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dimanche 28 mai 2017
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AP, 18 juillet 2004

Soudan : Khartoum crée des commissions d’enquête sur les viols au Darfour

Suivi d’un commentaire


Scène de rue à Khartoum

KHARTOUM, Soudan (AP) - Pressé par la communauté internationale de mettre fin aux violences au Darfour, le Soudan a annoncé, samedi 17 juillet 2004, la création de commissions chargées d’enquêter sur les allégations de viols et d’aider les victimes dans leur parcours judiciaire.

Soudan


Le ministre de la Justice Ali Mohammed Osman Yassin a déclaré dans un communiqué dont l’agence a obtenu une copie que les trois commissions, composée chacune d’une juge, d’une policière et d’une conseillère, seraient formées afin de "permettre aux femmes, aux victimes de viol, de porter plainte". Selon les organisations internationales, d’innombrables femmes ont été violées au Darfour par les milices et dans les affrontements entre tribus arabes nomades et paysans africains au sujet de l’eau et de la terre dans cette région de l’ouest frontalière du Tchad.

Un nomade soudanais

Le gouvernement militaro-islamiste de Khartoum dément être lié aux milices janjawid, qui ont attaqué des centaines de villages, les réduisant en cendres et tuant ou chassant leurs habitants. Il s’est néanmoins engagé à désarmer les milices, déployer des troupes, faciliter l’aide humanitaire et autoriser des troupes internationales ainsi que des observateurs à se rendre au Darfour.

Associated Press

Les huttes du village soudanais de Bandago, attaqué et incendié par une bande armée, le 29 avril 2004

Commentaire

Il est évident que les milices janjawid n’auraient jamais pu attaquer des centaines de villages -ni même des dizaines- sans bénéficier de la complicité du gouvernement de Khartoum. D’ailleurs, les bandes qui attaquaient les villages bénéficiaient du soutien de bombardiers et d’hélicoptères de combat, d’après les témoignages de nombreux réfugiés.

Le village soudanais de Korma, dévasté par une bande armée, le 29 avril 2004

Si ces milices avaient opéré contre la volonté de Khartoum, elles auraient été pourchassées par l’armée soudanaise et il est probable que le gouvernement aurait demandé l’assistance des pays voisins afin de leur couper toute possibilité de retraite dans les zones frontalières. Il suffit d’imaginer ce qui arriverait à ces milices si elles proclamaient leur intention de renverser le régime de Khartoum et marchaient contre la capitale.

Le camp d’entraînement d’une milice islamique, au Soudan

Au Soudan, on est confronté à un gouvernement dictatorial qui ne peut même pas prétendre représenter la minorité musulmane du pays, car les Soudanais musulmans sont, dans leur écrasante majorité, opposés aux persécutions dont sont victimes leurs compatriotes. Il est probable que la plupart des Soudanais musulmans ne sont pas du tout ou très mal informés de ces persécutions, car les médias officiels ne sont que des instruments de désinformation au service du régime de Khartoum.

Scène de rue à Khartoum

Le gouvernement de Khartoum est ennuyé par l’agitation internationale résultant de sa politique de terreur et fait le dos rond en attendant qu’on cesse de s’intéresser au Soudan, mais il n’a pas la moindre intention de changer de politique, car seule la terreur lui permet de se maintenir au pouvoir.

Kofi Annan en compagnie de réfugiés soudanais, le 1er juillet 2004

L’engagement de créer une commission d’enquête sur les viols n’est qu’un prétexte comme un autre pour gagner du temps. Non seulement les victimes des viols n’obtiendront jamais la moindre indemnité du gouvernement de Khartoum, mais elles risquent fort de s’exposer à des représailles en dénonçant leurs bourreaux auprès de ceux qui les dirigeaient dans l’ombre.

Recrues de l’armée soudanaise

Dans une certaine mesure, on peut comparer la politique du gouvernement de Khartoum à celle des Khmers rouges cambodgiens. La différence essentielle, c’est que les Khmers rouges voulaient faire de tous les Cambodgiens les esclaves du parti ; tandis que le gouvernement de Khartoum persécute des ethnies, au point de les contraindre de choisir entre l’exil et la mort.

Il est manifestement nécessaire d’assurer la protection armée des populations du Soudan, aussi bien contre les milices janjawid que contre l’armée soudanaise.

Soldats soudanais

En persécutant certaines ethnies soudanaises, le gouvernement de Khartoum perd, de facto, toute légitimité pour les gouverner. On ne peut pas exiger, des ethnies persécutées, qu’elles reconnaissent la légitimité du gouvernement qui les persécute. On ne peut pas davantage contester à ces ethnies le droit de vivre en paix sur leur sol ancestral.

Un village Nuba, au Soudan

La logique interne de l’intérêt général suggère une partition du Soudan. Les populations victimes de Khartoum devraient pouvoir exercer le droit des peuples à l’autodétermination et créer une ou plusieurs nations indépendantes.

Leur refuser le droit à l’autodétermination est une manière de les abandonner à leurs persécuteurs et de les livrer au massacre.

Le camp de réfugiés de Sissi, au Soudan, le 30 avril 2004

En résumé, il est nécessaire que l’ONU envoie une force de maintien de la paix au Soudan, afin de protéger la population contre le gouvernement de Khartoum et ses milices. Il est également nécessaire que l’ONU organise un référendum d’autodétermination ; puis des élections dans la ou les régions soudanaises qui décideraient de faire sécession.

Un camp d’éleveurs de bétail soudanais

On peut d’ailleurs s’attendre à ce que ces mesures provoquent le renversement du régime de Khartoum, incapable de justifier sa politique aux yeux de la population musulmane elle-même. Ce renversement serait tout à fait conforme à la logique interne de l’intérêt général.

Frank BRUNNER

Scène de la guerre civile au Soudan

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