meuse à l’Escaut, à Lille-St Hubert, en Belgique, le 20 septembre 1944

Un convoi de camions britanniques pris sous les tirs de l’artillerie allemande, entre Son et Eindhoven, en Hollande, le 20 septembre 1944

Une colonne britannique traverse Eindhoven, en Hollande, le 20 septembre 1944

Des soldats britanniques à la recherche de snipers allemands, à Arnhem, le 20 septembre 1944

Des M4 Shermans britanniques traversent le pont de Nijmegen, en Hollande, le 20 septembre 1944

Des sapeurs britanniques retirent des charges de démolition du pont de Nijmegen, en Hollande, le 21 septembre 1944

La 1ère armée américaine, parvenue au niveau des Britanniques, n’a pas poussé plus avant. La plus grande partie de cette armée s’est engagée dans la ceinture fortifiée et la région de houillères entourant la ville d’Aix-la-Chapelle. Là, leur avance s’est enlisée face à la résistance des Allemands, alors que les 130 kilomètres s’étendant entre la région d’Aix-la-Chapelle et celle de Metz n’étaient défendus que par 8 bataillons ennemis étirés à travers les collines et les bois des Ardennes. La 3ème armée du général Patton a été bloquée, dans son offensive, contre la ville de Metz et les villes voisines, où les Allemands s’étaient concentrés davantage qu’ailleurs dès le départ.

Une colonne canadienne à Putte, à la frontière entre la Belgique et la Hollande, le 11 octobre 1944

Des véhicules amphibies canadiens ont traversé la Scheldt près de Terneuzen, en Hollande, le 13 octobre 1944

Une mitrailleuse américaine Browning M1919 à Aachen, en Allemagne, le 15 octobre 1944

Des prisonniers allemands à Aachen, en Allemagne, fin octobre 1944

La concentration des forces allemandes sur le front du Rhin progressait plus vite que celle des alliés, malgré l’infériorité des Allemands en ressources matérielles.

Si les alliés, au lieu de vouloir s’emparer des centres de résistance allemands, les avaient contournés en traversant les Ardennes, ils auraient pu facilement poursuivre leur avance. En choisissant des itinéraires apparemment plus faciles pour entrer en Allemagne, ils ont rencontré davantage de difficultés. Une magnifique occasion avait encore été manquée, essentiellement en raison du conformisme des chefs militaires alliés.

Des soldats américains s’efforcent de repérer un canon antichar allemand, en Hollande, le 4 novembre 1944

A la mi-novembre 1944, une offensive générale a été lancée par les 6 armées alliées du front occidental. Elles ont subi de lourdes pertes pour des gains décevants. Les alliés n’ont atteint le Rhin qu’en Alsace. Au Nord, ils ont dû s’arrêter à près de 50 kilomètres du Rhin.

Sur un total de 750000 hommes perdus par les alliés au cours de la libération de l’Europe occidentale, 500000 sont morts après l’échec de septembre 1944. Le prolongement des hostilités a entraîné la mort de millions d’hommes et de femmes, que ce soit en raison des combats ou dans les camps de concentration allemands.

Exécution d’un collaborateur, à Rennes, en France, le 21 novembre 1944

PS : les informations relatives à l’armée française débarquée en Provence sont dues au général Beaufre.

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source