retour article original

vendredi 24 mars 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Irak (8ème partie) : Juillet 2004
Le Monde, 17 juillet 2004

Irak : Iyad Allawi accusé d’avoir assassiné des résistants prisonniers devant de nombreux témoins

Bagdad de notre envoyé spécial

par Michel BÔLE-RICHARD


Selon un article publié par le quotidien australien Sydney Morning Herald, dans son édition du 17 juillet 2004, le premier ministre irakien, Iyad Alloui, aurait, "quelques jours avant que Washington ne redonne le pouvoir au gouvernement intérimaire, tué de ses propres mains, dans un poste de police de Bagdad, six insurgés présumés, selon les témoignages de deux personnes qui ont assisté aux meurtres".


La date exacte n’est pas précisée, mais le sextuple meurtre se serait produit dans la cour "d’un centre de sécurité maximum à Al-Amariyah", dans les faubourgs sud-ouest de la capitale, qui sont en fait les bureaux de la lutte antiterroriste. Les prisonniers étaient menottés et avaient les yeux recouverts d’un bandeau, avant d’être tués parce que, selon le journal, M. Allaoui aurait dit qu’ils avaient "tué au moins cinquante Irakiens et méritent plus que la mort".

Paul McGeough indique dans son article que les bureaux du premier ministre intérimaire ont démenti cette information, en précisant que M. Allaoui n’avait jamais rendu visite à ce centre de sécurité et qu’il ne portait pas d’arme. Mais selon les informateurs du journaliste, les six hommes auraient été tués d’une balle dans la tête devant environ douze policiers irakiens et quatre Américains faisant partie de la sécurité personnelle du premier ministre. Le ministre de l’intérieur, Falah Al-Naqib, aurait également assisté à l’exécution des six hommes et s’en serait félicité, car M. Allaoui souhaitait "montrer à la police de quelle manière il faut traiter les insurgés".

Rumeurs ?

Le Sydney Morning Herald raconte que "le ministre de l’intérieur a manifesté l’intention de tuer sur-le-champ les prisonniers placés devant un mur, lorsque le premier ministre a sorti son pistolet et a commencé à tirer". Les six hommes ont reçu une balle dans la tête et un septième aurait été touché au nez, selon un témoin, à la poitrine selon le second. Selon ces témoins, Iyad Allaoui aurait dit aux policiers qu’il "les protégerait s’ils tuaient des insurgés dans l’exercice de leurs fonctions et que les policiers et les soldats ne devaient pas être effrayés de tuer quelqu’un car ils seraient couverts". "Nous voulons détruire quiconque veut détruire l’Irak et tuer son peuple", aurait-il dit.

Les témoins ont refusé de donner une date précise à propos de ces faits, mais ils ont tout de même indiqué qu’ils se seraient produits au cours du week-end du 20 juin, soit une semaine avant le transfert de pouvoir et trois semaines après la nomination, le 1er juin 2004, du premier ministre par intérim.

Le journal cite le nom de trois victimes, en précisant que deux d’entre elles venaient de Samarra, ville du ministre de l’intérieur, dont la maison a été attaquée le 19 juin 2004, faisant quatre morts parmi les gardes du corps. Ce quotidien rapporte également que le général Raad Abdallah, responsable du centre de sécurité, aurait demandé à tous les policiers de ne rien dire à personne de cette affaire, classée "secret sécurité". L’un des témoins affirme, par ailleurs, que les corps auraient été "empilés dans un véhicule utilitaire et enterrés dans le désert à proximité d’Abou Ghraïb".

Environ une trentaine de personnes auraient assisté à l’exécution. Le journal précise que les témoins ont été trouvés et interrogés séparément sans que l’un ou l’autre ne sache que quelqu’un avait parlé.

Le bureau de M. Allaoui a démenti ces allégations, précisant que leurs auteurs pouvaient très bien déposer une plainte contre le premier ministre. Au ministère de l’intérieur, un conseiller a répondu que "ce n’est pas un gouvernement de gangsters", refusant d’indiquer s’il s’était rendu au centre de lutte antiterroriste d’Al-Amiriyah, car il "n’est pas possible de révéler les mouvements du premier ministre, alors qu’il est en train de conduire l’offensive". Du côté américain, il a été précisé au Sydney Morning Herald que, "si on essayait de démentir toutes les rumeurs, nous n’aurions plus le temps de faire notre travail. Pour le service de presse de l’ambassade, l’affaire est close."

Michel BÔLE-RICHARD

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

AUTEURS 

  • Michel BÔLE-RICHARD

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source