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jeudi 23 mars 2017
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Der Tagesspiegel, 6 décembre 2012

Informations internationales : Comment les cartels imposent leur loi

par Harald SCHUMANN


Qu’ils vendent du ciment, des téléviseurs, de l’électricité ou du café, les grands groupes préfèrent s’accorder entre eux pour gonfler les prix plutôt que de se risquer à faire jouer la concurrence. Et même si cette pratique est illégale, ils sont rarement inquiétés.


Les respectables hommes d’affaires se rencontraient la plupart du temps dans les congrès de la fédération professionnelle de l’électronique à Francfort. Ils y faisaient des exposés sur les nouveaux marchés, sur les nouvelles technologies et sur toute autre nouveauté du secteur des transformateurs, ces gros appareils composés d’aimants et de bobines indispensables à tout fournisseur d’électricité. Mais c’est toujours après la clôture du programme officiel du congrès que les choses devenaient vraiment passionnantes, lors des soirées ou des excursions en groupe. Directeurs généraux et responsables des ventes se retrouvaient alors en "petit comité", retracent les enquêteurs, pour des "échanges ciblés sur des projets précis", dont les fruits étaient fort juteux. Ils concluaient des arrangements garantissant à de pseudo-concurrents des bénéfices supplémentaires qui se chiffraient en dizaines de millions d’euros. Les acteurs en présence convenaient dans le détail du partage des contrats et, surtout, des prix à pratiquer.

Les fonctionnaires de l’Office fédéral des ententes de Bonn ont découvert que, pendant au moins cinq ans, le groupe Siemens, la société Starkstrom-Gerätebau de Ratisbonne, le français Alstom et le géant suisse de l’électricité ABB se sont partagés le marché allemand des transformateurs, se privant ainsi de toute compétition, au détriment de consommateurs contraints de débourser nettement plus que si les fournisseurs avaient été en situation de concurrence. L’enquête du gendarme des cartels a duré quatre ans avec, à la clé, en septembre dernier, une batterie de sanctions financières. Au total, les quatre sociétés et les dirigeants impliqués ont dû payer 24,3 millions d’euros d’amende au Trésor public. Mais rien de plus. Personne n’a été tenu de répondre de ses actes devant une cour. Aucune des parties concernées n’a été nommément citée. Au-delà de quelques brèves, les médias ne se sont pas étendus sur l’affaire. Il en va presque toujours ainsi lorsque des cartels se font pincer en Europe. Chaque année, les autorités de la concurrence enquêtent sur des centaines de sociétés qui bafouent l’interdiction des ententes. Café, liquide-vaisselle, ciment et produits chimiques, écrans plats et lecteurs de DVD, vitres et faisceaux électriques pour l’automobile, même les véhicules de pompiers et les crevettes grises, la liste des secteurs concernés est sans fin ou presque.

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